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Numéro 140 - janvier - février
2007
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Sud Soudan
Insécurité
Malakal :Adieu au vent d'espoir Cent cinquante morts, quatre cents blessés, des hôpitaux n'arrivant pas à faire face à la situation, des cadavres flottant sur le Nil, polluant la seule source d'eau potable, des civils affolés en fuite, tel est le bilan des combats qui ont opposé les milices pro-gouvernementales et l'armée soudanaise à l'ALPS, l'armée du Sud; à Malakal, capitale du Haut-Nil, la région pétrolière du Sud-Soudan. Les milices, des Nouer, auraient dû depuis longtemps choisir entre rejoindre l'armée soudanaise et l'ALPS, ce qu'elles n'ont pas fait, bien que leurs chefs soient officiers supérieurs de l'armée soudanaise. L'armée soudanaise devrait avoir quitté le Sud en juillet 2007, elle est toujours aussi présente, Khartoum veut garder son armée et ses milices en région pétrolière contrairement à l'accord de paix.
Un incident mit le feu aux poudres. Le Commissaire du comté de Pangak, résidant à Malakal eut sa maison attaquée le 24, puis le 26 novembre, par des hommes armés, apparemment à l'instigation de Gabriel Gatwick, alias Tanginya, un chef de milice Nouer, qui, avec une arrogance surprenante, voulait le poste dont il aurait, selon le Khartoum Monitor, délogé son rival. Ni l'ALPS, ni la police ne bougent. Le 27, Tanginya envoie un groupe de ses miliciens dans un zone résidentielle de Malakal. Ils tuèrent un soldat ALPS et en blessèrent un autre. La police voulut les arrêter. Les attaquants tuèrent un policier et allèrent se réfugier au quartier général de l'armée où Tanginya s'enfuit aussi. L'ALPS demanda que Tanginya fut remis soit à elle, soit à la police pour être jugé. Le commandant refusa. Le gouverneur de l'Etat décida d'expulser de Malakal, Tanginya et son adjoint Thomas Mabor. Tanginya fut exfiltré vers Khartoum, mais son adjoint refusa. Le 28 novembre la milice attaqua une résidence ALPS puis commença à tirer au hasard dans la ville. Attaqués par l'ALPS, ils se réfugièrent à nouveau dans la caserne de l'armée. C'est là qu'eurent lieu les plus forts affrontements entre ALPS et armée soudanaise. Cette dernière attribua l'affrontement à une attaque des Unités jointes (armée/ALPS) par l'ALPS. Quand le ministre de la Défense parlera des pertes devant le parlement il n'en mentionnera aucune de ces Unités Jointes
Les NU, responsables du maintien de la paix, évacuèrent de Malakal 240 agents de leur personnel civil et décidèrent un cessez-le feu qui confine aux deux extrémités de la ville armée soudanaise et ALPS, ce qui fut appliqué. Le cessez-le feu comporte le retour de Thomas Mabor à Khartoum, sa milice sera intégrée dans l'armée mais continuera à être stationnée à Malakal .
Le Président du Sud-Soudan, Salva Kiir revint précipitamment d'Afrique du Sud. Après avoir déclaré qu'un renouvellement de ces attaques mettrait en péril la paix du Sud et demandé au ministre de la Défense de lui remettre Tanginya et Mabior pour être jugés, -sans résultat-, il laissa le porte-parole du MLPS, Pagan Amun, blâmer violemment les milices pour leur présence et leurs actes ainsi que le Congrès National (parti de Béchir), qui convoite les richesses du Sud-Soudan, pour en être responsable. Une délégation de l'armée soudanaise vint voir Salva à Juba discuter des mesures à prendre pour éviter de nouveaux affrontements. Il envoya à Malakal son vice-président, le Nouer Riek Machar, qui prit les choses en main avec loyauté. Il promit une enquête et la présentation à la justice des responsables. Le Ministre de la Défense donna l'ordre aux milices de rejoindre le Nord. Répondant à une enquête urgente du Parlement, il annonça 86 morts et 285 blessés dus aux affrontements, sans se préoccuper des chiffres des NU, 150 et 400. Les NU savent ce dont elles parlent, elles ont ramassé les morts et se sont efforcées de trouver personnel et matériel pour soigner les blessés.
Tom Vraalsen, chef de la Commission d'Evaluation de mise en place du traité de paix, a déclaré qu'on ne pouvait accepter la violation très sérieuse du traité que constitue le maintien des milices. Selon lui, l'accord de paix est sérieusement violé en région d'exploration et d'exploitation pétrolières, « une vaste dégradation de l'environnement...les intérêts des communautés locales totalement mis de côté. »
Les Nouer de la diaspora ont cherché, par solidarité ethnique, à justifier le comportement des milices. Ils évoquent les violations des droits de l'homme qui ont accompagné la scission de l'ALPS au début des années 90 ; ils rappellent l'absence des milices aux pourparlers de paix ; seuls le gouvernement soudanais et le MLPS y étaient présents. Curieusement ils en accusent surtout le MLPS, alors que Béchir, était alors au pouvoir, tandis que le MLPS n'y était pas. Ils reprochent à ce dernier d'avoir arrêté les pourparlers avec les milices SSDF quand leur chef Paolino Matiep eut rejoint l'ALPS avec une grande partie de sa milice. Ils lui reprochent aussi d'avoir une administration essentiellement Dinka. C'est certainement vrai mais outre son préjugé pro Dinka, Salva fait-il confiance aux Nouer, à part le fidèle et concussionnaire Riek Machar? Ils affirment aussi que les SSDF rattachés à l'ALPS ne touchent pas leur solde. Les autres sources de Vigilance Soudan disent qu'ils la touchent avec retard. Quoi qu'il en soit un général ALPS, ex-SSDF, s'est rangé du côté de Khartoum après l'affaire de Malakal. Il dit avoir 5000 hommes. Certes, il est regrettable que les Nouer ne s'intéressent pas au sort affreux des autres Nouer en région pétrolière. Sur l'insistance de Salva Kiir, certaines miliciens pro gouvernementaux furent réunis dans la caserne de Malakal pour être réexpédiés au Nord. Pendant la nuit un certain nombre de miliciens s'échappèrent, ils veulent rester au Sud. Depuis on n'a aucune nouvelle, ni des uns, ni des autres.
Unités jointes Des soldats ALPS appartenant aux Unité jointes (mi-partie armée Soudanaise/ ALPS) se sont livrés à des actes de violence à Juba le 15 12, tirant en l'air et attaquant les stations de radio qui rapportaient leurs activités. Deux personnes ont été tuées et deux blessées par des balles perdues. Une affaire de solde qui doit être payée par le gouvernement central. Depuis septembre ils refusaient de la recevoir Ils réclamaient les 9 mois d'arriérés entre le moment où les Unités Jointes auraient dû être formées et le moment où elles l'ont été. L'ALPS, elle avait reçu ses arriérés. La question est sous étude avec le gouvernement soudanais. Un couvre-feu a été instauré. Tout est rentré dans l'ordre. Compte-tenu des évènements de Malakal, le gouvernement du Sud-Soudan se demande si quelqu'un (Khartoum!) est derrière ces actes de violence. Six officiers et vingt-deux sous-officiers ont été emmenés à Yei pour être interrogés.
Armée de Résistance du Seigneur Ce rebelle ougandais qui enlève, mutile, force à l'anthropophagie, etc., en Ouganda, au Sud-Soudan et même au Congo, a beaucoup ajouté à l'instabilité du Sud-Soudan. Pour régler le problème, le Sud-Soudan sert de médiateur entre l'Ouganda et l'ARS depuis plusieurs mois.. Malgré de nombreux soutiens internationaux, les pourparlers n'avancent pas. L'ARS devait avoir réuni ses hommes dans deux centres; ils sont loin de l'avoir tous faits, prétendant avoir été attaqués par l'armée ougandaise. Les observateurs indépendants disent que le lieu du combat était fort éloigné du lieu de rencontre. L'ARS menace de suspendre une fois de plus les pourparlers : des Sud-Soudanais ayant dit que Béchir la soutenait pour déstabiliser le Sud-Soudan, ce dernier rétorqua que si les pourparlers n'aboutissaient pas, il viendrait lui aussi la chasser du Soudan. Il ne veut pas de nous? Dirent ils. On s'en va, on abandonne les pourparlers. Les délégués de l'ARS aux pourparlers viennent de la diaspora et poursuivraient d'autres buts. Tous les espoirs ne sont pas perdus. Les chefs ARS préfèrent être jugés en Ouganda que par la CPI qui les a inculpés, et qui, selon eux, a des « préjugés. »
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