Numéro 138 - novembre - décembre 2006

 
 

DAR FOUR

NU versus UA

Force Hybride : Difficile Instauration

Le conseil de Sécurité des NU avait ordonné l'envoi de 20 000 Casques Bleus au Soudan. Béchir n'en veut absolument pas. Il traite pourtant fort mal les observateurs de l'UA auxquels il semble tant tenir. Dernier incident : ils voulaient se rendre à Sirba, lieu d'un des derniers massacres, quand 400 janjawid en uniforme de l'armée soudanaise avec de nouveaux land-cruisers les forcèrent à rebrousser chemin. L'UA menace de publier les attaques contre ses forces.

Les pressions . Béchir a vu le Président de La Commission Européenne Barroso, la ministre britannique Hillary Benn, trois présidents africains, tous l'ont engagé à accepter les Forces des Nations Unies. L'UE, lors du sommet d'Helsinki, Condolezza Rice, Tony Blair, Bush, le Japon, d'autres ont également insisté, sans aucun résultat.

D'autres encore, dont la Ligue arabe et la Chine , se sont contentés de souligner l'importance de la venue de Casques Bleus. Après que l'offre de la Ligue Arabe de fournir des soldats sous mandat des NU ait été refusée, l'Egypte conseilla aux Etats-Unis de soutenir les Forces de l'Union Africaine. La Ligue Arabe cherche surtout à ce que le problème du Darfour ne soit pas décrit comme un problème arabo-africain.

 

Ceux qui soutiennent la position soudanaise. La Russie « fait confiance au Soudan qui a signé 3 accords de paix (Sud-Darfour-Est!) » pour régler le problème du Darfour. Le Secrétaire Général turc de l'Organisation de la Conférence Islamique soutient « les démarches prises par le Soudan pour résoudre la crise ». La Syrie fait de même. Last but not least, des ONG internationales, redoutant ou non le gouvernement soudanais, élèvent les plus grands doutes sur l'efficacité des Casques Bleus, avec le risque qu'ils soient attaqués par les janjawid, celui d'une plus grande insécurité et de moins d'aide pour les civils.

 

Les suggestions. ICG avait recommandé la surveillance de l'interdiction des vols militaires soudanais par des avions américains et français, avec le cas échéant, des sanctions. Les Etats-Unis ont évoqué l'idée de frappes chirurgicales contre l'aviation soudanaise. Le Conseil de Sécurité a envisagé de donner un mandat des NU aux Forces UA. Ziegler, le rapporteur des NU pour le droit à la nourriture veut une intervention des NU sans l'aval de Khartoum.

Les propositions soudanaises. « Le Darfour deviendra un fleuve de sang si les NU n'adhèrent pas à notre politique », « il sera le tombeau des envahisseurs », « un nouvel Iraq », déclare Béchir. Toutefois, un membre du gouvernement soudanais a proposé que le NU soutiennent les Forces UA en argent, matériels et troupes. Dans un interview au Guardian , Béchir s'est contenté de critiquer les médias, une ONG étrangère qui « exploite la souffrance du peuple » et d'attaquer les rebelles qui empêchent les Darfouris de rentrer chez eux. Il accepterait plus de Forces de l'UA et s'engage à arrêter « les atrocités rebelles ».

 

La difficulté pour une montagne de ne pas accoucher d'une souris. La communauté internationale cherche un plan d'action alternatif. Les Etats-Unis ne veulent pas d'action punitive forte, de crainte de risquer la coopération soudanaise antiterroriste et de réveiller l'antagonisme des Chinois et des Arabes, dont ils ont besoin en Iraq et pour les problèmes nucléaires de Corée du Nord et d'Iran.

 

Notre ministre Douste-Blazy s'est rendu au Soudan après avoir consulté Moubarak. Il a pressé Béchir de renégocier les accords de paix du Darfour, d'accepter le déploiement de forces onusiennes le long des frontières avec le Tchad et la RCA , et de permettre le renforcement des forces UA par les NU. Selon le Figaro Magazine, notre ministre penserait que Béchir ne peut désarmer les janjawid. Il peut en tous les cas ne pas en enrôler d'autres et ne pas les armer.

 

Jean-Marie Guehenno, le patron de Casques bleus, a finalement proposé un plan en trois phases. D'abord les NU envoient à l'UA 105 officiers, 48 membres du personnel, 36 transporteurs blindés de personnel, des lunettes de nuit, de l'équipement pour se positionner. Ensuite, déploiement de plusieurs centres de personnel militaire, policier et civil NU avec leur logistique. Enfin une opération hybride. UN et UA choisissent ensemble leur dirigeant avec engagement substantiel NU. Kofi Annan proposera ce projet. Le reste est connu, réunion à Addis, signature de l'accord puis rejet par Béchir.

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