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Numéro 138 - novembre - décembre
2006
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Monstruosités au Darfour, Force Hybride ?
Vent d'Espoir au Sud
Darfour, « enfer sur terre » situation « pire que jamais ». Le nombre de tués, hommes, femmes et surtout enfants, de morts de misère, de femmes violées, de villages brûlés, de déplacés, de camps de déplacés attaqués, de bombardements de civils, augmente régulièrement. Chaque malheur est un drame. Que faire? L'urgence est extrême pour les infortunés Darfouris.
Elle l'est aussi du point de vue diplomatique. Fin décembre, le mandat des forces de l'Union Africaine (UA) au Darfour se termine. Celui de Kofi Annan aussi. Pendant que son successeur s'installera, choisira éventuellement de nouveaux collaborateurs, du temps s'écoulera, mortel pour les Darfouris. Le 1er janvier, le Congrès américain deviendra démocrate. Sa politique soudanaise pourra changer. Or Khartoum a définitivement refusé la venue des Casques Bleus, menaçant de jihad et de fleuves de sang, malgré une pression internationale certes plus ou moins forte mais unanime, si l'on excepte la Russie , la Syrie , et la Libye. L'opération est dans la pratique quasi impossible sans l'accord de Khartoum.
Pour calmer les esprits, le Soudan a répété sa promesse, faite cette fois à l'Union Africaine. Il allait désarmer les janjawid dans les deux mois. C'était mi-octobre et depuis leur nombre a considérablement augmenté. L'armée avait en effet perdu deux batailles contre les rebelles non signataires qu'elle avait attaqués, ses nouvelles recrues n'avaient pas le coeur à lutter. De nouveaux janjawid ont donc été engagés pour tout ravager. Un second effort du Soudan fut d'accepter une renégociation d'articles de l'accord de paix avec les rebelles non-signataires. Bisbilles au Congrès National au pouvoir? Certes les rebelles ont de grandes difficultés à s'entendre, ce qui convient à Khartoum qui ne veut pas négocier en position de faiblesse avec des gens qui lui ont infligé deux défaites. Mais d'autres souhaitent à l'évidence une solution militaire.
Renonçant à imposer les Casques Bleus, les NU firent un état des lieux. L'Union Africaine (UA) avait demandé aux NU de prendre la relève. Son mandat est notoirement insuffisant. Elle ne peut qu'enregistrer les violations incessantes des cessez-le-feu dans la plus grande discrétion- elle manque d'essence pour cela-, que protéger les civils en danger immédiat à proximité de ses forces, ce qui requerrait un bon service de renseignements- elle n'en a pas-, et un excellent moral. Ses troupes sont découragées; elles ne reçoivent pas leur salaire; la population qui juge l'UA responsable d'un accord de paix trouvé néfaste et reproche à ses hommes de ne pas la défendre, est très montée contre elle. Celle-ci doit aussi participer à la mise en oeuvre de feu l'accord de paix, -misssion impossible- et vérifier l'embargo sur les armes et les troupes imposé par les NU, ce qu'un couvre-feu adroitement imposé par Khartoum l'empêche de faire.
Les Nations-Unies envisagèrent une autre solution. Il fallait renégocier certaines parties de l'accord de paix, sous ombrelle UA et NU. Quant aux Casques Bleus, un projet final de force hybride comportait à terme des financements et une direction NU, le général en chef étant choisi de concert par les NU/UA, et 20 000 hommes pour moitié NU/UA, ces derniers étant de préférence africains. La force devait s'intéresser aux débordements du conflit à l'étranger. Foin de l'élargissement du mandat, le droit pour la force d'aller et venir autoriserait quasiment tout. Kofi Annan mit en scène une rencontre avec le Soudan au siège de l'Union Africaine qui co-présidait, en présence de délégués des membres permanents du Conseil de Sécurité, de divers pays africains, de l'Union Européenne et de la Ligue Arabe , etc. Il semble bien que ce fut le ministre des Affaires Etrangères, Lam Akol qui signa, n'excluant que le nombre d'hommes prévus qui lui semblait trop important et pour lequel il devait consulter son commettant. Kofi Annan, la Ligue Arabe , le ministre Douste-Blazy exultaient. Lam Akol de retour à Khartoum, catastrophe. Béchir refuse tout sauf le financement des NU, et la présence de quelques experts revêtus de la tenue UA verte. Ma foi, signé, c'est signé. Les NU et en particulier les Etats-Unis, font pression sur le Soudan pour la date de la mise en oeuvre du projet. Khartoum faisant la sourde oreille, les Etats-Unis menacent d'un mystérieux plan B. Fuites ou élucubrations de journalistes, il s'agirait de bombarder les installations militaires soudanaises.
Le Soudan a ratifié un accord de paix avec le Front Est qui n'a toutefois que sa signature comme garantie de mise en oeuvre.
Un vent d'espoir souffle au Sud. Khartoum semble amorcer un changement politique. L'Egypte s'inquiète d'un référendum qui pourrait amener l'indépendance du Sud dont elle craint qu'elle n'ait un impact négatif sur sa quote-part des eaux du Nil. En ce sens, elle juge désastreuse la politique soudanaise de non application de l'accord de paix. Lors du passage de Salva Kiir au Caire, elle a pris des engagements concernant les infrastructures du Sud et signé de nombreux contrats. Elle presserait Khartoum d'agir avec plus de bonne foi. De son côté le Congrès National (CN, parti de Béchir) prend conscience qu'il ne peut se permettre de perdre le Sud sans perdre le pouvoir. Béchir est donc venu tout sourires à Juba. Il a dit que le problème d'Abyei avançait. Il a promis de s'occuper de ses milices pro-gouvernementales qui errent encore au Sud, causant de grands dégâts. D'autre part, l'armée soudanaise ne s'est pas encore retirée des régions pétrolières. Béchir tente un compromis. Les Unités jointes (Armée/ALPS) devraient prendre la relève. Il ne semble pas que le Sud accepte. Auparavant le même Béchir débloquait le conflit de la Commission pétrolière. Contrairement aux accords de paix, Khartoum voulait que son rôle se limite à une surveillance, sans pouvoir de décision. Désormais ce n'est plus le cas. Quand le problème d'Abyei et celui des forces en régions pétrolières seront réglés et que la Commission des frontières oeuvrera, il n'y aura presque plus de contentieux entre gouvernement fédéral et Sud-Soudan. A condition que le référendum ait lieu. Bételgeuse |