Numéro 138 - septembre- octobre 2006


 

NU versus UA

Le Soudan, le dos au mur

Béchir et le Congrès National continuent de rejeter les forces des NU. Selon eux, elles voudraient coloniser ou partager le Soudan, les Etats-Unis seraient seulement intéressés par le pétrole, l'accord de paix interdirait la transition des forces UA. Les diplomates du monde entier répondent que la force onusienne vient de partir de l'Est du Soudan dès sa mission terminée, que le gouvernement d'unité nationale soudanais a pu surmonter des décennies de violence au Sud Soudan grâce aux forces des NU qu'il a autorisées, qu'il faut en faire autant au Darfour, que le Soudan ne respecte pas son devoir de protéger ses citoyens et que la communauté internationale a le droit et le devoir de s'en occuper. Selon un haut fonctionnaire soudanais : « Depuis le temps que le Conseil de sécurité nous menace, nous n'avons plus peur de lui ».

La terreur de Khartoum, c'est la Cour Pénale Internationale (CPI). Les forces des NU seraient-elles munies de mandats d'arrêt envers les coupables de crimes contre l'humanité, ce qui amènerait la chute du régime ? « Signeriez-vous votre propre condamnation à mort ? » demande Ghazzi Suleiman, un député MLPS.

Le Soudan se bat sur deux fronts : d'abord le front extérieur contre le monde entier. La ligue arabe (LA) sous présidence soudanaise fut l'exception, ce qui tendit ses relations avec l'UA. La LA voulait-elle déplaire aux Etats-Unis pour qu'ils changent de politique israélienne ? Même la Chine , divine surprise, même Chirac, l'allié traditionnel, pressèrent solennellement le Soudan d'accepter les forces onusiennes : Chirac demanda à la CPI de punir les criminels. Chaque jour, l'un ou l'autre membre du régime manifeste son refus, et un membre de la communauté internationale le presse d'accepter. Avant la résolution du Conseil de Sécurité, Béchir avait proposé, offre délicatement cachée au sein d'une longue lettre, d'envoyer plus d'armée soudanaise au Darfour. Ce qui fut refusé comme contraire aux accords signés. Il le fit. A l'Assemblée Générale des NU le même Béchir eut le tort de minimiser totalement la situation du Darfour, ce qui exposa publiquement sa mauvaise foi. Le régime ordonna à l'Union Africaine de quitter le Soudan dans la semaine pour avoir commis le crime de faire appel aux NU pour la remplacer. Kofi Annan montrant les dents, déclara que si le gouvernement soudanais continuait à refuser les Casques Bleus, ses membres seraient individuellement et collectivement responsables des conséquences. Le vent de la CPI souffla. Béchir recula sur le départ de l'UA Bientôt l'égyptien Moubarak, sous influence américaine, proposait ses bons offices et la LA suivit. Selon lui, Béchir aurait envisagé d'accepter les Casques Bleus s'ils n'avaient aucun droit d'arrêter quiconque pour la CPI. Moubarak voulut servir aussi de relais avec les rebelles non signataires. Béchir alla jusqu'à leur proposer de renégocier certains articles du traité de paix, à condition qu'ils se déclarent contre l'arrivée des Casques Bleus. Les rebelles, qui se méfient de l'Égypte, n'ont pas encore reçu son envoyé.

Béchir proposa de renforcer les forces de l'UA avec ses propres forces, qui, comme chacun sait, sont une partie du problème et non de la solution. On ignore la réponse de l'UA qui avait déjà décidé d'augmenter ses troupes à 11 000 hommes après la promesse de la Ligue arabe de la financer. Il accepte aussi que les NU envoient des conseillers auprès des forces de l'UA.

Les NU commencent à organiser leur envoi de troupes au Soudan, avec des Suédois, des Africains, et des Bangladeshi. On discuterait la présence de Chinois. Le Royaume-Uni proposerait ses sujets. De plus en plus d'officiels du Congrès national (CN, parti de Béchir), menacent d'annuler l'accord de paix du Sud si les NU venaient au Darfour.

Barroso, le Président de la Commission Européenne s'est rendu au Darfour. Il a aussi parlé avec Béchir à qui il a demandé la fin des obstacles à l'UA et au travail humanitaire. « J'ai l'impression, a-t-il dit de façon sibylline aux journalistes, que le Président Béchir comprend que le statu quo n'est ni possible, ni acceptable ». Après la visite du patron de la Ligue arabe, un bruit court. Des troupes arabes se joindraient à l'UA. Avec quel mandat ? Béchir hésiterait plus à leur jouer des sales tours qu'aux Africains, mais ne veut apparemment pas que cette force soit sous direction onusienne puisqu'il vient de menacer les Etats arabes et africains dont les soldats rejoindraient les troupes onusiennes au Darfour. Cherche-t-il des ennemis supplémentaires ? Et les cultivateurs darfouri n'apprécieraient pas les arabes. Pour leur plaire, le DPA serait renégocié.

Béchir se bat sur le front intérieur. La décapitation du journaliste Mohamed Taha semble due aux forces de Sécurité. Cet assassinat fut l'occasion de supprimer la légère liberté de presse qui existait. Le Soudan veut montrer au monde qu'al Qaida est prête à frapper les Casques Bleus selon sa menace. La manifestation contre l'augmentation de 30% des prix du pétrole et autres fut réprimée avec une grande sévérité. Le Soudan tout entier doit se tenir comme un seul homme derrière ses dirigeants. On en est revenu, disent de nombreux Soudanais, à la terreur des débuts du régime (Lire Droits de l'homme) . Béchir a déclaré que le gouvernement et les institutions d'État étaient à l'unanimité d'accord pour refuser la venue des Casques Bleus : c'est oublier que Salva Kiir, le MLPS, et le Premier Conseiller du Président, le darfouri Minni Minawi, en font partie.

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