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Numéro 138 - septembre- octobre
2006
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Il faut en revenir aux négociations
Alex de Waal, conseiller aux médiations d'Abuja The Guardian 29 09 06 Extraits Le gouvernement eut raison de juger qu'avec un seul signataire le DPA n'était pas applicable
I l existe toujours une chance de protéger les civils du Darfour contre la violence, la faim et le déplacement à condition que le gouvernement et les rebelles reprennent les négociations… Trouver une solution dépend de l'application de ce qui est pratique et non de la transformation du Darfour en cobaye du « devoir de protéger »…. L'argument contre l'invasion humanitaire est que cela ne marchera pas. L'idée de troupes étrangères combattant pour entrer au Darfour et aussi pour désarmer les janjawid de force est de la fantaisie. Dans la pratique, une force de maintien de la paix au Darfour ne peut imposer sa volonté à des groupes armés qui résistent sans entrer dans une contre insurrection ingagnable où les dommages graves sont inévitables. La seule manière que le maintien de la paix marche, c'est d'avoir l'accord du gouvernement soudanais [non acquis VS] , le soutien de la majorité du peuple du Darfour [acquis VS] y compris des leaders des multiples groupes armés de la région [acquis sauf pour les janjawid VS] . Sans cela, non seulement les Nations Unies échoueront, mais le sort des Darfouriens empirera. Pendant les deux dernières décennies, nous avons assez appris à la fois sur les forces de maintien de la paix et la fin des guerres civiles africaines pour savoir qu'il y a une alternative efficace à l'impérialisme philanthropique. Cela s'appelle les pourparlers de paix. [Beaucoup] sont trop pessimistes. Ce n'est pas surprenant, les média n'ont jamais vraiment couvert le processus de paix au Darfour. La racine immédiate de la crise d'aujourd'hui au Darfour est l'arrêt du processus politique. La violence a augmenté après les pourparlers de paix qui se terminèrent à Abuja le 5 mai, avec la signature du DPA par le gouvernement du Soudan et une faction rebelle, dirigée par Minni Minawi. Deux groupes- le Mouvement de Libération du Soudan d'Abd el Wahid el Nour (le groupe le plus important) et le Mouvement pour la Justice et l'Égalité- ne signèrent pas ; la guerre qui couvait sous la cendre reprit de plus belle. L'arrêt du processus n'arriva pas parce que l'accord de paix était mauvais, mais parce que le processus politique fut amené à une fin abrupte et prématurée quand Minawi signa. Je faisais partie de l'équipe de médiation de l'Union Africaine et je fus présent lors de la session finale des négociations quand Abd el Wahid déclara les arrangements sécuritaires « acceptables » et ceux de partage des richesses « acceptables à 95% ». Il déclara forfait parce que son parti recevait beaucoup moins de postes législatifs et exécutifs que ce qu'il souhaitait et qu'on lui envoya un ultimatum pour signer sans que son parti ait eu le temps d'examiner les options. Les différends entre Khartoum et lui étaient minces et auraient pu s'arranger avec un minimum de flexibilité de part et d'autre. Le désastre du DPA fut que tout prit fin le 5 mai et que ceux qui n'avaient pas signé furent exclus de toutes négociations formelles. Tous les grands médiateurs étaient partis d'Abuja. Pendant un mois, je restais pour arranger les choses entre Abdel Wahid et le gouvernement soudanais. Nous nous approchâmes grandement d'un accord ; si nous avions trouvé une formule pour fournir 100 millions $ de plus comme compensation immédiate aux victimes de la violence, je crois que nous aurions pu nous accorder. Mais empêché de changer l'accord, je n'avais qu'une marge de manœuvre minuscule. Abdel Wahid était d'accord sur tout l'aspect sécuritaire, mais cela ne compta pour rien quand il n'eut que le choix de prendre ou de laisser. Le gouvernement porte la plus large partie du blâme pour les violences actuelles ; il a raison de juger qu'avec la seule signature de Minawi, le DPA ne pouvait pas s'appliquer. Il faut donc reprendre les négociations. Le premier pas est de reconstituer la commission de cessez-le feu. Le second de reprendre les négociations pour un accord de paix d'ensemble. Ceci inclut un dialogue entre toutes les communautés. Les efforts diplomatiques sont en cours. Pour réussir il est besoin de soutien politique et de temps. Au moins de sept à dix ans seront nécessaires pour restaurer la stabilité au Darfour. Ce travail est à 90% politique et à 10% militaire. Le gouvernement qui est la cause majeure de la tragédie doit aussi être un partenaire pour trouver la solution. La décision de garder les soldats de l'UA jusqu'à la fin de l'année nous donne un répit. Sachons l'utiliser. (Alex de Waal ne mentionne pas le plus grand défaut du DPA aux yeux des Darfouriens, le désarmement des janjawid confié à l'armée soudanaise VS). |