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Numéro 138 - septembre- octobre
2006
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Lutte contre l'insécurité
Premier combat depuis la paix entre armée soudanaise et ALPS Il eut lieu en région pétrolière, à Rubkona, Haut Nil Ouest et provoqua 28 morts dont 17 civils (IRIN 21 07). L'armée soudanaise doit avoir quitté le Sud en juillet 2007. Elle s'est retirée de tout l'Equatoria, donc de Juba pour aller au Darfour, mais pas du tout des zones pétrolières. Le retrait serait des 2/3 comme l'a fait l'ALPS au Nord.
Désarmement des civils armés Chaque année de 6 000 à 9 000 jeunes gens armés appartenant à des Comtés Nouer et Dinka font transhumer leurs vaches à la saison sèche vers l'ouest de l'État de Jonglei. Ces migrations devinrent très violentes pendant la guerre. En décembre 2005, un programme de désarmement fut introduit à Jonglei par l'ALPS. Partant de l'ouest vers les communautés les plus armées de l'Est, le désarmement se passa bien jusqu'à ce que l'ALPS rencontre des civils armés dans le centre de Jonglei où la situation fut exacerbée par des milices pro gouvernementales qui les armaient. Les Lou Nouer résistèrent férocement à ce qu'ils considérèrent comme un désarmement forcé. Des centaines de militaires de l'ALPS furent tués. Selon elle, l'ALPS renforcée brûla les maisons des résistants dans 15 villages et pilla leurs biens. Selon les Nouer il y eut des exactions et des tueries à grande échelle (IRIN 03 08). A la suite d'une lettre vengeresse adressée par le Congrès Nouer à Salva Kiir où il est dit que selon Jefferson « la raison la plus forte qu'ont les gens de garder leurs armes est de se protéger contre la tyrannie du gouvernement », les choses se calmèrent. Les autorités civiles et les chefs Lou Nouer essaient de persuader leurs gens de rendre leurs armes. Leur résistance vient du manque de protection des communautés désarmées, du statut social que donnent les armes à ces jeunes machos, du besoin qu'ils ont de 40 vaches pour payer la dot de leur fiancée et donc de razzier celles des autres, de l'absence de compensation en échange d'armes qui leur ont coûté de 7 à 10 vaches. La perception qu'ils ont de l'ALPS comme un ancien ennemi ne facilite pas les choses. D'autre part les Anuak les accusent d'occuper illégalement 10 de leurs villages. A Akobo, Haut Nil, la présence d'observateurs militaires des NU travaillant avec les autorités civiles et non avec l'ALPS, a facilité le désarmement volontaire et l'abandon remarquable de 1300 armes d'autant que les voisins Murle des Lou Nouer sont encore armés jusqu'aux dents. Cela a permis l'ouverture de routes de commerce. (IRIN 03 08) Dans l'État des Lacs, à Rumbek, un couvre-feu a été déclaré au cours duquel des fouilles et des saisies d'armes sont effectuées. Partout, parmi les armes ramassées, on compte des mitrailleuses et des mortiers.
Les Milices sont une source majeure d'insécurité au Sud. Elles devaient choisir entre armée soudanaise et ALPS ; certains miliciens entreront dans la police, l'administration des prisons etc. On ne sait pas encore qui va dans quelle armée, qui dans le police, les gardiens de prison etc. ni qui doit être désarmé. Selon Pronk, une milice qui protège les régions pétrolières a tué des centaines de personnes, ce serait celle du Général Gordon Kong Chol. A côté de Wau, une milice a attaqué un poste de police. On se souvient que l'accord de paix prévoit trois armées, l'armée soudanaise, l'Armée de Libération du Peuple soudanais (ALPS) et les Unités Jointes, formées de l'une et de l'autre, embryon de la future armée, si le référendum est en faveur de l'unité. Le désarmement des milices doit être fait par les Unités Jointes. Or leur établissement a pris du retard, comme celui de la Commission DDR (Désarmement, démobilisation, réintégration). Maintenant qui ne fait partie d'aucune des armées est un bandit Les chefs des six milices qui ne se sont décidés à joindre ni l'ALPS ni l'armée soudanaise comme le demande l'accord de paix, sont, selon Salva Kiir, le général de l'armée soudanaise, Gordon Kon Chol, (milice Nouer dans le Haut Nil), Gabriel Tang Ginya (milice Nouer, région de Jonglei), Ismaïl Konyi Alau (milice Murle dans la région de Jonglei), Tom al-Nour (Bahr el Ghazal), Peter Lorot (Équatoriens, monts Didinga), et Fabiano Odongi Oriom qui dirige la faction de la milice EDF qui ne s'est pas ralliée à l'ALPS. Selon des renseignements de Vigilance Soudan, l'armée soudanaise ne serait pas prête à accepter d'autres miliciens, en particulier celles de l'Equatorian Defence Force. Et ceux-ci ne souhaitent pas rejoindre l'ALPS, car on n'y est pas payé. Le MLPS essaie de persuader Ismaïl Konyi, de rejoindre l'ALPS. On lui a offert un siège au parlement (IRIN 03 08). Pour des officiels MLPS, « certains éléments » de l'armée soudanaise, fournissent à ces milices, armes et argent contrairement à l'accord de paix, pour d'autres les milices sont soutenues par le ministère fédéral du pétrole ; il est très difficile de les distinguer de la police et de l'armée car elles portent le même uniforme. Une autre source de problèmes vient de la police pétrolière, formée de gens commandés par le Congrès National qui commettent des exactions nombreuses.
Combats inter tribaux Des combats ont éclaté entre les clans Gok et Agar à la suite de vols de bétail par les Gok. Les voleurs poursuivis décidèrent de rendre les vaches mais le commissaire du gouvernement eut la fâcheuse idée de s'y opposer, sous le prétexte que récemment les Gok avaient été volés. Les Gok préparèrent donc une embuscade au cours de laquelle 71 personnes furent tuées et d'innombrables autres blessées. Depuis cette époque, (fin juillet) la situation est très tendue à Rumbek où des assassinats ont lieu (ST 24 07). La milice du général Gatchwell Chan a attaqué Old Fangak blessant 4 personnes, en enlevant quatre autres et pillant. L'ALPS a rétorqué en attaquant cette milice (SRS 18 08). Beaucoup de Sud Soudanais combattent le tribalisme et prônent un monde où les différences ethniques seraient vues comme une source de richesse et de respect.
Pour Jan Pronk, le représentant du Secrétaire Général des NU au Soudan, les trois problèmes, désarmement, milices, tensions tribales sont liés. Les milices ont des contacts avec les groupes tribaux qui les soutiennent dans leurs violences. On ne peut attaquer ces milices, ce qui augmenterait la violence. Le gouvernement du Sud-Soudan en est réduit aux pourparlers qui prennent beaucoup de temps. Le mandat des forces des NU leur ordonne d'empêcher tout combat entre forces gouvernementales et ALPS, non de s'occuper de problèmes entre Sud Soudanais.
L'anthropophagie, un des beaux arts. Négociations avec l'armée de Résistance du Seigneur (ARS) C ' est un groupe de rebelles ougandais, dirigés par Joseph Kony, installés en partie au Sud Soudan, qui enlèvent les femmes comme esclaves sexuelles et les enfants pour leur apprendre à tuer. Leur sport favori est de forcer leurs prisonniers à tuer un membre de leur famille et à le manger. Dans notre dernier numéro, nous annoncions l'ouverture de pourparlers entre l'Ouganda et l'ARS sous la houlette du Sud Soudan avec comme médiateur Riak Machar son vice-président, un ami de Kony depuis les jours où ils faisaient ensemble le coup de feu contre l'ALPS. Le Sud Soudan a tout intérêt à ce que la guerre s'arrête et que l'ARS et l'armée ougandaise retournent en Ouganda. Une des difficultés vient de la Cour Pénale Internationale (CPI) qui veut que son mandat d'arrêt contre Kony et quatre de ses lieutenants soit exécuté. Le 14 juillet lors de la cérémonie d'ouverture des négociations, le délégué rebelle accusa le président ougandais de corruption ; il dit qu'il était venu exposer les demandes ARS. Si celles-ci n'étaient pas acceptées, son groupe, reprendrait le combat. La délégation ougandaise manqua repartir. L'Ouganda proposait une amnistie, demandait que l'ARS se rende ; cette dernière voulait une indemnisation, le licenciement de l'armée ougandaise et un cessez-le-feu. Passons sur les échanges d'accusations, les interruptions de pourparlers, les venues d'Anciens, de leaders religieux et d'épouses de Kony pour calmer les choses, de propositions de résolutions du Conseil de sécurité pour manier le bâton. Kony s'engagea à ne pas interrompre les pourparlers même si l'Ouganda refusait un cessez-le-feu immédiat. Mais le médiateur soudanais Riak Machar exigea que l'un des principaux chefs de l'ARS menacé par la CPI , assista aux pourparlers à Juba. Une décision imprudente pour un médiateur. Le chef ARS, pour qui c'était un guet-apens, refusa. Riak l'abandonna froidement dans une clairière inconnue. L'ARS ne voulut plus de Riak comme médiateur. Salva Kiir prit le relais. L'ARS déclarait unilatéralement un cessez-le-feu demandant à l'Ouganda de faire de même. Sur son refus elle se retira des pourparlers. On apprit que l'un des 4 lieutenants de Kony recherché par la CPI avait été tué alors qu'avec une unité il attaquait des civils malgré le cessez-le-feu. Après consultation avec Museveni, Salva Kiir déclara que pour un cessez-le feu l'ARS devait indiquer la position de ses troupes ; l'ALPS les protégerait contre l'Ouganda et les Nations Unies (c'est-à-dire le CPI); si ses troupes se réunissaient en un endroit, ce serait plus facile. Entre temps, Museveni menaça l'ARS, si les pourparlers n'aboutissaient pas, d'attaquer ses bases congolaises, ce pourquoi il avait l'autorisation du Congo. Kony demanda l'asile à la Centrafrique et un partage du pouvoir à Museveni, ce que ce dernier refuse totalement. Finalement l'ARS accepta de se réunir dans deux camps, au Sud Soudan, l'un sur la frontière congolaise, l'autre sur la frontière ougandaise. On signa. Salva envoya de la nourriture à l'ARS qui commença à se rendre dans les lieux prévus. Kony rejoignit-il un des camps ? Des témoignages contraires existent. Mais l'ARS prétendit qu'il n'y avait pas assez d'eau potable dans les camps, puis que l'armée ougandaise les encerclait. Le mouvement de l'ARS vers les camps s'arrête. L'armée ougandaise attaque les ARS en dehors des camps. Les trois parties s'accusent aujourd'hui de violer le cessez-le-feu. Les pourparlers semblent suspendus. La CPI répète son espoir de juger Kony et ses sbires en dépit de l'amnistie conditionnelle accordée par Museveni. |