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Numéro 138 - septembre- octobre
2006
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SUD-SOUDAN
MISE EN ŒUVRE DE LA PAIX
Mauvaise volonté de Khartoum
L 'action du parti du Congrès National (CN : Béchir) au sein du gouvernement d'unité nationale n'est guère encourageante. Il ne considère pas le MLPS comme un partenaire égal. Béchir est allé jusqu'à déclarer que toutes les institutions gouvernementales étaient contre l'arrivée des Casques Bleus au Darfour alors que le MLPS, Salva Kiir, premier vice-président de la République en tête, y est favorable. Salva Kiir semble avoir jeté l'éponge. Il est à Juba depuis plus de deux mois. Il semble attendre le référendum d'autodétermination qui n'aura peut-être jamais lieu, avec la mauvaise volonté de Khartoum. Il travaille beaucoup à la sécurité et aux négociations de paix avec l'Armée de Résistance du Seigneur (voir infra). Il devrait peut-être s'intéresser plus aux parties « africaines » du Soudan. Malgré les appels au secours du Darfour, Salva ne fait pas grand-chose pour lui. Moins autoritaire que Garang, il écoute le MLPS qui n'a pas pardonné aux nombreux Darfouriens membres de l'armée soudanaise les ravages qu'ils ont causé au Sud. On peut regretter son isolement. Récemment une réunion du MLPS aurait discuté du limogeage de Lam Akol, le ministre « collaborateur » des Affaires Étrangères. Les Américains le demandent. Le MLPS y songeait mais l'insistance américaine les agace. Bush a reçu deux fois Mme Garang mais jamais Salva. Deng Alor, jugé corrompu, serait aussi sur la sellette. Quid de Riak Machar ?
La mauvaise volonté du Congrès National embourbe aussi l'accord de paix, comme nous l'avons dit maintes fois.. Aucun progrès n'a été enregistré concernant les frontières de la région d'Abyei, où des restrictions ont été établies par le gouvernement central sur les mouvements des forces des NU. Pas de progrès non plus sur le montant des revenus pétroliers, la démarcation de la frontière Nord-Sud, et donc la préparation des élections nationales, du référendum, du partage des ressources pétrolières, du redéploiement des forces armées. Le dernier incident fut le refus par le Ministre de la Justice d'entériner la constitution du Haut Nil Ouest, un des Etats pétroliers du Sud. Il lui fait trois reproches : il parle du référendum d'autodétermination (défunt ?) des frontières de l'Etat et de sa capitale (bientôt avalées par le Nord). Des voix autorisées menacent d'annuler l'accord de paix du Sud si les Casques Bleus arrivent au Darfour.
Du côté positif, le gouvernement du Sud-Soudan transforme peu à peu le pays avec une administration qui fonctionne ; le Président Kiir a remanié son cabinet et son administration, pour améliorer la bonne gouvernance et lutter contre la corruption ; à tort ou à raison, il fait surtout confiance aux gens de sa famille, qui, il faut reconnaître, ne sont pas vénaux, écartant des gens compétents. Les gens des zones MLPS pendant la guerre ont des postes, ceux des zones gouvernementales n'en ont pas plus que les déplacés de retour. Salva a nommé aux postes de gouverneurs des Etats de Warrap, des Lacs et de l'Equatoria occidentale certains de ses collaborateurs les plus proches ; ils devront affronter des combats intertribaux, surtout dans le dernier État entre Azandé et Dinka. Son assemblée régionale se rencontre régulièrement et travaille. Les média sont relativement libres. De janvier à juin, plus de 300 kilomètres de route ont été débarrassés des mines et réparés. Grâce à l'UNICEF, 1,6 million d'enfants ont eu des fournitures scolaires (NU). Juba se transforme rapidement. C'est une des villes les plus chères du monde où routes et hôpital sont toujours atroces et où pullulent les hommes d'affaires douteux. Il est question, à l'instar de Washington, d'en faire un petit État fédéral, ce contre quoi lutte l'État de l'Equatoria Centrale qui perdrait son fleuron. Au Sud, compte tenu des difficultés, Salva Kiir se débrouille bien. |