Numéro 138 - septembre- octobre 2006


 

DROITS DE L'HOMME

- 4 ème cataracte Le parti du Congrès National au pouvoir se moque totalement de ses concitoyens, même de ceux du Nord. Ainsi, commença-t-on à remplir le nouveau barrage de la 4 ème cataracte, au nord de Khartoum, sans en aviser les habitants. Tout a été inondé, les récoltes, les villages, avec 700 maisons détruites, 380 autres menaçant destruction, et plus de 2 200 familles campent sur les hauteurs en plein air ; 12 000 têtes de bétail ont été perdues. Comme on n'avait pas transporté les cimetières, les corps des morts flottent dans le Nil en compagnie des carcasses de bétail. L'eau est contaminée, elle le sera en aval, déjà les habitants souffrent de diarrhées et de maladies non diagnostiquées. Naturellement dès la situation connue, la région a été bouclée, les journalistes soudanais empêchés d'entrer, détenus et interrogés par la Sécurité , l'aide d'urgence interdite. Au mieux, il s'agit d'incapacité notoire, au pire d'assasinats (LOHAP 25 08).

 

-12 000 personnes déplacées de force près de Khartoum Le 17 Août un quartier de taudis, au Sud de Khartoum, Dar es Salam, habité depuis 2 décennies par 12 000 déplacés de la sécheresse de l'Ouest et de la guerre du Sud, a été démoli sans presque aucun avertissement préalable. Il y avait des policiers lourdement armés, et des chars ; la mission des NU a entendu des coups de fusil. Il y aurait des morts, y compris un enfant, et des blessés. Les NU ne furent pas autorisées à entrer. Elles sont d'autant plus choquées qu'un mémorandum d'entente a été signé entre les autorités et les résidents, statuant qu'ils ne pourraient être délogés jusqu'à ce qu'un site de relogement acceptable aux deux parties ait été trouvé (IRIN 17 08).

 

- Saisie par la douane des ordinateurs entrant au Soudan pour inspection de leur mémoire. Il s'agirait d'empêcher l'entrée de matériel pornographique. Mais on redoute que la douane s'intéresse aux courriels, mots de passe et comptes en banque. Un journaliste américain a été inculpé d'espionnage pour avoir téléchargé une carte du Darfour sur un site (Reuter 30 08).

 

- Manifestations organisées par l'État contre les forces des NU Le gouvernement a organisé une manifestation contre le déploiement des forces des NU au Darfour qui n'a réuni que 1000 personnes et une autre qui demandait l'utilisation des fonds prévus pour les Casques Bleus, pour l'aide humanitaire.

Et manifestations spontanées contre la vie chère violemment dispersées. Selon des informations de Vigilance Soudan, le pétrole qui arrive du nouvel oléoduc venant des blocks 3 et 7, ne se vend pas. Il est trop acide et la majorité des raffineries n'en veulent pas bien que Khartoum ait diminué ses prétentions de 15 $/baril. L'oléoduc est donc arrêté. Or Khartoum en attendait 250 000 b/j. Ce manque à gagner est fâcheux pour son équilibre financier altéré par le prix de la guerre. Il tient à conserver la bonne opinion que le FMI est le seul organisme international à avoir de lui. Il ne subventionne donc plus ni le pétrole, ni le sucre qui ont augmenté de 30%, sans en expliquer les raisons, d'où les manifestations organisées par le parti d'opposition Umma.

Cette augmentation, pour un producteur de pétrole en pays pauvre, paraissait abusive, elle en amenait pour tous les autres produits. L'opposition, particulièrement l'Umma et des membres de l'opposition appartenant au gouvernement (MLPS, DUP, MLS) attrapèrent la balle au bond et décidèrent une manifestation . Les autorités l'interdirent. Des camions de police et d'armée étaient présents. Les manifestants furent battus et au moins quatre d'entre eux arrêtés . La caméra d'un journaliste d'al Jazira lui fut arrachée et le véhicule de Reuter reçut des bombes lacrymogènes (Reuter 30 08). Une seconde manifestation fut organisée dans le même but et celui d'obtenir le droit de manifester prévu par la constitution. A cause de la constitution certains juges relâchèrent les inculpés. D'autres obéirent au gouvernement et envoyèrent des membres importants du parti Umma dans des prisons inondées par les latrines, pleines de cafards et de moustiques, sans électricité. Ces manifestations arrivaient au moment où Béchir appelait le peuple à l'union contre les NU au Darfour. D'où sa fureur. Des officiels ont accusé les manifestants de soutenir le complot étranger contre le Soudan. Le lendemain la police tenait tous les carrefours avec des mitrailleuses (ST 08 09/11 09 ; Xinhua, 07 09, Reuter 06 09/08 09).

 

- Les Américains au Soudan, y compris les diplomates, ne pourront pas s'éloigner de plus de 25 kilomètres du Palais Présidentiel à Khartoum, mesure de rétorsion, Béchir n'avait pas pu faire mieux quand il est allé aux Etats-Unis à l'Assemblée générale des NU. L'envoyé spécial de Bush au Soudan n'a pas encore eu de visa.

 

- Le 06 09, un journaliste, Mohammed Taha, éditeur du journal al Wifaq a été enlevé de chez lui et retrouvé décapité , les bras et les jambes attachés. L'an dernier, il avait reproduit des informations du Web. Elles reproduisaient un manuscrit musulman d'Al Maqrizi, vieux de cinq siècles qui soulèverait des doutes sur la généalogie du prophète Mohammed. Selon le manuscrit, le père de Mohammed ne se serait pas appelé Abdallah, mais Abdel Lat, « esclave de Lat », une idole de l'ère préislamique. D'importants rassemblements, [donc au moins acceptés par le gouvernement], avaient eu lieu réclamant sa mort. Il fut jugé sur plainte de Ansar el Sunna, un mouvement fondamentaliste et condamné à 2 mois de prison. Et son journal fermé. Lors de son procès des islamistes avaient hurlé des slogans menaçants. Mohammed Taha lui-même était un islamiste avec parfois « des idées bizarres ». Une branche inconnue d'al Qaida s'est targuée de ce crime qui n'est pas dans la coutume soudanaise. D'autres journalistes ont reçu des menaces similaires. La foule a pris à partie les Ministres de l'Intérieur et de la Défense pour ne pas l'avoir protégé (Reuter 06 09). Il semble en effet curieux que les menaces n'aient pas été suivies d'effet plus rapidement. On pense généralement que les forces de Sécurité sont responsables de ce meurtre, pour accréditer qu'al Qaida est au Soudan, prête à faire le coup de feu contre d'éventuelles forces des NU. En tous cas, le Soudan enquête mais voudrait se servir de cette affaire contre la venue des NU au Darfour (Reporter sans frontières 06 09 ; Reuter 07 09 ; ST 12 09, 13 09). La famille de Mohammed Taha se plaint de ne pas être tenue au courant de l'enquête déclarant : « Auparavant le secret absolu de l'enquête précédait la mise du cas à l'écart ». Seize Soudanais auraient été arrêtés. Mais cherche-t-on les coupables ou des ennemis du régime ?

 

- Depuis ce jour la liberté de presse , acquise depuis quatorze mois , a disparu  ; quatre journaux privés arabophones, Al Ayam, Al Sahafa, et Raï el Shaab ont vu leurs articles censurés. Ils étaient embarrassants pour le gouvernement et concernaient, outre l'assassinat de Mohammed Taha, la répression des manifestations populaires du 30 08 et du 06 09, et le bras de fer engagé par le Président Béchir avec la communauté internationale concernant la présence de Casques Bleus au Darfour (Reporters sans Frontières). Le 16 septembre,  100 journalistes commençaient une grève. Ils portaient aussi plainte contre ce manque de liberté (ST/AFP). Selon des journalistes anonymes le gouvernement redoute que les journaux soutiennent la résolution des NU (ST/AFP 12 09). Un journaliste de Al Rai al Aam, est détenu au secret depuis 5 jours. Selon différentes sources de la Sécurité , ce serait en relations, soit avec la mort de Mohammed Taha soit avec le Darfour (Reuter 04 10).

 

- Racisme Les publicités de crèmes pour blanchir la peau se trouvent partout à Khartoum. Quand on a la peau plus claire disent les jeunes filles, les gens vous pensent mieux élevée, plus éduquée, plus riche. Ces crèmes sont très néfastes à la santé et tuent parfois. Selon un dermatologue de l'hôpital de Khartoum, une sur quatre des patientes qui viennent consulter, le font à cause de telles crèmes (Reuter 02 08).

 

- Pluies diluviennes en Ethiopie, inondations au Soudan Après des pluies diluviennes en Ethiopie, le Nil Bleu à Khartoum mesurait 16,4 mètres , plus que son niveau en 1988. Le maximum n'était pas atteint. D'autres rivières venues d'Ethiopie ont gonflé, l'Atbara le Setit, le Gash. Plus de 1 100 familles ont du s'enfuir devant les inondations (Reuter 14 08 IRIN 28 08).

 

- Santé Selon l'OMS près de 25 000 cas de choléra et plus de 700 morts ont été enregistrés cette année. La situation est très dangereuse au Sud et au Darfour. L'épidémie menace le Tchad et l'Ethiopie (Reuter 29 08, IRIN 14 08).

La ministre fédérale de la santé a appelé les média à faire une campagne de sensibilisation au sida. Un rapport des NU dit que le Soudan a le plus haut taux d'infection par le sida de tout le Nord de l'Afrique et du Moyen-Orient, avec 600 000 personnes. La ministre faillit être renvoyée en juin quand elle conseilla l'utilisation du condom (ST 15 08).

 

Deux occidentaux espions ?

Le président slovène a fait de gros efforts pour la paix au Darfour. Il a envoyé Tomo Kriznar s'efforcer de persuader les rebelles de signer l'accord de paix. Kriznar était venu sans visa. Il fut accusé d'espionnage, de propager de fausses nouvelles et condamné à 2 ans de prison.

Un photographe américain du National Geographic Magazine, correspondant du Chicago tribune, Paul Salopek , titulaire de deux prix Pulitzer, a été arrêté lui aussi sans visa. Il est inculpé des mêmes crimes : il avait des photos satellites du Darfour obtenues sur le web .Khartoum refusant toujours les visas, les journalistes passaient par le Tchad.

Les deux hommes ont été relâchés.

-Au sein de la Commission des Droits de l'Homme des NU, lutte sur la qualification des évènements du Darfour.

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