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Numéro 137 - juillet- août
2006
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OUBLIES et MARGINALISES
Les 2 millions de déplacés à Khartoum
Un an après l'accord de paix
ICCO- Rik Delhaas Traduit et résumé par VS Historique Rappelons que les déplacés restent à l'intérieur de leur pays, les réfugiés vont à l'étranger. C'est seulement dans ses débuts que l'ALPS provoque le déplacement : celui à l'intérieur du Sud fut une tactique pour profiter de l'aide que la communauté internationale donnait aux déplacés, et obtenir une source de nouvelles recrues ; il fut aussi causé par les luttes de factions en 1991. L'État eut quatre raisons pour déplacer les populations. D'abord, ce fut une tactique anti-insurrectionnelle. Ensuite l'économie de guerre demandant une main d'œuvre bon marché, le gouvernement dirigea les mouvements de masse en ouvrant des corridors vers les lieux qu'il contrôlait ; simultanément il vida de leurs populations de vastes régions qu'il loua souvent en d'immenses parcelles à des soutiens du régime ; les populations dépossédées furent jetées dans des camps proches d'autres projets agricoles où ils servirent de main d'œuvre bon marché. Selon Douglas Johnson, le développement au Soudan n'est pas politiquement neutre. La troisième raison, peu après le coup d'État de Béchir et Tourabi en 1989, fut l'islamisation qui atteignit aussi les Monts Nouba et le Nil Bleu Sud. Certains camps dans ces régions étaient aux mains d'ONG soutenues par le gouvernement. « La journée commençait à 5 heures du matin par la prière, la récitation du Coran et l'orientation islamique. Puis venaient les exercices militaires ». La quatrième raison fut l'exploitation pétrolière. Le gouvernement dépeupla les champs pétrolifères, utilisant les bombardements et les attaques au sol pour forcer la population à fuir avant de construire une infrastructure dont des routes. Le retour des déplacés de ces régions est le problème le plus difficile de tous les retours.
Repousser les déplacés aux extrémités de l'État de Khartoum La population déplacée est estimée à 2 millions à Khartoum sur les 6 ou 7 que compte la conurbation. Selon une étude de l'Organisation Internationale des Migrations (IOM), 10% d'entre eux sont arrivés avant 1980, 42% dans les années 80, 34% dans les années 90 et 14% après 2000, ces derniers comptent des Darfouris. Afin d'agrandir la vraie ville, le gouvernement de l'État de Khartoum a passé son temps à démolir leurs pauvres abris et à les renvoyer dans des camps plus loin, depuis que la sécheresse au Darfour et au Kordofan en 1984 et la guerre dès 1983, a poussé les gens à immigrer en masse. Au début des années 90 il a voulu les reloger dans quatre camps, Wad el Bechir, Omdurman es Salam, Jebel Awlia et Mayo. Mais le nombre des déplacés excédait de beaucoup le nombre de places dans les camps officiels et les bidonvilles continuèrent d'exister dans trente endroits. Le « relogement » consiste à venir dans le lieu d'habitation sans prévenir, vérifier qu'il n'y a pas de fabrication d'alcool, si oui faire juger les contrevenants, démolir les abris, emmener en camion les gens avec ce qu'ils peuvent de leurs biens et les abandonner dans le désert sans eau, sans latrines, sans, sans, sans, où ils doivent construire un abri. Les maladies sont fréquentes et les ONG y installèrent des centres d'urgence. En 1998, le gouvernement planifia Hag Yousif au Nord de Khartoum. Quelque 80 % des habitants reçurent un terrain, les 20% restants durent créer de nouveaux bidonvilles. Les terrains doivent être achetés (Mayo $ 411 Wad el Beshir $ 2291), ce qui dépasse les capacités de beaucoup de gens dont le revenu moyen est d'un quart de dollar par jour. Les acquéreurs doivent avoir des papiers d'identité, ce qui n'est pas évident du tout. A la fin des années 90, la situation se stabilisa et les ONG laissèrent la place à des ONG locales. C'est alors qu'en 2003, de nouvelles expulsions furent planifiées vers al Fatah à 50 kilomètres au nord de Khartoum, par de mauvaises pistes. L'expulsion de Saba Aradi en mai 2005 se passa fort mal, les expulsés s'étant défendus, [une de nos amies se suicida]. Aussi le gouvernement signa-t-il les Principes des NU sur le Déplacement, dont : « Les personnes Déplacées …ont le droit d'être protégées contre un retour forcé ou contre un relogement dans tout endroit où leur vie, leur sécurité, leur liberté ou leur santé serait en danger ». L'encre était à peine sèche que quelque 40 000 foyers furent détruits dans trois camps officiels et deux bidonvilles. Les camps étaient devenus surpeuplés. On ne donna pas de nouveaux emplacements à des milliers de gens dont on avait détruit la maison. En fait l'État de Khartoum ne recense pas les déplacés et sous-estime toujours leur nombre. Le ministère du plan ne s'intéresse pas à ce que fait celui des Affaires sociales : Est-ce délibéré ou non ? A l'évidence ce n'est pas une de leurs priorités. Les ONG sont convoquées une fois par semaine à la Commission du travail humanitaire mais comme rien ne s'y passe, elles finissent par boycotter les réunions. Souvent le gouvernement les empêche de s'occuper des bidonvilles. Après l'affaire de Soba Aradi le gouvernement de Khartoum déclara qu'il suspendait les relogements mais le gouverneur a annoncé que quatre zones seraient transférées à Sunduz, près de Gebel Awlia et à El Fatah 3. Ce qui concerne 236 000 personnes. Aucun préparatif n'a été fait en ces lieux.
La situation humanitaire Il est difficile de garder les déplacés à l'ordre du jour alors que NU et ONG ont d'importants programmes au Sud. Un rapport de novembre 2004, avait montré dans deux des camps que le taux de mortalité brut était près d'un mort par jour pour 10 000 habitants, une urgence ; 37% des décès sont dus à des diarrhées. Rien n'a changé depuis. Selon Pronk, les déplacés des camps du Darfour vont mieux. La situation va empirer avec les relogements. 30% des foyers n'ont accès à aucune latrine. L'accès à l'eau est plus difficile et plus cher. A el Fatah 3 le taux de malnutrition des enfants est 11,8 fois plus élevé que dans l'État de Khartoum et 40% de foyers n'ont qu'un repas par jour. Tout cela est dû à l'éloignement de l'endroit et aux coûts de transport prohibitifs qui empêchent les gens de travailler. Et à l'absence de services.
Les déplacés et le cadre légal Près de 90% des femmes emprisonnées à Omdurman, presque toutes des déplacées, le sont pour des délits relatifs à la fabrication d'alcool. Une déplacée de 15 ans, trouvée illégalement enceinte, fut condamnée hors la présence d'un avocat, à 100 coups de fouet qui lui furent administrés immédiatement. |