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Numéro 137 - juillet- août
2006
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SUD-SOUDAN
Vol d'une concession pétrolière à Total (suite)
Traduits et résumés par VS Wall Street Journal 19 06 Total a une concession au Sud-Soudan depuis 1980. Il a abandonné ses travaux à cause de la guerre début 1985. Pendant la guerre, apprenant que le gouvernement faisait du nettoyage ethnique en région pétrolière, il refusa d'y travailler. L'accord de paix prévoit que les concessions attribuées resteront valides. Malgré cela, avant la paix et la formation du gouvernement du Sud-Soudan, le MLPS a accordé plusieurs permis dans la concession Total, notamment à White Nile qui y travaille. En juillet/août 2005, nous écrivions que les problèmes de Total pour récupérer sa concession venaient probablement du fait qu'il n'avait pas contacté le MLPS en renouvelant son contrat en décembre 2005 pour ne pas contrarier le ministère du pétrole de Khartoum. Cet argument est repris par le Wall Street Journal du 19 juin. D'autres raisons de ces problèmes sont l'antipathie dans laquelle est tenue la France pour sa politique pendant la guerre et le peu d'opérations de charme faites par Total à l'égard du Sud-Soudan. Toutefois Salva Kiir semble favorable à Total parce qu'il veut une application stricte du traité de paix. Il a dissous le Conseil d'Administration du Nile Petroleum Corporation, organisme sudiste pro White Nile, et ne l'a pas renouvelé (VS).
Les passagers qui débarquent à l'aéroport de Juba sont accueillis par un grand panneau portant le logo de White Nile, le principal compétiteur de Total, portant son leitmotiv, « Notre paix, notre terre, notre pétrole, notre liberté », accompagné de photos de Salva Kiir et de John Garang. White Nile a un nouveau siège social à Juba et distribue abondamment des T-shirts sur lesquels est écrit « White Nile. La compagnie des gens du Sud-Soudan ». White Nile fut fondée à Londres par Phil Edmonds, né en Afrique et marié à une romancière à succès, ancien joueur de cricket britannique, qui poursuivit sa carrière en cherchant des minéraux en Sibérie et aux Philippines ; avec son associé Groves, il chercha du platine en Afrique du Sud, du tantale au Zimbabwe et du cobalt au Congo. Quand le Daily Mail leur demanda comment ils avaient obtenu l'autorisation, Edmonds répondit : « Les droits pour ces dépôts passèrent à une tribu locale, nous y sommes allés, avons rencontré le roi, bu quelques bières et fait le marché ». Il n'a jamais exploré ni exploité de pétrole. Cependant, le gambit du Soudan lui a permis de se faire le champion de ses deux causes préférées, les droits de l'Afrique Noire et l'agrandissement de sa fortune personnelle. En Afrique, les opérateurs rusés comme Edmonds s'appuient sue les passions politiques et les divisions ethniques pour avoir accès au pétrole en Somalie, en Éthiopie et au Sahara Occidental. Edmonds a adroitement donné 50% des parts de White Nile au gouvernement du Sud-Soudan. Le directeur des opérations de White Nile est marié à une Dinka ; il est occupé principalement à faire du charme aux populations. Total doit lutter contre une société inconnue qui a fait un contrat avec un gouvernement non existant. Il lutte dans les Cours de justice à Londres et à Juba. Le gouvernement provincial de Jonglei a fait savoir qu'il arrêterait tout membre de Total entrant dans cet État. A Juba, Total n'est représenté que par un ancien officier, consultant en sécurité, M. Servot qui est définitif : « White Nile aura besoin d'une grande compagnie pétrolière, ce ne sera pas nous. » [White Nile n'a ni l'expérience ni les ressources financières ni le personnel qualifié nécessaires, et le reconnaît. On se demande si une autre grande compagnie pétrolière travaillerait pour White Nile dans une concession appartenant à Total.] M. Servot montre une photo aérienne du camp de base Total, construit dans les années 80. Le camp a été pris avec l'autorisation du gouvernement du Sud par une société moldave qui travaille plus au Nord [dans la concession Petronas VS]. Les officiels américains craignent que l'accord avec le White Nile ne soit un mauvais précédent pour le Sud-Soudan et soupçonnent la compagnie britannique d'avoir donné des pots de vin, ce que nie Edmonds. Il ajoute avec son incroyable effronterie : « Pourquoi Total ne vient pas nous parler ? Il y a plus qu'assez de pétrole pour tout le monde. » |