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Numéro 137 - juillet- août
2006
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L'accord de paix contesté embrase le Darfour
Le Conseil de Sécurité serait prêt à imposer les Casques Bleus à Khartoum
L 'un des tout premiers, notre bulletin contestait l'accord de paix du Darfour signé dans l'enthousiasme mondial par le gouvernement soudanais et l'un des trois rebelles, Minni Minawi du Mouvement de Libération du Soudan (MLS) qui avait cédé aux extrêmes pressions de la communauté internationale. Cette prédiction ne s'est malheureusement que trop accomplie. Le bureau politique de Minni s'est déclaré contre l'accord ainsi qu'une partie de ses officiers. Le roi est nu. L'accord menace de s'effondrer.
La principale critique des opposants à l'accord est que le gouvernement doit désarmer les janjawid, ce qu'il avait déjà promis sept fois sans le faire. Les Darfouris jugent qu'au mieux, il cachera leurs armes jusqu'à ce que l'Union Africaine ait vérifié leur désarmement puis désarmé les rebelles. Alors, les janjawid réarmés massacreront les civils retournant sans défense dans leurs villages. Les médiateurs le disaient, il fallait tester la bonne foi de Khartoum. Les Darfouris proclamaient qu'elle était toute testée et refusaient que ce fût à leurs dépens. La suite leur donna raison. Khartoum avait jusqu'au 23 juin pour présenter un plan de désarmement des janjawid. Le 14 juillet il n'en avait rien fait.
Un nouveau Front de Rédemption Nationale fut crée à Asmara le 30 juin par le Mouvement pour la Justice et l'Égalité, rebelle non signataire, l'Alliance Fédérale Démocratique du Soudan, parti d'Ahmed Diraij, un homme d'État respecté, jusqu'alors opposant non armé, et des membres du MLS faction Minawi, opposés à l'accord de paix. L'isolement de Minawi, accusé de viols et de meurtres par les NU, réfugié jusqu'à récemment contre l'ire de ses concitoyens dans les casernes de l'Union Africaine (UA), grandit. Le Front a attaqué avec plus de 50 véhicules, une ville du Kordofan. Est-ce l'extension de la guerre ? Il souhaitait manifester non seulement contre l'accord de paix mais aussi contre la détérioration des conditions sécuritaires au Darfour. Le non signataire Abd el Wahad et sa faction MLS ne se sont pas joints à eux.
La situation au Darfour est terrifiante. Selon les NU, des journalistes, des services de renseignements, au Nord Darfour, la faction Minni Minawi, parfois soutenue par l'armée, et/ou par des janjawid, a attaqué les forces de la faction Abd el Wahab, celles de ses propres forces qui l'ont abandonné par opposition à l'accord de paix, et les civils censés soutenir les unes ou les autres. Cette faction Minni est communément appelée les nouveaux janjawid. Pour elle, il s'agirait de la mise en œuvre de la paix ! Khartoum a déployé dans ces combats au moins un hélicoptère militaire portant les couleurs et la marque de l'UA ce qui est un crime de guerre. Cet élément ajouté au ressentiment de la population contre le rôle joué par l'UA dans l'accord de paix, a accru la fureur populaire contre l'UA, ce qui rend souvent sa mission impossible dans les camps. Un hélicoptère de patrouille UA a été attaqué. Mêmes drames au Sud Darfour, mais les auteurs semblent moins sûrement identifiés.
L'idée commence à germer que l'accord de paix du Darfour devrait être modifié pour satisfaire ses habitants. Même Minni Minawi appelle ce changement de ses vœux. Béchir reçoit secrètement Abd el Wahad.
Après avoir déclaré qu'elle resterait au Darfour jusqu'à fin 2006, l'UA se dédit. Seule bonne nouvelle, le Conseil de Sécurité serait prêt à imposer les Casques Bleus au gouvernement soudanais à la fin de l'année avec un mandat plus ou moins contraignant selon le plus ou moins de bonne volonté qu'il montrera. Leur mandat couvrirait en tous cas la protection des civils.
L'armée de Résistance du Seigneur (ARS) est peut- être le pire fauteur d'exactions au monde depuis des décennies. Ce rebelle ougandais se répand aussi au Sud Soudan. A la demande de l'Ouganda, la Cour Pénale Internationale (CPI) avait inculpé ses cinq chefs, mais leur arrestation fut mission impossible. Le Sud-Soudan, voulant s'en débarrasser, sert de médiateur entre l'ARS et l'Ouganda. Le 8 juin des médiateurs ARS arrivèrent à Juba. La clé d'un accord était, crut-on, une amnistie, mais la CPI , soucieuse que son autorité ne soit pas bafouée, rappela à l'Ouganda son devoir de les arrêter. Curieusement elle n'en dit pas autant au Soudan. L'Ouganda promit finalement l'amnistie, que l'ARS rejeta ! L'Ouganda voulait la présence des chefs, qui, inculpés, se gardaient bien de venir ; il accepta de parler à des seconds couteaux. Riak Machar, un ami de Kony, présidera les pourparlers qui débutent incessamment. Pax Christi Pays-Bas, San Egidio et la Suisse participeront. Et les Nations Unies demandent à leurs forces du Sud-Soudan d'y poursuivre l'ARS. Bételgeuse |