Numéro 136 - mai - juin 2006

 

SIX PROBLEMES MAJEURS

1- Destructions et déplacements

.Le sol est fait de terre de coton noire et argileuse, marécageuse à la saison des pluies sur lequel il est très difficile de bâtir. Les Dinka bâtissaient sur des zones surélevées sablonneuses. Pour faire des économies, Petrodar a utilisé ces sables pour la construction des routes et de leurs installations. Le long des routes pétrolières, on voit d'énormes trous là où étaient les villages. Les Dinka y enterraient leurs morts. Les restes de leurs ancêtres ont disparu dans les routes. C'est une violation majeure de la dignité et des croyances Dinka. Ceux qui ont essayé de retourner n'ont rien trouvé.

Bény ou Nouveau Paloic où 4 à 5000 personnes furent relogées en 2005 est une terre facilement inondable, sans eau en saison sèche, sans arbres pour construire des maisons. Il a une mosquée et une école coranique mais les déplacés sont chrétiens ou animistes

 

2- Le développement pétrolier a laissé les habitants dans une pauvreté abjecte .

Contrastant avec les cris de triomphe de Petrodar, le niveau de vie des habitants est catastrophique. Les niveaux de malnutrition sont plus élevés que ceux d'urgence définis par l'OMS. Les pétroliers ont électricité et soins de santé. Les habitants n'ont ni l'un ni l'autre, ni aucun service de base. Les pétroliers donnent parfois de l'eau potable mais la coupent au moindre problème. ECOS les a vu jeter de l'eau dans d'anciens barils de pétrole où les habitants venaient la puiser. Il n'y a pas de trou d'eau. L'absence d'eau potable cause maintes maladies. Avant l'arrivée de Petrodar, Paloic avait une clinique tenue par des étrangers. Elle est réservée aux pétroliers. Après la paix, les habitants ont dû aller dans les zones ALPS où l'on mourait de faim pour trouver des médicaments. Il n'y a qu'une petite école islamique à Paloic alors que ses élèves ne sont pas musulmans. Les miliciens gouvernementaux ne sont pas mieux traités. Ils doivent acheter leurs médicaments même quand ils ont été blessés en action.

Il existe une forte discrimination à l'emploi. La plupart des employés des pétroliers viennent du Nord. On n'emploie jamais de Sudistes éduqués. Quand on emploie des Sudistes, ils sont au niveau le plus bas et on ne leur donne jamais de formation. Récemment on avait promis à un certain nombre d'entre eux d'être engagés. Vinrent des bus amenant des gens du Nord et il n'en fut plus question. Etc.

 

3- L'exploitation pétrolière actuelle est dangereuse pour l'environnement

Les marécages Machar sont l'un des plus importants du monde. Le Nil est la seule source d'eau pour l'Égypte : des déversements massifs à la suite d'éruption de pétrole pourrait rendre ses eaux impropres à la consommation et à l'irrigation de Melut jusqu'à la Méditerranée. Environ 150 lois et règlements gouvernent les problèmes environnementaux au Soudan. Les organismes gouvernementaux n'ont pas la volonté et/ou pas la capacité de les appliquer. Éliminer les risques environnementaux dans des marais exige une technologie sophistiquée. Petrodar choisit le meilleur marché.

Les photos satellites corroborent les témoignages. Les routes surélevées et les oléoducs agissent comme des barrages en empêchant l'écoulement naturel de l'eau, avec ici, inondations, là, sécheresse. Les conséquences sont des destructions de maison, le manque de nourriture. Les routes ont des passages pour l'eau beaucoup trop petits, facilement bloqués par quelques débris. Bien que n'ayant pas été construites dans ce but, les routes apportent quelques bénéfices à la région. Mais il n'y en a pas vers la capitale fédérée, Malakal.

Le pétrole est pompé avec de l'eau. Ils devraient être séparés. La technique fort économique de Petrodar consiste à jeter les eaux, toujours mêlées de pétrole dans les eaux de surface, au grand dam des pasteurs agriculteurs.

 

4- Compensation et Développement communautaire

Les sociétés pétrolières sont tenues par contrat selon l'usage, à utiliser des sommes d'argent spécifiées au développement communautaire. Petrodar l'a fait au quartier général de la milice de Chayout Nydang, les forces responsables de la destruction de la région, selon l'Équipe de Protection des Civils dirigée par un Américain. Petrodar a aussi construit à Nouveau Paloic une mosquée – les gens de la région ne sont pas musulmans, un poste de police tenu par des nordistes bien que Paloic soit au Sud, une école et une clinique. Il a aussi déposé des roseaux pour que les habitants construisent leurs maisons. Mais personne n'est venu s'y installer, le lieu est inondé en saison des pluies. C'est le ministère du Pétrole, en consultation avec les renseignements militaires locaux qui disent que faire et où en matière de développement communautaire.

ECOS n'a rencontré personne ayant reçu une quelconque compensation Le nouveau commissaire du comté de Maban a demandé aux sociétés pétrolières de voir leurs contrats de compensation. Ils n'ont pu en produire. Affaire à suivre. Ce commissaire a ordonné aux pétroliers de payer leur gravier et leur bois. Sera-t-il soutenu par le ministère du pétrole, seul responsable ?

 

5- Établissement de non sudistes dans la région

Les communautés de pasteurs transhumants ou nomades, du Nord et du Sud, se sont toujours mêlées au Nord du Sud. Maintenant des gens du Nord s'établissent de manière permanente, surtout des Fellata qui arrivent, armés, avec leurs troupeaux. Un bureau pour leur établissement aurait été installé à Renk, sans lien avec les autorités du Sud. On peut les voir tout le long de la route. Les Sudistes craignent qu'ils ne viennent pour modifier l'équilibre des populations et l'issue du référendum d'autodétermination.

 

6- La Sécurité est toujours entre les mains de Khartoum

Elle prend ses ordres de Khartoum et non du Sud contrairement à l'accord de paix. A Melut les troupes gouvernementales campent toujours dans une église. Les armes lourdes sont prêtes à tirer et non couvertes comme dans le reste du Sud. Les forces gouvernementales restreignent automatiquement la libre circulation des personnes et des biens. L'essentiel des milices pro gouvernementales sudistes ont rejoint l'ALPS, mais les milices du Nord sont toujours là et semblent même s'accroître. Dans la concession, nombreux sont les civils à avoir demandé des armes à l'ALPS afin de pouvoir rentrer chez eux.

 

Conclusion

Plus d'un an après la signature de l'accord de paix, le gouvernement du Sud-Soudan n'a pas encore publié sa politique pour les industries pétrolières. Il est divisé sur la légalité des contrats signés avec White Nile et autres. Si les survivants rentrent chez eux ils trouvent une terre dévastée. Ils perdent patience. Ici ou là ils ont tué un chef d'équipe chinois ou chassé une milice. Le Commissaire de Maban craint que les forces de sécurité et les sociétés pétrolières ne conspirent pour créer des tensions entre les tribus.

Nous ignorons le contenu des contrats pétroliers qui est tenu secret. Même s'ils n'obligent pas les sociétés à respecter le droit des gens et l'environnement, elles ont tout intérêt à le faire pour pouvoir continuer leurs opérations.

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