Numéro 136 - mai - juin 2006

 
 

PAIX CONTESTEE AU DARFOUR

Le Conseil de Sécurité à Khartoum

L 'accueil enthousiaste fait tant par la communauté internationale que par la majorité de la presse à l'accord de paix au Darfour, signé par le rebelle Minni Minawi, est rejeté, dans l'agitation et la violence, par les malheureux affamés des camps de déplacés, ainsi que par des étudiants darfouri, tentant de manifester à Khartoum : cet accord n'apporte pas aux civils de force internationale qui les protège (Voir Accord de paix du Darfour p.2).

 

Abdel Wahab el Nur, le chef légitimement élu de l'Armée de Libération du Soudan (ALS), un Four, ethnie la plus importante du Darfour (30 à 35%), a refusé de signer cet accord, négocié in fine entre l'Union Africaine (AU), les Occidentaux et Khartoum ; intimidations et chantage, curieuse méthode de médiation, n'y ont rien fait. Pour signer, il exige trois conditions. Les janjawid ne doivent pas être désarmés par leur maître, le gouvernement soudanais –les armes janjawid pourraient être cachées quelques jours dans les immensités du Darfour. Les grotesques trente millions de dollars d'indemnisation aux victimes de la guerre doivent être augmentés et de meilleures garanties apportées aux Darfouris tentant de retourner dans leurs villages, souvent habités par d'autres. Plus de sièges doivent être attribués dans les parlements régionaux aux rebelles, afin que les tribus arabes -dont sont tirés les janjawid exclus des pourparlers- soient incluses dans le processus de paix pour le rendre plus fiable.

 

Le seul rebelle signataire est Minni, un Zaghawa, ethnie qui forme au plus 8% de la population du Darfour et qui est elle-même partagée entre l'ALS et le Mouvement pour la Justice et l'Égalité non signataire. Ce dernier réclame, avec ou sans bonne foi, un Darfour autonome. Minni, ex-Secrétaire Général autoproclamé de l'ALS, avait pris le pouvoir à la suite du vote d'une minorité Zaghawa détrônant Abd el Wahab, qui lui, est soutenu en-dehors de sa tribu. Minni est plus puissant militairement. Pour les NU, Abd el Wahab est le méchant, il doit se fier à la communauté internationale pour protéger le Darfour de la mauvaise foi de Khartoum, alors que le gouvernement soudanais a promis à sept reprises de désarmer les janjawid, sans le faire et sans sanctions onusiennes. De plus, depuis la signature de l'accord, les janjawid attaquent les troupes de l'Union Africaine et les villageois, même au Tchad. Les ALS, faction Minni, attaquent les ALS, faction Abd el Wahab. On se bat sur la frontière tchadienne.

Certes Abd el Wahab manque d'expérience, il a changé d'avis, agaçant des négociateurs qui devaient s'adresser à trois chefs rebelles divergents. On dit que le sous-secrétaire d'État américain Zoellick est responsable de l'accord, qu'il a voulu soutenir les Zaghawa car ils appuient leur « frère », le Président tchadien Déby menacé. Abd el Wahab a fait appel à une médiation des NU.

 

Le Président Béchir avait menacé les casques bleus de jihad s'ils venaient remplacer les troupes de l'Union Africaine au Darfour. Le Président égyptien Moubarak, qui n'était pas venu au Soudan depuis sa tentative d'assassinat par des Égyptiens entraînés au Soudan en 1995, s'y est rendu pour moins de 24 heures peu après. Serait-il venu dire à Béchir sa désapprobation pour cet avertissement ? Quoi qu'il en soit le Soudan n'a plus parlé jihad. Il n'a avalisé qu'une mission d'évaluation pour un transfert de mission de l'Union Africaine aux NU, transfert que tant l'Union Africaine que la Ligue Arabe approuvent. Alors que nous mettons sous presse, le Conseil de Sécurité se déplace à Khartoum, contrairement à ses habitudes, pour persuader le gouvernement soudanais que le rôle d'une force onusienne serait d'assister les parties à mettre en œuvre l'accord de paix du Darfour, pour obtenir la coopération des rebelles non signataires à cet effet et suivre le processus de paix au Sud.

Usama ben Laden appelle désormais à une guerre sainte destinée à défendre le Darfour contre les Sionistes/Croisés-, projet que Khartoum récuse.

Sous la houlette des Églises, les habitants de cinq États du Sud-Soudan ont célébré leur réconciliation. Les bureaux politiques du Congrès National et du Mouvement de Libération du Peuple Soudanais (MLPS) se sont rencontrés pour accommoder leurs désaccords. Sans effet. (Voir Politique Intérieure). Seule éventuelle décision, les élections auraient lieu avant la date prévue, en janvier 2007, bien que la commission des listes électorales ne se soit pas encore réunie. Peu de jours après, Salva a lancé une pré campagne électorale, convoquant Nordistes et Sudistes à une manifestation de son parti, le MLPS, qui réunit une nombreuse assistance.

Bételgeuse

 

 

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