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Numéro 135 - mars - avril
2006
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Sanctions
Une personnalité visée par les NU invitée à Londres
Dans notre dernier numéro, nous résumions un rapport sur le Darfour, destiné au Conseil de sécurité qui en avait nommé les experts. Selon ce document, l'embargo sur les armes imposé aux différentes parties du conflit n'était pas respecté. Des personnalités entravent le processus de paix, n'obéissent pas aux Résolutions du Conseil de Sécurité et commettent des violations des droits de l'homme. Rappelons que des sanctions personnelles financières sur leurs biens ainsi que des interdictions de voyager pouvaient être imposées aux contrevenants.
Une liste secrète de suspects était jointe au rapport. Dix-sept noms ont filtré auprès du Financial Times et de RFI. Parmi eux, El Zubair Bashir Taha, le ministre de l'Intérieur, pour « s'être abstenu de prendre des mesures appropriées pour désarmer les milices non gouvernementales, [lire les janjawid ] » , tandis que le Général Abdel Rahim Mohamed Hussein, ministre de la Défense , est accusé d'avoir « manqué d'identifier, neutraliser et désarmer les groupes de milices ». Un commandant de l'armée de Libération du Soudan est sur la liste pour avoir attaqué une escorte militaire gouvernementale. La liste mentionne aussi quatre officiers supérieurs de l'armée soudanaise, trois officiels de la police ou des forces de sécurité, deux dirigeants de milices, et deux autres commandants de l'ALS.
Elle comporte surtout, en numéro deux, Salah Abdallah Gosh , directeur du service national de Sécurité et de Renseignements, pour n'avoir « pas su identifier et désarmer des milices non étatiques » et avoir une « responsabilité de commandement, pour des actes de détention arbitraire, de harcèlement, de torture, de déni du droit à un juste procès ». Or ce même Gosh s'est rendu en Angleterre, qu'il a quittée le 9 mars (BBC 11 03). Le Foreign and Commonwealth Office (FCO) a été fort embarrassé que cette visite soit découverte. Il y avait, dit-il une urgence médicale, Gosh ayant de « graves ennuis cardiaques ». Plus curieusement le FCO a prétendu que Gosh n'était accusé d'aucun crime, alors que ce sont des experts nommés par le Conseil de Sécurité lors d'une résolution approuvée par la Grande-Bretagne qui l'en ont accusé. Mais le FCO dit aussi, selon la Lettre de l'Océan Indien (20 03), qu'il est important « de garder des relations avec les hauts responsables soudanais pour les inciter à faire la paix au Darfour ». Gosh eut des conversations avec le FCO. On y aurait parlé de paix au Darfour et de Al Qaïda avec Gosh qui aurait aussi rencontré à Londres, des Américains (The Observer 12 03). Pour les membres de l'International Development Committee, lui avoir accordé un visa est une trahison du peuple du Darfour ». Sanctionner Gosh sera-t-il embarrassant pour le Royaume-Uni, comme ce doit l'être pour les Etats-Unis ? La CIA l'avait invité à venir à Langley en lui envoyant un avion : il avait prétendu se ranger sous sa bannière dans la lutte contre le terrorisme. Le Conseil de sécurité est le seul à pouvoir prononcer les sanctions. Il y a donc une double compétence, du Conseil de Sécurité qui n'administrerait que des sanctions financières et des interdictions de voyage et de la Cour Pénale Internationale qui peut prononcer la prison à vie. Les États-unis, la Grande-Bretagne , le Danemark et la France étaient favorables à ces sanctions qui pourraient être immédiates, tandis que Chine, Russie et Qatar y étaient opposés pour les raisons habituelles (Reuter, 27 02). Human Rights Watch souligna que le Conseil de Sécurité était plus préoccupé de la mise en œuvre d'une force de maintien de la paix onusienne que de sanctions. Depuis que l'arrivée des troupes onusiennes est au point mort, de nouvelles sanctions sont à l'étude. Les Etats-Unis, souhaitant exercer une pression croissante, voudraient qu'elles ne s'appliquent qu'à des cadres moyens de janjawid et de rebelles, qui ont peu de chance de voyager et ont peu de biens à l'étranger. Pourparlers de paix Ils n'avancent pas. Les délégués du gouvernement soudanais assistent à toutes les réunions, mais ne lâchent rien. Quant aux rebelles, le Mouvement de Libération du Soudan (MLS), s'est divisé selon des lignes tribales. Le Zaghawa Minni Minawi, qui s'était attribué le titre de Secrétaire Général du Mouvement (les autres responsables avaient été élus), a réuni des Zaghawa qui l'élirent président à la place du Four Abd el Wahab el Nour qui n'a pas de préjugés tribaux. Dans un premier temps, Minni trompa les NU sur la légitimité de son élection. Finalement, sur ordre de l'Union Africaine, les deux hommes représentèrent le MLS aux pourparlers ; ils étaient censés avoir une position commune. Ce ne serait pas arrivé sans la première erreur d'appréciation des NU. Khalil Ibrahim, un Zaghawa lui aussi, le chef du petit Mouvement rebelle pour la Justice et l'Égalité, a fait une alliance Zaghawa avec Minni Mirkawi. Les hommes de Minni Mirkawi commettent maintes exactions à l'égard des humanitaires et de l'Union Africaine. Minni a été absent des négociations trois mois, il était occupé à consolider sa position, Khalil n'y avait jamais assisté. Ces deux hommes sont arrivés en avion de Libye où ils avaient rencontré Ali Osman, le second vice-président, sous la houlette de Gaddafi. Cela n'a pas adouci Khalil qui vient de changer de position en demandant le droit à l'autodétermination pour le Darfour jusqu'à Kosti et Dongola, villes des bords du Nil ( Sfp 30 03). Seules de légères avancées avaient été faites sur le renforcement de la sécurité des personnes déplacées, et la sécurité des routes humanitaires quand Jack Straw, ministre britannique des Affaires étrangères, vint montrer son mécontentement aux deux côtés. Le Conseil de Sécurité leur avait donné jusqu'au 31 décembre 2005 pour signer un accord. Les souffrances de leur peuple leur sont indifférentes. Peu leur chaut la paix. L'Union Européenne se consulta avec les États-unis, les Nations Unies et le second vice Président du Soudan, Ali Osman Taha qui avait négocié les accords du Sud. Pour le Tchad, l'Union Africaine en viendrait à imposer une solution. La communauté internationale en a assez et menace de sanctions. Abd el Wahab el Nour soutient ce point de vue. Sans que rien n'explique cet optimisme, mais peut-être mus par la crainte que les NU ne viennent remplacer les forces de l'Union Africaine au Darfour, selon Lam Akol, ministre MLPS des Affaires Étrangères et Magzoub al Khalifa, chef médiateur soudanais, la paix sera signée « avant fin avril » ou « bientôt ». Magzoub est un islamiste tenant de la ligne dure. En tant que gouverneur de l'État de Khartoum, il avait interdit aux femmes de travailler dans les restaurants, les stations d'essence et autres lieux publics. Il fâcha les chrétiens en essayant de faire de leur cimetière de Al Sahafa, toujours en activité, un marché aux légumes. Il vient de fâcher les rebelles du Darfour. A leur demande d'avoir une vice-Présidence, il a répondu abruptement d'oublier, et d'attendre les élections. Comme le demande Alfred Taban, l'éditeur en chef du Khartoum Monitor , Béchir a-t-il attendu les élections pour devenir Président de la République ? Les Darfouris sont 6 millions, entre un cinquième et un sixième de la population soudanaise, et ils sont assez pacifiques pour accepter le compromis de n'avoir qu'un vice-président et non un Président. Certains adjoints de Magzoub ont démissionné, ne le trouvant pas assez conciliant.
Salva Kiir a depuis longtemps un projet pour le Darfour qu'il essaie de faire accepter par Béchir. Sous sa présidence, une réunion de cabinet a formé un comité politique composé de toutes les parties du gouvernement, Congrès national, MLPS et opposition, pour revoir toutes les solutions possibles (ST 19 03). On annonce depuis l'arrivée du second vice-Président Taha à Abuja le 8 avril (Reuter 04 04). Est-ce pour lâcher du lest sans faire appel au MLPS ? Exactions « On croyait que la situation effroyable régnant au Darfour ne pouvait plus empirer ; on avait tort » (HRW)
Selon MSF, une période d'instabilité chronique s'est ouverte, combats entre milices, rebelles et gouvernement soudanais, instabilité près du Tchad, tensions entre clans nomades qui ont donné lieu à des confrontations sanglantes. Peu parmi les gens qui vivent dans ces prisons de plein air que sont les camps de déplacés s'aventurent en-dehors des camps pour trouver du bois, de la paille ou quelque nourriture [crainte des janjawid VS]. Le surpeuplement est malsain. Quelques individus un peu plus riches ont acheté des terrains au bord des camps, mais y travailler est dangereux. Au Jebel Marra, en zone rebelle [armée de Libération du Soudan, ALS, branche Abdel Wahab el Nour VS], les conditions de vie sont bien meilleures bien que l'armée et les milices entourent ces régions (16 02). Quelques exemples. A Kutum, une ville de 45 000 habitants du Nord Darfour aux mains du gouvernement, après que l'ALS ait tué un lieutenant de l'armée, les janjawid ont saisi les rues de la ville, battu les gens au hasard avant de les emmener en camions. Il semblait que les janjawid commandaient et non l'armée. Proches de Kutum, des groupes ALS et nomades, alimentent l'insécurité (IRIN 20 02). Lors d'une réunion sur les violences faites aux femmes, à Kabkabiya, Darfour, sous l'égide des NU, les participants ne purent se mettre d'accord : une femme qui tombe enceinte après un viol doit-elle être punie pour adultère ? (IRIN 03 03) A Gereida, Sud Darfour, des combats entre Fellata (originaires d'Afrique de l'Ouest) et Masalit ont conduit au déplacement les habitants de 20 villages alentour et à la création d'un camp non enregistré de déplacés (IRIN 02 03). The Scotsman a obtenu copie d'un rapport de l'Union Africaine, établissant que à Tawila, les forces gouvernementales ont attaqué des civils dans une mosquée, en tuant 4 et en blessant 24. La police s'embarqua dans une destruction de propriétés faite au hasard, brûlant 30 maisons et stalles de marché. Des policiers auraient été blessés par une grenade (18 03). Trois bureaux de l'organisation de droits de l'homme SUDO de notre ami Mudawi Adam ont été fermés dans l'ouest Darfour parce qu'ils « unissaient les gens et que [les autorités] veulent les diviser » (Reuter 15 03). L'autorisation de travailler au Darfour de l'ONG Norwegian Refugee council n'a pas été renouvelée.
La protection des régions rurales et des populations villageoises n'a jamais été aussi mauvaise depuis 2003, selon le coordinateur des NU au Nord Darfour (IRIN 09 03). Jan Pronk, représentant des NU au Soudan, a dit au Conseil de Sécurité : « Je ne ressens aucune joie à ajouter les villes de Sharia et de Gereida à Aro Sharow, Tama, Abou Sorouj, Tawila, Labado, Hamada, et Khor Abaché qui témoignent toutes de cruelles atrocités, de terreurs, de meurtres et de viols. Il dit aussi que 300 personnes avaient été tuées dans une zone du Sud Darfour du 1 er décembre au 1 er mars, par des aggresseurs à cheval et chameau ( janjawid ), soutenus pas des véhicules militaires (IRIN 01 03). Selon un officiel 50 000 personnes de plus ont été déracinées au Darfour du début de l'année au 29 03 (AFP 29 03). L'UA vient d'établir un comité indépendant pour étudier les viols au Darfour (ST 04 04). Pour Amnesty International, il y a blocus de l'aide humanitaire. Tchad Les jours de Déby sont-ils comptés ? Déby, qui, en 1990, prit le pouvoir depuis le Soudan, appuyé par mille hommes, est de plus en plus isolé. Toutefois, la population est fatiguée des conflits sanglants du passé, elle ne voit pas d'alternative politique claire, mais un risque important de combats ethniques pour le pouvoir. Un forum national est demandé par l'opposition, c'est aussi un avertissement pour des putschistes éventuels : se saisir du pouvoir ne leur garantira pas de le garder. Cette opposition appelle à boycotter l'élection présidentielle en mai qu'elle appelle une mascarade, Déby ayant fait modifier la Constitution pour pouvoir se représenter une troisième fois. Il a aussi changé en décembre une loi sur les revenus pétroliers qui en réservait une grande partie au développement durable, à la fureur de la Banque Mondiale , concernée par l'arrangement, qui accuse le gouvernement tchadien de corruption. Le Soudan ne souhaiterait pas que les Zaghawa tchadiens, qu'il soutient, prennent le pouvoir ; il craindrait qu'ils ne poursuivent une politique pro Zaghawa au Darfour.
Exportation de la guerre du Darfour au Tchad Selon Human Rights Watch, de très nombreuses attaques de janjawid venues du Darfour, appuyées par l'aviation soudanaise, ont lieu au Tchad. (L'organisation a demandé aux forces de l'Union Africaine de patrouiller la frontière, patrouilles prévues par l'accord soudano tchadien du 8 février sous l'égide du Président libyen). Même son de cloche des NU. Les réfugiés tchadiens fuient d'une zone de guerre à l'autre. Le Soudan se plaint aussi d'attaques de l'armée tchadienne. Les rebelles tchadiens, qui apprécient d'autres carburants, ne volent pas les véhicules des humanitaires, parce qu'ils fonctionnent au diesel.
Imbroglio au Tchad Le 15 mars, une tentative de coup d'État pour renverser Déby fut éventée et cent militaires suspects arrêtés. Dans une attaque préventive avant que les rebelles n'empêchent les présidentielles, Déby a commandé en personne une offensive contre eux. Il s'est rendu près du site dans un avion militaire français, avec quelques collaborateurs ; les avions militaires français n'auraient transporté personne d'autre, ni matériel. Chacun, tant du côté gouvernemental que du côté rebelle, se targue d'avoir obtenu la victoire. Le 20 mars, les troupes tchadiennes sont entrées au Soudan et ont attaqué des camps de Zaghawa tchadiens.
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