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Numéro 135 - mars - avril
2006
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D A R F O U R
Le Soudan menace les NU de Jihad
Forces onusiennes versus Forces africaines
E n janvier l'Union Africaine dont le mandat au Darfour devait se terminer en mars, se déclarait prête à passer la main aux NU. Elle était lasse de son mandat qui ne lui permet ni de protéger les civils non immédiatement en danger, ni de désarmer qui que ce soit. Elle n'avait plus d'argent, la chambre des Représentants américaine ayant refusé un nouveau budget et l'Union Européenne ne voulant assurer seule le financement. Les financements ONU sont inclus dans son budget ; ceux de l'Union Africaine sont volontaires. Après de nombreux conciliabules, le Président du Conseil de Sécurité, l'américain Boulton obtint fin février une déclaration unanime du Conseil de Sécurité demandant au Secrétaire Général d'initier un plan d'urgence avec l'AU pour une transition vers une opération des Nations Unies, l'idée étant que la force de l'ONU inclue les soldats de l'UA. Les États africains et arabes insistaient pour que l'on demande son avis au Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine avant toute décision et avaient converti à leur point de vue les membres du Conseil de Sécurité, Américains exceptés. Or sa réunion n'avait lieu qu'en mars.
Le Soudan avait peu réagi. Réflexion faite, il pensa qu'une force onusienne pourrait avoir l'autorisation d'arrêter les suspects qui doivent être présentés à la Cour Pénale Internationale, de désarmer les janjawid et de protéger les civils. Toutes choses qu'il redoute. Pronk, le représentant des NU au Soudan fut convoqué au ministère des Affaires étrangères pour s'entendre dire que son appel pour une intervention des NU au Darfour dépassait son mandat. Lam Akol, le ministre MLPS des Affaires Étrangères, poursuivit, disant que les troupes de l'Union Africaine ne manquaient que d'argent, et que personne n'avait critiqué leur travail. C'est amusant quand on sait les difficultés que le gouvernement soudanais leur fait Point d'orgue, l'intervention de Béchir. Il n'accorde aucune importance aux faits, s'approprie tous les termes qui font mouche : le Darfour est un problème fabriqué, ses richesses ( ?) sont l'objet des ambitions, une force des NU serait une invasion de l'étranger, si le MLPS n'est pas heureux de la mise en œuvre de la paix, qu'il s'adresse au ministre de la Justice [nommé par lui], les Sudistes voteront pour l'unité si les États arabes et d'autres donnent assez d'argent pour développer leur pays. Il l'a répété lors d'une interview à al Jazira. Il espère que ces intéressantes pensées effaceront jusqu'au souvenir des faits. Cette posture est une imposture. Il déclara publiquement : « Le Darfour sera le cimetière des troupes étrangères. Des cercles étrangers visent le Soudan et le Darfour ». Un appel au jihad contre les NU fut lancé. Aurait-il persuadé la rue de sa nécessité ? Les officiels soudanais omettaient de mentionner que 6000 soldats des NU (UNMIS), provenant des 60 plus grands pays africains et asiatiques, sont déjà déployés dans le centre et le Sud du Soudan suivant l'accord de paix du 9 janvier 2005 qui mit fin à la guerre du Sud et que dans le mandat des NU, figure le soutien à l'UA. Khartoum mena une intense activité diplomatique. Pronk déclara que « des gens à Khartoum craignaient que des combattants d'Al Qaïda affluent au Soudan comme ils le font en Irak si une force onusienne prenait la relève au Darfour. Selon des services de renseignements, [ lesquels ? ] il y a des gens à Khartoum qui n'y étaient pas auparavant ». Allusion claire à ce que Béchir ou Gosh le chef des services de sécurité, aurait amené des membres d'Al Qaïda pour être prêts à toute éventualité. Il ajouta : « Il serait peu sage de ne pas prendre au sérieux de tels avertissements et la mission des NU au Sud-Soudan pourrait être affectée si la campagne contre les NU continue ». Il l'a répété partout. Vérité ou jeu diplomatique, comme le pense le quotidien Al-Ayam ? Après avoir rappelé les faits précédents, ce journal nous apprend la naissance de deux organisations terroristes [le terme est de nous] au Soudan, l'Exterminateur des Forces du Mal et l'Organisation du Jihad au Darfour qui se dit en coordination avec toutes les organisations jihadistes de l'arène musulmane. Al Ayam ajoute qu'après que le gouvernement ait créé les janjawid, il aggrave le problème en créant ces deux nouvelles forces coordonnées avec l'étranger (Kamal al Sadiq, 06 03 06). Ce papier remarquable montre que Khartoum a tenu une unique promesse, la liberté de presse existe. Une autre organisation, la Brigade Sanglante , a offert, le 7 mars, une récompense de 100 millions de Livres soudanaises, environ 40 000 dollars, pour le meurtre du Chargé d'Affaires américain, Cameron Hume. Ce dernier aurait dit à un homme d'affaires : « Allez rapporter ceci à votre gouvernement et à votre prophète », ce qu'il avait nié. Depuis le Département d'État l'a rappelé. Le même 7 mars, le Président du Syndicat Général des Étudiants Soudanais (GUSS), une organisation progouvernementale, mit la tête de Pronk a prix pour 100 000 dollars. Le Ministre de la Justice a immédiatement issu une circulaire : « Le gouvernement est engagé à protéger les diplomates. » Et qui fut inquiété ? Le directeur de Al Watan qui avait publié cette histoire. Pour incitation au meurtre. Le porte-parole du syndicat nia l'histoire. Toutefois le mouvement d'étudiants du MLPS critiqua avec force et en détails la déclaration du GUSS, qu'il ne semble pas avoir apprise par la presse, se demandant d'où il tirerait l'argent. Le 8 mars le Congrès National organisa une manifestation monstre à Khartoum contre la présence de forces onusiennes au cri de « A bas les États-unis ». Menée par le ministre de la Défense , les Forces de Défense Populaire y prirent part, en hurlant : « jihad , Victoire, Martyre ». Le gouvernement veut toujours nous faire croire qu'il n'est pour rien dans la manifestation. Les pauvres du Soudan ne protestent pas contre l'aide des NU, ni les villes du Sud contre la présence de leurs forces, que les civils du Darfour appellent de leurs vœux. En même temps le Soudan, jugeant peut-être qu'il valait mieux se débarrasser aussi des troupes de l'Union Africaine, fit faire une campagne de dénigrement à son égard par la presse aux ordres, incluant des citations d'officiels. Le porte-parole de l'Union répondit très dignement, que ces forces étaient venues à la demande du Soudan dans le noble but d'apporter paix et stabilité au Darfour. Le Soudan menaça de se retirer de l'Union africaine si elle cherchait à lui imposer des forces de l'ONU. Oeuvraient en sens contraire, les partis d'opposition Umma et Congrès National populaire (Tourabi) ainsi que diverses pressions internationales énergiques dont l'Union Européenne et les États-unis. Au milieu de cette ébullition, le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine rendit sa décision. Après une position plus que ferme à l'égard du gouvernement soudanais, lui ordonnant d'arrêter les raids aériens, de désarmer les janjawid, de mettre un terme aux attaques verbales contre les NU et les troupes de l'UA, de coopérer avec la Cour Pénale Internationale, de respecter le Conseil de Sécurité des NU, il ne décida qu'en principe la transition, en septembre, d'une opération UA vers une opération NU. Ce temps est destiné selon eux à la conclusion d'une paix qui permettra au Soudan, d'accepter la présence des NU comme l'avait annoncé Taha, le second vice-Président. Celui-ci ayant été désavoué par le CN, le Conseil de Sécurité UA conclut que l'arrivée des troupes onusiennes est soumise à l'approbation de Khartoum. Sauf mandat chapitre 7 des Nations unies, il faudra tout renégocier. Le problème du financement des forces de l'Union Africaine restait entier. La Ligue Arabe avait dit qu'elle suivrait la décision de l'Union Africaine. Lors du Sommet arabe à Khartoum. elle s'est engagée à financer les forces de l'Union Africaine, mais après le mois d'octobre 2006. « C'est un médicament après la mort » a dit Baba Gana, le chef de la mission de l'UA au Soudan. Ce ne fut certainement pas fortuit. D'ailleurs la Ligue n'a pas fixé le montant de son engagement.* Nouvel incident, Jan Egeland, secrétaire Général adjoint des NU pour les affaires humanitaires, s'est vu retirer son autorisation de se rendre à Khartoum et au Darfour. Devant le tollé universel, Khartoum a aimablement expliqué que la demande de repousser sa visite venait « du sentiment populaire grandissant contre les NU, dû à ses plans de déployer des forces au Darfour » (03 04, AFP) avant d'autoriser sa venue. Il n'est plus disponible.
La chambre des Représentants américaine a décidé d'interdire l'entrée de leur pays aux personnes violant les Résolutions du Conseil de Sécurité, de geler leurs biens, d'interdire l'aide américaine aux nations n'obéissant pas à l'embargo sur les armes au Soudan et de soutenir les forces de l'UA financièrement. Elle a demandé au gouvernement américain de les soutenir techniquement et de leur permettre d'imposer des sanctions (Afr . Centr. 06 04).
Simone Dumoulin
* L'Union Européenne vient de donner 50 millions d'euros aux forces de l'Union Africaine, les Américains en ont promis autant. |