Numéro 135 - mars - avril 2006

 
 

Conférences de presse de SALVA KIIR à PARIS

« NOS PARTENAIRES DU CONGRES NATIONAL »

Salva Kiir, premier vice-président du Soudan et successeur de Garang, est venu à Paris à la Banque Mondiale parler des promesses d'aide faites à Oslo. Vigilance Soudan fut invitée à ses deux conférences de presse ; l'une d'entre elles étant réservée aux Sudistes venus de toute l'Europe Occidentale. Très grand, l'œil perspicace, légèrement moustachu et barbu, un chapeau à larges bords sur la tête, Salva a fait preuve d'une grande autorité, de charme, d'un certain humour noir et n'a pu s'empêcher de lancer d'imperceptibles coups de patte à Garang

Il se montre loyal envers le CN. Pour le Darfour, le MLPS (son parti) espère toujours faire accepter par « ses partenaires du Congrès National » (CN, parti de Béchir), des propositions de paix à soumettre aux insurgés, et par là parvenir à la paix. Il en fait autant pour l'Est.

 

L'application de l'accord de paix est pleine de chausse-trapes.

Les habitants de la région d'Abyei, devront choisir, avant le référendum, entre l'appartenance au Nord ou au Sud. CN et MLPS s'étaient engagés à suivre les décisions d'une commission pour la délimitation de ses frontières. Le CN ne les accepte pas. Le MLPS a proposé des modifications, refusées. Il a suggéré de demander aux membres de la Commission les raisons de leurs décisions ; après avoir longtemps refusé, Béchir a accepté. On attend.

Les milices progouvernementales doivent, elles, choisir un rattachement soit à l'armée soudanaise, soit à l'ALPS. Salva s'est réconcilié avec elles, [un grand succès que Garang n'avait pas obtenu]; seuls quatre commandants et leurs troupes, manœuvrés par le CN, ont rejoint l'armée gouvernementale. L'ALPS est toujours dans l'Est contrairement à l'accord de paix, faute de financement pour rapatrier le matériel, dit Salva, qui en a informé les NU.

L'argent du pétrole du Sud doit être partagé à moitié entre le gouvernement central et celui du Sud-Soudan. Or, selon Salva, Khartoum remit cet argent, sans rien lui dire, au South Coordination Council, organisme défunt, censé gérer le Sud pour le gouvernement pendant la guerre. Après l'ire de Salva fin janvier (cf. VS 134), les médias aux ordres rapportèrent que le gouvernement du Sud-Soudan avait bien l'argent mais qu'il n'y avait pas touché, sous-entendant désordre et incapacité de sa part. En fait, ce n'est qu'en février que le gouvernement central remit ces sommes au gouvernement du Sud-Soudan.

 

De nombreuses commissions bipartites devaient être établies. Ni celle du droit de propriété des terres, ni celle du partage de la fonction publique n'existent encore. MLPS et CN ne sont pas d'accord sur le fonctionnement de celle du pétrole. Des problèmes d'organisation retardent celle des frontières.

 

Rien n'a encore été fait, par le gouvernement du Sud-Soudan, ni pour l'administration locale [il y a très peu de fonctionnaires VS], ni pour le développement, l'argent « d'Oslo » fut attribué aux secours d'urgence, ni pour l'enregistrement des déplacés et réfugiés. Salva demandera aux pays qui abritent des réfugiés de haut niveau, de prendre en charge leurs salaires au Sud-Soudan. [Les réfugiés qui ont des enfants n'accepteront pas, ils jugent les écoles trop rares et de niveau trop faible].

 

La délégation rencontra en France le ministre des Affaires étrangères, mais Salva ne fut reçu ni à l'Élysée, ni à Matignon. Pour qu'il ait enfin les motards auxquels son rang lui donnait droit, l'ambassadeur du Soudan à Paris dut se rendre au Quai d'Orsay. Cette piètre réception n'arrangera pas les mauvaises relations entre le MLPS et la France  : notre pays soutint aveuglément Khartoum pendant la guerre du Sud, il commença à sourire au MLPS quand la paix fut en vue et ne changea son fusil d'épaule qu'avec la guerre au Darfour qui déstabilise le Tchad.

Bételgeuse

 

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