Numéro 134 - janvier - février 2006

 
 

 

Droits de l’homme… Droits de l’homme…

Les réfugiés soudanais au Caire
Il y a 14 400 réfugiés soudanais enregistrés en Égypte. Depuis le 29 septembre, des centaines de réfugiés soudanais, le plus souvent venus du Sud, mais aussi du Darfour et de l’Est, campaient au Caire devant l’UNHCR. Certains demandaient que l’asile politique leur soit accordé, l’UNHCR ayant interrompu les enregistrements de Soudanais depuis juin, d’autres se plaignent d’abus de la part de leurs employeurs, d’autres encore de harcèlement par la police (Sudan Tribune 04 11). Il faut être enregistré à l’UNHCR pour solliciter un visa des États-unis, du Canada, d’Australie, de l’Union Européenne, but des réfugiés, mais qu’ils obtiennent fort rarement.
La Sudan Human Rights Organisation (SHRO), branche du Caire, a écrit le 14 10 au Haut Commissaire aux réfugiés à Genève, soulignant que la décision d’interrompre les enregistrements de réfugiés venait probablement de la signature de la paix avec le Sud. Cette paix ne permet pas encore aux réfugiés de regagner le Sud-Soudan, et le pays aurait à faire face à une grave crise humanitaire si des millions de personnes retournaient au Sud sans que rien n’ait été prévu pour eux. Les réfugiés du Darfour et de l’Est Soudan sont toujours aussi frappés par la guerre. La SHRO rappelait les devoirs de l’UNHCR en terme de protection des réfugiés.
Le 12 novembre, les réfugiés campés devant l’UNHCR entamaient une grève de la faim après que cinq des leurs soient morts de besoin. Le 21 novembre l’UNHCR, Branche Égypte, disait que l’interruption des enregistrements était due au sit-in, ce qui est manifestement faux, et que la paix permet aux Sud Soudanais de rentrer ce qui l’est aussi (IRIN 21 11). L’UNHCR offrit alors de donner une assistance financière à qui veut rentrer au Soudan. Mais les réfugiés refusèrent l’arrangement. (AP 18 12). « Qui donnera une école à mes enfants au Sud Soudan ? » disaient-ils. Le camp ressemblait à une cour des miracles. Les gens dormaient sur des cartons, sous des couvertures sales, les enfants se lavaient dans la rigole des trottoirs, les adultes pas. Il y avait même une prison où des hommes étaient attachés à un arbre, tout cela dans le centre d’un terre-plein (AP 21 12).
La nuit du 30 décembre, ces réfugiés qui, apparemment, ne voulaient pas monter dans des autobus amenés par la police pour les évacuer, au cri de : « ils veulent nous tuer », étaient attaqués par une mer de policiers égyptiens, utilisant canons à eau et matraques. Les coups de matraque, l’étouffement, firent au moins 156 morts, surtout des femmes des enfants des vieillards (Le Monde 8 9 01) et un nombre inconnu de blessés, la police continuant à les matraquer alors qu’ielle les entraînait vers les autobus, souvent en marchant sur les gens, vieillards ou enfants, jetés à terre par la force des canons à eau (ST 30 12). Certains réfugiés se défendirent avec les bâtons qui soutenaient leurs tentes. Le lendemain on voyait des mares de sang tandis que des enfants recherchaient les débris abandonnés, montres etc. Le gouvernement a bien entendu rejeté la responsabilité des morts sur les réfugiés, parlant de leur fuite précipitée, ce qui est totalement faux selon un témoin d’Associated Press. La presse soudanaise s’est indignée, non seulement Khartoum Monitor, défenseur habituel des Sudistes, mais aussi, Al-Ayam, Al Adwa, al Wahdah (ST 31 12). Des organisations de société civile égyptienne manifestèrent en faveur des réfugiés. Les Nations Unies exprimèrent leur horreur (Sudan tribune). La responsabilité de l’UNHCR est lourde : elle aurait demandé la protection de la police et même l’évacuation du camp parce qu’elle avait reçu des menaces (AP 31 12) (AFP 03 01). Elle aurait dû connaître la brutalité de la police. Le peu de maîtrise de l’arabe et il faut bien dire leur couleur, rendent les réfugiés peu sympathiques aux Égyptiens. Dans les classes sociales les moins favorisées, ils sont en compétition avec les Égyptiens pour les rares boulots (VOA 31 12). Les réfugiés furent conduits dans trois camps en-dehors du Caire (Edicom 30 12, AP 31 12). L’accès en fut interdit, comme celui de la morgue du Caire. Les hôpitaux affirmaient tous qu’ils n’avaient aucun blessé soudanais (Le Monde 1 1). Ne les soigne-t-on donc pas ? Certains étaient réfugiés dans des églises. Des enfants ont disparu. Cécile Hennion, l’envoyée spéciale du Monde, a récupéré des kilos de documents personnels dans les lieux évacués qu’elle a remis à une église qui tente de regrouper les familles. Parmi les histoires que ces réfugiés racontent sur leur départ du Soudan, l’un, infirmier avait organisé une collecte à Khartoum pour les sinistrés du Darfour. Il fut arrêté par la Sécurité, accusé de soutenir le Mouvement de Libération du Soudan et de collaborer avec l’Occident. Il fut torturé pendant 20 jours et quand il fut relâché il s’enfuit en Égypte. Un Nouer chrétien a été déplacé puis menacé de mort quand sa sœur fut enlevée par un haut gradé. Plus tard, la sécurité l’arrêta et le tortura affreusement. On le relâcha en lui interdisant de quitter Khartoum et d’entrer dans une église. On l’obligea à prendre un nom musulman et à verser une somme mensuelle aux guerriers de l’Islam (Le Monde (08/09 01).
L’Égypte avait émis l’intention de renvoyer « chez eux » quelque 645 Soudanais sans papiers (beaucoup les avaient perdu lors de l’attaque). Devant l’indignation internationale, elle a relâché 233 réfugiés soudanais et renoncé à en expulser.
Le gouvernement du Sud-Soudan a condamné le massacre dans les termes les plus forts. Il a demandé, pour leur propre sécurité, au consulat d’Égypte à Juba de s’installer à Khartoum, aux Égyptiens habitant la région de la quitter, (Sudan tribune), à l’Égypte, une enquête et la punition des responsables (AFP 31 01). Il cite le nombre officiel de 27 tués et non celui de 156. Le gouvernement d’Unité nationale n’a officiellement rien dit.

-Le second rapport périodique du Commissariat des Droits de l’Homme des NU déclare « Les services de sécurité, les renseignements militaires et la police torturent d’office les suspects à Khartoum ». (Nous épargnons à nos lecteurs les autres horreurs rapportées). Il a fait cinq recommandations au Soudan :
. Mettre un terme à la culture de l’impunité ;
. Ôter aux Forces de Sécurité ses pouvoirs d’arrestation et de détention. Lui ôter ainsi qu’à la police et aux forces armées son impunité ;
. Supprimer la marginalisation, permettre et faciliter l’assistance ;
. Autoriser la société civile à fonctionner librement ;
. Mettre en œuvre du comité pour la réforme de la loi selon les termes de la constitution ; etc. (NU 30 01).

- Béchir a refusé la visite du ministère de la défense danois à la suite des caricatures du prophète (ST 31 01).

- Un journaliste de Sahafa a été arrêté par les forces de sécurité pour avoir écrit que el Béchir ne se souciait ni des citoyens, ni des problèmes du pays. Le MLPS a pris fait et cause pour cet homme du Nord qui a été relâché (Reuter 31 12).


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