Système idéologique brutal
Le Haut Commissariat pour les Droits de l’homme écrit : «Les
meurtres, les viols et les attaques continuent à arracher à leurs
foyers des milliers de citoyens du Darfour. Le gouvernement s’est
abstenu de protéger les personnes déplacées et les
villageois. Dans certaines attaques il y avait une implication claire du
gouvernement, ses troupes combattant côte à côte avec
les milices [janjawid] ». Au Sud Darfour les NU estiment à 70
000 personnes les nouveaux déplacés. La ville et le camp
de Mershing ont été attaqués provoquant l’exil
de 55 000 personnes. Les fugitifs campent sans abri. Au Nord Darfour les
déplacés s’enfuient de leurs camps vers le Tchad, qui
n’est guère plus sûr. Selon l’UA, la faction Minni
Minawi de l’ALS est responsable d’exactions à l’égard
des civils. Les agressions sexuelles ont souvent lieu aux alentours des
points d’eau et des latrines. Quinze à vingt mille Darfouriens
sont déplacés dans le Bahr el Ghazal.
Le 3 juillet 2004, Kofi Annan avait signé un texte conjoint avec
les autorités soudanaises, instituant le déploiement d’observateurs
des droits de l’homme. Ils doivent surveiller les lieux de détention
ce qui est une mission impossible et suivre les activités de la
police et des tribunaux. Ces efforts énormes des NU ont eu peu
de résultats. Les viols augmentent. Si jamais un juge veut agir
et que le suspect soit un homme en uniforme, il doit demander une autorisation
qu’il n’obtient pas. La situation au Gebel Mun où sont
les rebelles tchadiens armés est si dangereuse que les humanitaires
sont partis.
Le gouvernement soudanais continue de harceler les ONG par l’intermédiaire
de la Commission d’aide humanitaire, par exemple en retirant leur
permis de voyage et en annulant leurs visas aux organisations qui ne
fournissent pas des informations non prévues par les niveaux légaux
(Gouvernement britannique).
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Derniers jours des Forces AMIS de l’Union
Africaine ?
Faute d’argent et d’une continuation de leur mandat, les
forces AMIS devraient se retirer en mars. Une solution sera probablement
trouvée jusqu’à ce que les NU prennent le relais.
Le même mois, le Conseil de sécurité de l’UA
devrait donner sa réponse définitive sur ce point. Le gouvernement
entrave toujours l’importation et le transport de l’équipement
de l’UA (Gouvernement britannique).
Cinq soldats d’AMIS et deux employés civils ont été tués
par des inconnus pendant les 4 derniers mois. Après que deux soldats
UA soient morts du sida, le gouvernement soudanais veut tester tous les
soldats de l’UA ; cela sera fait pas des médecins soudanais, « les
derniers tests n’ayant pas été sérieux ».
La presse s’est élevée contre l’entrée
de femmes dans des tentes de l’UA, appelant à une action énergique à leur
encontre.
haut de page Pourparlers de paix
Impatience de l’UA et du monde
Briefing du médiateur au CS des NU, Salim Ahmed Salim. Résumé
Après la signature d’une déclaration de principes, à la
fin de la 5ème session, les négociations commencèrent.
La 6ème session ne put faire grand-chose à cause des divisions
parmi les mouvements rebelles
La commission du partage des richesses avec des délégués
professionnels de haut rang arriva à des accords sur 90% des points.
[Déclaration jugée très optimiste par les observateurs].
Mais le partage du pouvoir laisse un fossé important dans les
positions des deux côtés.
Le statut du Darfour : Doit-il devenir une seule région ? Pour
le gouvernement ce serait après un référendum, pour
les rebelles avant. Un référendum retarderait les choses
ad infinitum. Les Mouvements exigent un poste de second vice-Président
de la République ; ils veulent que les frontières du Darfour
soient celles du 1er janvier 1956. Ils demandent [ce qui paraît
déraisonnable] que la ville de Khartoum soit contrôlée
par les mouvements étant donné l’importance de la
population darfouri dans la capitale]. Les rebelles s’inspirent
de l’accord de paix avec le Sud, mais Khartoum n’est pas
disposé à leur donner les mêmes avantages qui réduiraient
son influence. Aucun point de partage de pouvoir n’est résolu
pour l’exécutif, le législatif, le judiciaire , les
fonctionnaires, l’armée, la police, la sécurité etc.
Pour la commission des arrangements sécuritaires, les choses ont été encore
pires à cause de la profonde méfiance des Mouvements à l’égard
du gouvernement. Ils ne croient ni que le gouvernement veuille, ni qu’il
puisse négocier de bonne foi, ni qu’il tienne des accords
signés.
D’après la médiation, avant que des accords puissent
intervenir, il faut relancer le cessez-le feu, avec des routes uniquement
civiles et établir une cessation permanente des hostilités,
qui inclurait le désarmement des milices janjawid et autres. [Relancer
le cessez-le-feu demande que l’armée soudanaise s’arrête
d’importer des armes au Darfour, faute de quoi les rebelles l’attaquent
pour récupérer des armes]. Les négociations sont
caractérisées par un niveau inacceptable d’inflexibilité des
parties. Les mouvements considèrent les combats comme stratégiques
; pour eux les pourparlers de paix ne sont que tactiques.
Les parties devraient comprendre que si elles retardent les progrès
des négociations, elles feront l’objet de sanctions de la
part du Conseil de Sécurité. Les partenaires internationaux
jouent un rôle constructif. Il leur faudrait plus de cohésion
et de coordination avec les médiateurs de l’Union Africaine.
La situation financière des pourparlers est précaire.
Le 20 janvier, le Mouvement de Libération du Soudan (MLS) et le
Mouvement pour la Justice et l’Égalité (MJE) fusionnèrent
sous le nom d’Alliance des Forces Révolutionnaires du Soudan
Occidental. C’est la faction Minni Minawi du SLM qui a signé et
non la faction Abd el Wahib Nour, pour laquelle il s’agit d’une
alliance entre les Zaghawa du Darfour et ceux du régime de Déby
au Tchad.
Le Président slovène fait un lobbying intense pour la paix
au Darfour.
haut de page Embargo sur les armes
Rapport au Conseil de sécurité Résumé
Deux Résolutions du Conseil de Sécurité ont prononcé un
embargo sur les armes à destination du Darfour. Ce rapport examine
leur application.
L’équipe a étudié 8 cas d’attaques :
Khor Abéché, attaque d’un village par des janjawid
;
Shangil Tobayi et Abou Hamra, attaques de villages par l’armée
;
Al Malam, attaque de nomades par l’ALS « pour récupérer
des chameaux volés » ;
Triangle Tawila/ Tabit/ Tarny Nord, attaques de villages par des janjawid
et l’armée,
Sheiria, attaque de l’ALS contre l’armée. L’ALS
tue des prisonniers de guerre ;
Aro Sharow, attaque d’un camp de déplacés par des janjawid
;
Tawila, attaque de la ville et du camp de déplacées de Dali
par la police et l’armée ;
Tama, attaque par une milice.
L’augmentation des attaques depuis fin août 2005 est due,
outre à la fin de la saison des pluies, aux intrigues au sein du
Mouvement de Libération du Soudan (MLS) entre Abd el Wahab et Minni
Minawi, et entre les deux Mouvements rebelles et le gouvernement soudanais
autour des pourparlers de paix. Deux petits groupes rebelles le Mouvement
National pour la Réforme et le Développement (NMRD) et le
Commandement révolutionnaire de Campagne (FRC), attaquent les forces
de l’Union Africaine pour être inclus dans les pourparlers
de paix.
Tous les témoins remarquent la mobilisation des forces gouvernementales
(24). Les recrues des milices reçoivent par mois, $79 pour un homme à pied,
$117, s’il a une monture, £ 233 pour un bon officier. Les milices
incluent des Tchadiens et de Libyens. Les enquêteurs des NU ont été harcelés
et détenus à deux reprises par les renseignements militaires.
Ils ont eu très peu de coopération de la part des officiels.
L’armée gouvernementale se grossit de nombreuses unités
venues du Sud depuis la paix et de police entraînée aux combats
dite «police soldats », sous le contrôle tactique de
l’armée. Le gouvernement soudanais utilise des véhicules
sur lesquels sont fixées des mitrailleuses ainsi que des avions
militaires peints en blanc, ce qui est la couleur de l’UA. Les aéroports
de El Fasher et de Nyala sont fermés la nuit, interdits aux forces
de l’UA et très actifs, ce qui suggère que le gouvernement
reçoit des armes. Les munitions trouvées au Darfour viennent
soit des usines Djihad, proches de Khartoum, - qui fabriquent des armes
d’infanterie légère, des camions et des chars- soit
de Chine). L’équipe a eu connaissance de 222 véhicules
militaires chinois destinés au ministère de la Défense
arrivés à Port-Soudan. Les personnes déplacées,
commodément concentrées dans des camps où elles ne
peuvent aider les rebelles, sont à la charge de la communauté internationale).
Les convois « administratifs » gouvernementaux ont été attaqués
par l’ALS. Minawi dit recevoir toutes ses armes par ce biais. Mais
la diaspora Zaghawa en Libye l’aide. Les rebelles tchadiens s’engagent
dans des activités criminelles au Darfour et coopèrent avec
les rebelles darfouris. Le manque de structures de commandement permet à des
commandants rebelles de commettre des actes de banditisme et de violer
l’accord du cessez-le-feu. L’Érythrée, la Libye
et le Tchad fournissent des armes aux rebelles, que ce soit, pour les deux
derniers pays, politique gouvernementale ou actions indépendantes
d’officiels. L’ALPS leur en fournirait aussi. La Libye et la
République Centrafricaine semblent être les pivots du trafic
de petites armes et de la contrebande de bétail volé.
Des combats entre les deux factions MLS auraient eu lieu.
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Cour Pénale Internationale
Le FIDH a tenu une réunion à Khartoum avec l’OMCT,
l’organisme officiel des Droits de l’homme, des représentants
du ministère de la Justice et de l’Armée sur la Cour
Pénale Internationale. Un représentant de l’armée
s’est inquiété : pourquoi le viol est-il un crime de
guerre ?
Dans son rapport aux NU, le procureur de la CPI explique qu’après
avoir identifié des évènements particulièrement
graves, il a maintenant choisi un certain nombre de faits pour une enquête
approfondie. Il n’a pas pu interroger des témoins à l’intérieur
du Soudan mais a sélectionné 100 témoins potentiels à l’étranger.
Le tribunal de El Fasher est destiné à montrer l’inutilité de
la CPI. C’est la prérogative de la Cour d’autoriser
(ou non) l’UA, les NU et les ONG à assister aux séances.
Le ministre de la justice reconnaît qu’il n’y a pas d’enquête
en cours concernant des officiels de haut rang (Reuter 13 12 05).
haut de page TCHAD
Guerre ou paix ?
Déjà Hisseine Habré puis Déby avaient conquis
le pouvoir à N’Djamena depuis le Soudan. Dès 2003 le
Soudan et le Tchad s’accusaient mutuellement de soutenir les rebelles
l’un de l’autre. Le dilemme du tchadien Déby était
qu’il appartient à la tribu Zaghawa, à cheval sur le
Soudan et le Tchad, qui, du côté soudanais, en rébellion
contre Khartoum. D’autre part, il a peur de son puissant voisin soudanais
et doit au Président Béchir, qui lui a permis d’accéder
au pouvoir, un renvoi d’ascenseur. Le Soudan ne croyait pas en sa
bonne foi ; ses affiliés Zaghawa, avec ou sans son consentement,
ont aidé les rebelles soudanais.
Les tensions se sont aggravées entre les deux pays, après
l’attaque d’Adré, ville tchadienne, depuis le Soudan,
le 18 décembre.
Parmi les nombreux rebelles tchadiens, citons l’Alliance Nationale
de Résistance (ANR) qui était un mouvement d’opposition
dirigé par deux cousins germains d’origine Tama, tribu en
mauvais termes avec les Zaghawa. Mahamat Sileck était le chef politique
et Mahamat Nour, le chef militaire. Mahamat Nour a fondé le Rassemblement
pour la Démocratie et la Liberté (RDL) quand il a évincé son
cousin, semble-t-il, avec l’aide des services de Sécurité soudanais
qui l’ont arrêté. Ces services auraient voulu favoriser
Mahamat Nour. Le RDL est responsable de l’attaque d’Adré avec
l’aide de déserteurs de l’armée tchadienne.
Mahamat Nour aurait eu des propositions des services des Renseignements soudanais
; il aurait travaillé en collaboration avec le célèbre
chef janjawid Musa Hilal, et aurait beaucoup contribué à affaiblir
le Mouvement insurrectionnel pour la Justice et l’Égalité.
Le but du gouvernement soudanais serait « d’en finir avec les Zaghawa »,
d’où le plus important rebelle du Darfour, le Mouvement de Libération
du Soudan, tire les cadres de sa branche armée. Or le Zaghawa le plus
considérable est le Président Déby. Il lui faudrait apparemment
en finir aussi avec lui, quoiqu’il soit en train de mourir de leucémie.
Son seul soutien est dit-on Minni Minawi, chef d’une faction de l’Armée
de Libération du Soudan.
La plupart des rebelles tchadiens se sont unis pour détrôner Déby
sous le nom de FUC, Front Uni pour le Changement démocratique, et la
présidence de Mahamat Nour. S’y sont joints dans une alliance
de circonstance, les Zaghawa déserteurs de la garde présidentielle
de Déby : ils auraient jugé Déby trop pro Soudanais. Tous
occupent une zone tchadienne sur la frontière soudanaise, ce qui empêche
les réfugiés du Darfour d’être secourus. Human Rights
Watch rapporte que des milliers de civils tchadiens sont attaqués par
des raids de janjawid Soudanais et Tchadiens, venus du Darfour, soutenus parfois
par des hélicoptères de l’armée soudanaise, causant
des dizaines de milliers de personnes déplacées.
Dès le 23 décembre, le Tchad déclarait être
en état de belligérance avec le Soudan qui nie toute implication
au Tchad. Le Tchad a demandé aux NU de mettre le Darfour sous mandat.
La situation donne à l’armée soudanaise le prétexte
de s’installer dans des zones tenues par les rebelles, contrairement
aux accords de cessez-le-feu. Les tentatives de médiation de l’Union
Africaine, de l’Égypte, de l’Organisation de la Conférence
Islamique, de l’Éthiopie, étaient sans effet, jusqu’à ce
que la Libye obtienne des promesses.
Dès le début de la guerre du Darfour qui déstabilise
le Tchad, les relations franco-soudanaises se sont rafraîchies au
grand dam de l’ambassade du Soudan à Paris dont les efforts,
dont un placard dans le Monde et une conférence, se révèlent
infructueux. La France s’opposerait à une prise de pouvoir
au Tchad par les armes.
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