Numéro 134 - janvier - février 2006

 
 

 

DARFOUR

Système idéologique brutal
Derniers jours des forces AMIS
Pourparlers de paix Briefing du médiateur
Embargo sur les armes Rapport au Conseil de Sécurité
Cour Pénale Internationale
Tchad : guerre ou paix

Système idéologique brutal
Le Haut Commissariat pour les Droits de l’homme écrit : «Les meurtres, les viols et les attaques continuent à arracher à leurs foyers des milliers de citoyens du Darfour. Le gouvernement s’est abstenu de protéger les personnes déplacées et les villageois. Dans certaines attaques il y avait une implication claire du gouvernement, ses troupes combattant côte à côte avec les milices [janjawid] ». Au Sud Darfour les NU estiment à 70 000 personnes les nouveaux déplacés. La ville et le camp de Mershing ont été attaqués provoquant l’exil de 55 000 personnes. Les fugitifs campent sans abri. Au Nord Darfour les déplacés s’enfuient de leurs camps vers le Tchad, qui n’est guère plus sûr. Selon l’UA, la faction Minni Minawi de l’ALS est responsable d’exactions à l’égard des civils. Les agressions sexuelles ont souvent lieu aux alentours des points d’eau et des latrines. Quinze à vingt mille Darfouriens sont déplacés dans le Bahr el Ghazal.

Le 3 juillet 2004, Kofi Annan avait signé un texte conjoint avec les autorités soudanaises, instituant le déploiement d’observateurs des droits de l’homme. Ils doivent surveiller les lieux de détention ce qui est une mission impossible et suivre les activités de la police et des tribunaux. Ces efforts énormes des NU ont eu peu de résultats. Les viols augmentent. Si jamais un juge veut agir et que le suspect soit un homme en uniforme, il doit demander une autorisation qu’il n’obtient pas. La situation au Gebel Mun où sont les rebelles tchadiens armés est si dangereuse que les humanitaires sont partis.
Le gouvernement soudanais continue de harceler les ONG par l’intermédiaire de la Commission d’aide humanitaire, par exemple en retirant leur permis de voyage et en annulant leurs visas aux organisations qui ne fournissent pas des informations non prévues par les niveaux légaux (Gouvernement britannique).

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Derniers jours des Forces AMIS de l’Union Africaine ?

Faute d’argent et d’une continuation de leur mandat, les forces AMIS devraient se retirer en mars. Une solution sera probablement trouvée jusqu’à ce que les NU prennent le relais. Le même mois, le Conseil de sécurité de l’UA devrait donner sa réponse définitive sur ce point. Le gouvernement entrave toujours l’importation et le transport de l’équipement de l’UA (Gouvernement britannique).
Cinq soldats d’AMIS et deux employés civils ont été tués par des inconnus pendant les 4 derniers mois. Après que deux soldats UA soient morts du sida, le gouvernement soudanais veut tester tous les soldats de l’UA ; cela sera fait pas des médecins soudanais, « les derniers tests n’ayant pas été sérieux ». La presse s’est élevée contre l’entrée de femmes dans des tentes de l’UA, appelant à une action énergique à leur encontre.

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Pourparlers de paix
Impatience de l’UA et du monde

Briefing du médiateur au CS des NU, Salim Ahmed Salim. Résumé
Après la signature d’une déclaration de principes, à la fin de la 5ème session, les négociations commencèrent. La 6ème session ne put faire grand-chose à cause des divisions parmi les mouvements rebelles
La commission du partage des richesses avec des délégués professionnels de haut rang arriva à des accords sur 90% des points. [Déclaration jugée très optimiste par les observateurs].
Mais le partage du pouvoir laisse un fossé important dans les positions des deux côtés.
Le statut du Darfour : Doit-il devenir une seule région ? Pour le gouvernement ce serait après un référendum, pour les rebelles avant. Un référendum retarderait les choses ad infinitum. Les Mouvements exigent un poste de second vice-Président de la République ; ils veulent que les frontières du Darfour soient celles du 1er janvier 1956. Ils demandent [ce qui paraît déraisonnable] que la ville de Khartoum soit contrôlée par les mouvements étant donné l’importance de la population darfouri dans la capitale]. Les rebelles s’inspirent de l’accord de paix avec le Sud, mais Khartoum n’est pas disposé à leur donner les mêmes avantages qui réduiraient son influence. Aucun point de partage de pouvoir n’est résolu pour l’exécutif, le législatif, le judiciaire , les fonctionnaires, l’armée, la police, la sécurité etc.
Pour la commission des arrangements sécuritaires, les choses ont été encore pires à cause de la profonde méfiance des Mouvements à l’égard du gouvernement. Ils ne croient ni que le gouvernement veuille, ni qu’il puisse négocier de bonne foi, ni qu’il tienne des accords signés.
D’après la médiation, avant que des accords puissent intervenir, il faut relancer le cessez-le feu, avec des routes uniquement civiles et établir une cessation permanente des hostilités, qui inclurait le désarmement des milices janjawid et autres. [Relancer le cessez-le-feu demande que l’armée soudanaise s’arrête d’importer des armes au Darfour, faute de quoi les rebelles l’attaquent pour récupérer des armes]. Les négociations sont caractérisées par un niveau inacceptable d’inflexibilité des parties. Les mouvements considèrent les combats comme stratégiques ; pour eux les pourparlers de paix ne sont que tactiques.
Les parties devraient comprendre que si elles retardent les progrès des négociations, elles feront l’objet de sanctions de la part du Conseil de Sécurité. Les partenaires internationaux jouent un rôle constructif. Il leur faudrait plus de cohésion et de coordination avec les médiateurs de l’Union Africaine. La situation financière des pourparlers est précaire.

Le 20 janvier, le Mouvement de Libération du Soudan (MLS) et le Mouvement pour la Justice et l’Égalité (MJE) fusionnèrent sous le nom d’Alliance des Forces Révolutionnaires du Soudan Occidental. C’est la faction Minni Minawi du SLM qui a signé et non la faction Abd el Wahib Nour, pour laquelle il s’agit d’une alliance entre les Zaghawa du Darfour et ceux du régime de Déby au Tchad.
Le Président slovène fait un lobbying intense pour la paix au Darfour.

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Embargo sur les armes
Rapport au Conseil de sécurité Résumé
Deux Résolutions du Conseil de Sécurité ont prononcé un embargo sur les armes à destination du Darfour. Ce rapport examine leur application.

L’équipe a étudié 8 cas d’attaques :
Khor Abéché, attaque d’un village par des janjawid ;
Shangil Tobayi et Abou Hamra, attaques de villages par l’armée ;
Al Malam, attaque de nomades par l’ALS « pour récupérer des chameaux volés » ;
Triangle Tawila/ Tabit/ Tarny Nord, attaques de villages par des janjawid et l’armée,
Sheiria, attaque de l’ALS contre l’armée. L’ALS tue des prisonniers de guerre ;
Aro Sharow, attaque d’un camp de déplacés par des janjawid ;
Tawila, attaque de la ville et du camp de déplacées de Dali par la police et l’armée ;
Tama, attaque par une milice.

L’augmentation des attaques depuis fin août 2005 est due, outre à la fin de la saison des pluies, aux intrigues au sein du Mouvement de Libération du Soudan (MLS) entre Abd el Wahab et Minni Minawi, et entre les deux Mouvements rebelles et le gouvernement soudanais autour des pourparlers de paix. Deux petits groupes rebelles le Mouvement National pour la Réforme et le Développement (NMRD) et le Commandement révolutionnaire de Campagne (FRC), attaquent les forces de l’Union Africaine pour être inclus dans les pourparlers de paix.

Tous les témoins remarquent la mobilisation des forces gouvernementales (24). Les recrues des milices reçoivent par mois, $79 pour un homme à pied, $117, s’il a une monture, £ 233 pour un bon officier. Les milices incluent des Tchadiens et de Libyens. Les enquêteurs des NU ont été harcelés et détenus à deux reprises par les renseignements militaires. Ils ont eu très peu de coopération de la part des officiels. L’armée gouvernementale se grossit de nombreuses unités venues du Sud depuis la paix et de police entraînée aux combats dite «police soldats », sous le contrôle tactique de l’armée. Le gouvernement soudanais utilise des véhicules sur lesquels sont fixées des mitrailleuses ainsi que des avions militaires peints en blanc, ce qui est la couleur de l’UA. Les aéroports de El Fasher et de Nyala sont fermés la nuit, interdits aux forces de l’UA et très actifs, ce qui suggère que le gouvernement reçoit des armes. Les munitions trouvées au Darfour viennent soit des usines Djihad, proches de Khartoum, - qui fabriquent des armes d’infanterie légère, des camions et des chars- soit de Chine). L’équipe a eu connaissance de 222 véhicules militaires chinois destinés au ministère de la Défense arrivés à Port-Soudan. Les personnes déplacées, commodément concentrées dans des camps où elles ne peuvent aider les rebelles, sont à la charge de la communauté internationale).

Les convois « administratifs » gouvernementaux ont été attaqués par l’ALS. Minawi dit recevoir toutes ses armes par ce biais. Mais la diaspora Zaghawa en Libye l’aide. Les rebelles tchadiens s’engagent dans des activités criminelles au Darfour et coopèrent avec les rebelles darfouris. Le manque de structures de commandement permet à des commandants rebelles de commettre des actes de banditisme et de violer l’accord du cessez-le-feu. L’Érythrée, la Libye et le Tchad fournissent des armes aux rebelles, que ce soit, pour les deux derniers pays, politique gouvernementale ou actions indépendantes d’officiels. L’ALPS leur en fournirait aussi. La Libye et la République Centrafricaine semblent être les pivots du trafic de petites armes et de la contrebande de bétail volé.

Des combats entre les deux factions MLS auraient eu lieu.

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Cour Pénale Internationale
Le FIDH a tenu une réunion à Khartoum avec l’OMCT, l’organisme officiel des Droits de l’homme, des représentants du ministère de la Justice et de l’Armée sur la Cour Pénale Internationale. Un représentant de l’armée s’est inquiété : pourquoi le viol est-il un crime de guerre ?
Dans son rapport aux NU, le procureur de la CPI explique qu’après avoir identifié des évènements particulièrement graves, il a maintenant choisi un certain nombre de faits pour une enquête approfondie. Il n’a pas pu interroger des témoins à l’intérieur du Soudan mais a sélectionné 100 témoins potentiels à l’étranger.
Le tribunal de El Fasher est destiné à montrer l’inutilité de la CPI. C’est la prérogative de la Cour d’autoriser (ou non) l’UA, les NU et les ONG à assister aux séances. Le ministre de la justice reconnaît qu’il n’y a pas d’enquête en cours concernant des officiels de haut rang (Reuter 13 12 05).

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TCHAD
Guerre ou paix ?

Déjà Hisseine Habré puis Déby avaient conquis le pouvoir à N’Djamena depuis le Soudan. Dès 2003 le Soudan et le Tchad s’accusaient mutuellement de soutenir les rebelles l’un de l’autre. Le dilemme du tchadien Déby était qu’il appartient à la tribu Zaghawa, à cheval sur le Soudan et le Tchad, qui, du côté soudanais, en rébellion contre Khartoum. D’autre part, il a peur de son puissant voisin soudanais et doit au Président Béchir, qui lui a permis d’accéder au pouvoir, un renvoi d’ascenseur. Le Soudan ne croyait pas en sa bonne foi ; ses affiliés Zaghawa, avec ou sans son consentement, ont aidé les rebelles soudanais.
Les tensions se sont aggravées entre les deux pays, après l’attaque d’Adré, ville tchadienne, depuis le Soudan, le 18 décembre.

Parmi les nombreux rebelles tchadiens, citons l’Alliance Nationale de Résistance (ANR) qui était un mouvement d’opposition dirigé par deux cousins germains d’origine Tama, tribu en mauvais termes avec les Zaghawa. Mahamat Sileck était le chef politique et Mahamat Nour, le chef militaire. Mahamat Nour a fondé le Rassemblement pour la Démocratie et la Liberté (RDL) quand il a évincé son cousin, semble-t-il, avec l’aide des services de Sécurité soudanais qui l’ont arrêté. Ces services auraient voulu favoriser Mahamat Nour. Le RDL est responsable de l’attaque d’Adré avec l’aide de déserteurs de l’armée tchadienne.
Mahamat Nour aurait eu des propositions des services des Renseignements soudanais ; il aurait travaillé en collaboration avec le célèbre chef janjawid Musa Hilal, et aurait beaucoup contribué à affaiblir le Mouvement insurrectionnel pour la Justice et l’Égalité.
Le but du gouvernement soudanais serait « d’en finir avec les Zaghawa », d’où le plus important rebelle du Darfour, le Mouvement de Libération du Soudan, tire les cadres de sa branche armée. Or le Zaghawa le plus considérable est le Président Déby. Il lui faudrait apparemment en finir aussi avec lui, quoiqu’il soit en train de mourir de leucémie. Son seul soutien est dit-on Minni Minawi, chef d’une faction de l’Armée de Libération du Soudan.

La plupart des rebelles tchadiens se sont unis pour détrôner Déby sous le nom de FUC, Front Uni pour le Changement démocratique, et la présidence de Mahamat Nour. S’y sont joints dans une alliance de circonstance, les Zaghawa déserteurs de la garde présidentielle de Déby : ils auraient jugé Déby trop pro Soudanais. Tous occupent une zone tchadienne sur la frontière soudanaise, ce qui empêche les réfugiés du Darfour d’être secourus. Human Rights Watch rapporte que des milliers de civils tchadiens sont attaqués par des raids de janjawid Soudanais et Tchadiens, venus du Darfour, soutenus parfois par des hélicoptères de l’armée soudanaise, causant des dizaines de milliers de personnes déplacées.

Dès le 23 décembre, le Tchad déclarait être en état de belligérance avec le Soudan qui nie toute implication au Tchad. Le Tchad a demandé aux NU de mettre le Darfour sous mandat. La situation donne à l’armée soudanaise le prétexte de s’installer dans des zones tenues par les rebelles, contrairement aux accords de cessez-le-feu. Les tentatives de médiation de l’Union Africaine, de l’Égypte, de l’Organisation de la Conférence Islamique, de l’Éthiopie, étaient sans effet, jusqu’à ce que la Libye obtienne des promesses.
Dès le début de la guerre du Darfour qui déstabilise le Tchad, les relations franco-soudanaises se sont rafraîchies au grand dam de l’ambassade du Soudan à Paris dont les efforts, dont un placard dans le Monde et une conférence, se révèlent infructueux. La France s’opposerait à une prise de pouvoir au Tchad par les armes.

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