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Numéro 134 - janvier - février
2006
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Sommet de l’Union Africaine
Pas de chance pour Béchir
| Tout à Khartoum ne fut qu’ordre et beauté ; le long
du Nil Bleu, les nouvelles villas présidentielles luxueuses construites
par la société française Accor encadrant une grande
piscine, réservée, présume-t-on, aux messieurs ; le
service domestique assuré par des expatriés (pourquoi ?)
; les bords du Nil semés de gazon et de fleurs ; acheté en
Tchécoslovaquie ( ?), un yacht à deux ponts, long de 36 mètres
par 9,5, appelé el Qasr, le palais, pour emmener les invités
au Friendship Hall, lieu du sommet. Dans un tel cadre qui aurait coûté plusieurs
dizaines de millions de dollars (Reuter 17 01), comment imaginer qu’il
existe des bidonvilles, la faim et la guerre hideuse ? El Béchir était candidat à la présidence de l’Union ; la tradition voulait que l’hôte du Sommet soit élu. Mais l’an dernier la Libye accueillit le sommet : à cause d’opposition à Kadhafi le Nigérian garda la présidence. Donner la Présidence au Soudan était encore plus difficile, puisque ce pays aurait dû être juge et partie au Darfour tant pour les forces de l’Union Africaine que pour les pourparlers de paix. Aux problèmes du Darfour, s’ajoutent ceux au Sud, à l’Est. Avec le Tchad, c’est beaucoup. Pire encore, le Président soudanais risque d’être poursuivi par la Cour Pénale Internationale. Le Président de la Commission de l’Union, Alpha Oumar Konaré, fit passer un message « l’Afrique est suffisamment marginalisée sur la scène internationale pour qu’on ne la mette pas davantage en danger » (JA). La communauté internationale fit savoir avec délicatesse qu’elle n’était pas favorable à cette candidature. Cinquante ONG africaines signèrent une pétition contre la présidence soudanaise. Le Président soudanais déclara, bien sûr, qu’il était engagé à la paix au Darfour. Le Soudan continua d’affirmer qu’il avait le soutien de l’Afrique de l’Est et du Nigeria, sans que ces pays le confirment. Il rejoignit l’African Peer Review Mechanism (APRM) dont l’objectif est de veiller à la bonne gouvernance dans les États Africains, droits de l’homme, démocratie, transparence etc., bref tout ce qui manque au Soudan. Preuve en est, seulement quelques heures après, les forces de Sécurité envahissaient un lieu où des organisations soudanaises et internationales de Droits de l’homme dont Amnesty, étaient réunies en marge du sommet, arrêtant 50 participants. La veille de l’ouverture du Sommet, il apparaissait que de nombreux pays refusaient de soutenir la candidature d’un pays qui ridiculiserait les efforts de l’UA pour promouvoir droits de l’homme et démocratie. De plus les délégations rebelles lors des pourparlers de paix d’Abuja se retirèrent en attendant l’élection, prêtes à se retirer définitivement. N’ayant pas réussi en cinq heures à trancher le débat, il fut décidé de nommer un comité de cinq membres qui demanda à Béchir de retirer sa candidature. Ce qu’il fit. Le comité lui promit la présidence pour l’année suivante à condition de paix au Darfour et de relations positives avec le Tchad. Le Soudan accusa les États-unis de sa défaite. Le refus de Béchir est une grande victoire pour l’UA. Mais le choix du Président congolais Denis Sassou Nguesso n’est pas le meilleur. Il est venu deux fois au pouvoir par un coup d’État. Sassou n’a pas de relations internationales. Il est peu probable qu’il utilise son temps et ses ressources pétrolières, comme le fit le Nigérian Obansajano, pour l’UA. Il fut lourdement attaqué dans le livre Noir Silence de François Xavier Verschave. Durant le sommet, les diplomates chinois ont amené une armée
de fonctionnaires arabophones anglophones et francophones et multiplié les
audiences avec les ministres africains pour parler affaires (JA 2351
p.45). |