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Numéro 134 - janvier - février
2006
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« Armés de patience, rongés d’impatience »*
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ous redoutions la nomination du Président soudanais à la
tête de l’Union Africaine. La sagesse prévalut. Notre
joie est atténuée, le nouvel homme fort, le Congolais Brazzaville
Sassou Nguesso fut un seigneur de la guerre et un industriel du coup d’État.
Le torchon brûle entre le Président Béchir, son Congrès National et le premier vice-président Salva Kiir du Mouvement de Libération du Soudan (MLPS), censés diriger ensemble le pays. Cela débuta par un léger coup de vent, une campagne de presse au Nord reprocha à Salva Kiir d’avoir ni soutenu la candidature de Béchir pendant le sommet africain, ni défendu la levée des sanctions américaines. Pour cette presse, le rôle de Salva est négatif et celui de Lam Akol, le ministre MLPS des Affaires Étrangères, positif. Certes, totalement dans la ligne du Congrès National, Lam a rendu les rebelles responsables de l’essentiel des catastrophes au Darfour ; selon lui, des sanctions onusiennes mettraient en danger la mise en œuvre de la paix au Sud ; cette mise en oeuvre du reste serait très rapide, etc.. C’était à se demander l’intérêt d’avoir des ministres MLPS s’ils ne font que répéter les propos douteux du Congrès National. Mais les relations allaient se tendre. Le MLPS a menacé de porter devant la Cour Constitutionnelle tous les décrets présidentiels édictés juste avant la formation du gouvernement d’Unité nationale, qui n’ont pas été depuis soumis au Parlement (Lire VS n°132). Parmi eux, l’autorisation donnée à la police de tirer sur les civils à discrétion, l’immunité accordée aux Forces Armées, qui s’ajoute à celle des Forces de Sécurité et de Police, et enfin une loi extrêmement restrictive concernant les ONG. Donc un hymne vibrant en faveur des droits de l’homme, peu apprécié du Congrès National. La crise atteignit son paroxysme quand Salva Kiir explosa ; il se plaignit des lenteurs de la mise en œuvre de la paix, du retard dans la délimitation des frontières ; il protesta contre le faux partage des ressources pétrolières : la production s’élève, selon le ministre du pétrole à 330 000 barils/jour, selon le MLPS à 450 000 barils/jour ; il menaça de rechercher l’arbitrage de l’IGAD et des Nations Unies, la dernière option, menaça-t-il, sera de reprendre la guerre. Il conclut : « Je crois faire partie du gouvernement, que j’ai de l’influence ou non est une autre affaire ». La goutte d’eau qui fit déborder le vase semble être le sabotage par le Congrès National de la réconciliation que, selon l’accord de paix, Salva avait obtenue avec les milices pro gouvernementales SSDF sises au Sud. Khartoum manoeuvra leurs membres Nouer pour qu’ils dénoncent l’accord. A u Darfour, la situation empire de jour en jour. Aux exactions habituelles, s’ajoutent, moins fréquentes, celles de bandits des grands chemins, de déserteurs tchadiens et de la faction des rebelles de l’Armée de Libération du Soudan présidée désormais par Minni Minawi (lire VS n° 133). En maints endroits, les humanitaires, en danger, se replient. Un risque de guerre existe entre Soudan et Tchad. Sur ce, la Chambre des Représentants des États-unis refusa 50 millions de dollars pour aider à entretenir la force de l’Union Africaine (UA) destinée à surveiller le cessez-le-feu entre armée gouvernementale et insurgés. Cette décision, ajoutée au fait que si l’UA a agi avec un grand courage, elle a toujours manqué d’argent et de matériel, poussa le Secrétaire Général des NU, Kofi Annan, à demander que les Casques Bleus prennent le relais. Leur financement est obligatoire pour les États, contrairement à celui de l’UA. Il s’agirait d’une force de 22 000 hommes munie d’un mandat vigoureux concernant les droits de l’homme. Les États semblaient manquer d’enthousiasme, les NU sont à leur maximum d’engagement militaire et le Soudan coûte cher : cette année 750 millions de dollars au PAM pour nourrir les affamés ; 465 millions de dollars pour les 65 000 hommes de la force UA ; un montant inconnu pour les 12 000 Casques Bleus de la force de maintien de la paix au Sud etc.; last but not least, des États promirent 4,5 milliards de dollars en 4 ans pour développer le Sud. Divine surprise, en février, une déclaration unanime du Conseil de Sécurité présidé par les États-unis demande au Secrétaire Général d’initier un plan d’urgence avec l’UA pour une transition vers une opération des NU. L’UA semble faire cause commune à condition, ce qui n’est pas sans conséquences, de diriger l’opération. Le problème majeur reste le Soudan qui n’est pas d’accord ; il redoute, à juste titre, l’extension de facto du mandat des Forces à la protection des civils, mais n’utilise pas pour l’instant sa mauvaise foi ubuesque. Pour qu’il garde la face, les États-unis n’utilisent plus le terme génocide mais parlent de « petites attaques ». Des marchandages épineux sont à prévoir. Pour obliger le Soudan à accepter les Casques Bleus, comme pour permettre aux troupes de protéger les civils en recourant si nécessaire à la force, il n’est pas question pour l’instant d’appliquer le chapitre 7 qui exige une Résolution du Conseil de Sécurité. Le veto chinois s’y opposerait. Le Soudan attribue de très nombreux contrats à la Chine qui en échange lui accorde sa protection au Conseil. Avec ces difficultés, la présence des NU au Darfour n’est pas envisagée avant 2007 ; en attendant l’UA devrait poursuivre son oeuvre avec plus d’appuis extérieurs. On parle de combiner les forces de l’Union Africaine avec celles des NU et de faire intervenir l’OTAN. La France, qui redoute toujours une domination américaine, préférerait l’Union Européenne. Bételgeuse * François Cheng |