Numéro 133 - novembre - décembre 2005

 
 


Affaires Étrangères

Les États-unis ont renouvelé leurs sanctions pour terrorisme contre le Soudan à cause du Darfour et il ne semble pas que Salva Kiir ait plaidé ce dossier lors de sa visite. Les signaux hétéroclites de l’administration américaine, alternativement condamnant et louant le régime soudanais, ont peu fait pour que le Soudan mette le holà aux activités des janjawid. « Si les Évangélistes n’en font pas une priorité, l’administration n’en fera pas une priorité » a déclaré un haut fonctionnaire.
Nous avions rapporté dans notre dernier numéro que les lobbyistes de C/R International avaient signé un contrat de 530 000 dollars pour fournir à Khartoum des « conseils stratégiques » sur la mise en œuvre de l’accord de paix et sur la coopération dans la guerre contre le terrorisme, pour faire pression afin d’obtenir la levée des sanctions américaines contre Khartoum et que soit donnée une « information exacte » concernant le Darfour. Les sanctions des États-unis interdisent à tout citoyen américain de faire affaire avec des Soudanais. Il faut croire que l’administration Bush a fait explicitement une exception. Le parlementaire Frank Wolf a jugé que ce contrat était un exercice de relations publiques destiné à « contrecarrer la campagne mondiale contre la politique du gouvernement [soudanais] au Darfour ».

La crise du Darfour déstabilise le Tchad et l’Afrique Centrale Des mutins tchadiens, appartenant à la garde présidentielle de Déby et apparemment faisant partie de ces Zaghawa hostiles à la politique pro soudanaise de Déby, se sont mutinés sous le nom de SCUD, et rendus au Soudan, dans le Jebel Moun. Ils veulent que Déby abandonne le pouvoir. Les mutins seraient selon eux 800, selon le gouvernement, 40. Déby a licencié la garde présidentielle et l’a remplacée par une autre unité, tirée de l’armée et de la police. Le Soudan s’est engagé à désarmer les mutins et à les traiter comme des réfugiés. Mais un accord entre Khartoum et N’Djaména obligerait les deux gouvernements à ne pas accorder refuge à leurs opposants armés. L’armée soudanaise affirme avoir expulsé du Jebel Moun les mutins, détruisant une grande partie de la force et faisant un prisonnier.
Mais le Tchad accuse le Soudan d’utiliser ces hommes pour combattre les rebelles, ce qui a priori semble peu probable, puisque, s’ils se sont mutinés, c’est qu’ils étaient favorables aux rebelles, contrairement à leur gouvernement. La même cause semble être à l’origine d’une tentative de coup d’État en mai 2004 (Sudan Tribune 20/21 10, 15/19 11, Reuter 26 10 1/2/3/14/20 11, AFP 29 10). Quoi qu’il en soit, les attaques fusent entre Khartoum et N’Djaména.

Lors de la visite récente, au Vatican, du Cardinal Zubeir Wako, archevêque de Khartoum, le pape Benoît a dit en substance que « l’Eglise se sent le devoir, de contribuer au processus de pardon » comme le disent les évêques du Soudan depuis longtemps. Benoît XVI a aussi mentionné les « horreurs » de la région du Darfour, mettant l’accent sur la « nécessité d’une plus grande résolution internationale de garantir la sécurité et les droits humains fondamentaux pour la population ».

 

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