Numéro 133 - novembre - décembre 2005

 
 

DARFOUR

LA MISSION DE L’UNION AFRICAINE AMIS

Refugees International (Extraits)
A la suite d’une longue visite sur le terrain et ailleurs, cette association américaine vient de préparer un rapport sur la mission AMIS que nous traduisons et résumons. Pour ceux qui souhaiteront lire le texte entier* nous signalons que la partie concernant les causes de la guerre, est peu exacte.

On doit beaucoup remercier l’Union Africaine (UA) qui a assumé un rôle difficile dont personne d’autre ne voulait. Elle remplit cette mission avec beaucoup de dévouement.
Les difficultés ne lui sont pas comptées. La première est son mandat : surveiller un cessez-le feu entre l’armée soudanaise et les rebelles. La protection des civils n’est mentionnée que lorsque ces derniers risquent une menace imminente dans son voisinage immédiat. Cette restriction a causé beaucoup de frustration à l’UA, chez les déplacés et dans la communauté humanitaire. Le gouvernement soudanais résiste activement à toute tentative d’étendre ce mandat.
Des problèmes se rencontrent dans les mécanismes d’investigation. Leurs équipes comprennent non seulement des représentants tchadiens, américains et européens, mais aussi un représentant de l’armée, un de la SLA et un du MJE. L’idée est que ces derniers doivent faciliter l’accès aux régions qu’ils contrôlent respectivement. Mais ces représentants vivent dans les bases AMIS et ont accès à toutes les informations. Souvent ils téléphonent pour avertir leurs homologues de l’arrivée de la mission. Ils peuvent aussi contrôler quand et où une enquête a lieu, en refusant par exemple de s’y rendre, comme c’est arrivé avec un MJE.
Les interprètes sont une autre source de problèmes. Les interprètes soudanais sont rarement impartiaux [le gouvernement en fait chanter probablement plus d’un]. Ils sont difficiles à trouver car les ONG en demandent aussi beaucoup. Parfois des officiers libyens ou égyptiens ont servi d’interprètes, et l’on connaît leur préjugé pro arabe. En fait il faudrait des interprètes non arabes, par exemple des Sud Soudanais.
É tant donné la taille du Darfour [la France], AMIS n’a pas assez de personnel même pour se protéger elle-même. Elle n’a pas atteint son but de 7700 hommes, les factions armées ne respectent plus du tout le cessez-le feu .et on lui demande en sus d’escorter des convois.

AMIS a aussi des faiblesses en matière de commandement, de contrôle, ses communications sont inefficaces et il n’y a pratiquement pas de Renseignement. Des Observateurs ne connaissent pas les méthodes d’enquête de base. Il semble qu’aucune liste de questions n’ait été préparée. Même quand l’enquête est bonne, il manque de personnel capable d’analyser les informations, ce qui empêche les commandants de réagir.
L’OTAN forme les officiers aux fonctions de commandement et d’État-major. Une simulation, incluant des ONG et utilisant des cartes avec des scénarios de choléra et de décès en masse a apporté des améliorations. Des officiers de l’OTAN ont aussi aidé des officiers UA. Ils apportent des progrès, mais Khartoum, attentif, retarde leurs demandes de visas.
L’Union Européenne forme les policiers non armés d’AMIS qui doivent accompagner le police soudanaise. Leur déploiement devrait être accéléré. Toutefois comme ils ne sont pas armés, leur défense comme leur transport dépend de l’UA ou de la police soudanaise ce qui réduit leur rayon d’action d’autant qu’ils ne semblent pas avoir pris beaucoup de contacts avec la population.
Une formation manque toujours, celle à la prise de conscience du problème des viols. Le PNUD, l’UNICEF, l’unité des Droits de l’Homme d’UN MIS et le Commissariat NU aux Droits de l’homme doivent s’en occuper. Le financement viendra du Japon. Il faudrait plus de policiers femmes.
Toutes ces formations rencontrent une difficulté supplémentaire, avec les rotations et le changement fréquent de personnel.

Un autre point est le peu d’équipement et d’armement. Les États donateurs doivent offrir à AMIS plus d’équipement de communication et de véhicules assortis de conseils pour s’organiser. Les radios ne sont pas cryptées et, pour écouter les radios que les autres envoient en clair, il leur manque des arabisants. Un élément crucial est que les armements d’AMIS sont beaucoup moins puissants que ceux de chacune des forces armées en présence, gouvernement, janjawid, et mêmes rebelles, qui en reçoivent officiellement ou non, de Libye, du Tchad et d’Érythrée. AMIS est sans aucun doute largement dépassé dans les domaines de la puissance et de la portée de ses armes ; il peut être frappé sans savoir d’où vient le coup et n’avoir aucune possibilité de représailles. C’est à ce déficit que sont dus les incidents au cours desquels les hommes de l’UA ont dû fuir ou ont été tués. Khartoum a interdit à l’UA l’importation de 105 véhicules blindés de transport de personnel prêtés par le Canada en juin 2005, sous le prétexte qu’ils pourraient leur être pris par les rebelles. C’est seulement en octobre que fut autorisée l’arrivée de 35 d’entre eux [et le 14 novembre des 105 sur l’insistance de Zoellick AFP]. Khartoum impose aussi de sévères restrictions sur l’utilisation des hélicoptères civils de l’UA dont les pilotes doivent retourner à Khartoum tous les deux mois pour renouveler leurs permis de piloter. L’UA n’a pas de cartes militaires et se sert de celles du Centre d’Information humanitaire des NU qui ne lui sont pas adaptées.

L’UA manque aussi de planification financière, ce qui cause des frictions avec les États donateurs. Les NU ont commencé à l’aider : ses contrats n’étaient pas compétitifs car la planification de la mission était à très court terme.

Malgré tous ces inconvénients, l’UA doit être félicitée pour être allée là où les Occidentaux avaient peu d’appétit à se rendre ; elle a su faire collaborer les forces des différents États africains à une mission qui a apporté un certain niveau de sécurité et de prévention.

* www.refugeesinternational.org (23 pages).


 

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