| Refugees International (Extraits)
A la suite d’une longue visite sur le terrain et ailleurs, cette
association américaine vient de préparer un rapport sur la
mission AMIS que nous traduisons et résumons. Pour ceux qui souhaiteront
lire le texte entier* nous signalons que la partie concernant les causes
de la guerre, est peu exacte.
On doit beaucoup remercier l’Union Africaine (UA) qui a assumé un
rôle difficile dont personne d’autre ne voulait. Elle remplit
cette mission avec beaucoup de dévouement.
Les difficultés ne lui sont pas comptées. La première
est son mandat : surveiller un cessez-le feu entre l’armée
soudanaise et les rebelles. La protection des civils n’est mentionnée
que lorsque ces derniers risquent une menace imminente dans son voisinage
immédiat. Cette restriction a causé beaucoup de frustration à l’UA,
chez les déplacés et dans la communauté humanitaire.
Le gouvernement soudanais résiste activement à toute tentative
d’étendre ce mandat.
Des problèmes se rencontrent dans les mécanismes d’investigation.
Leurs équipes comprennent non seulement des représentants
tchadiens, américains et européens, mais aussi un représentant
de l’armée, un de la SLA et un du MJE. L’idée
est que ces derniers doivent faciliter l’accès aux régions
qu’ils contrôlent respectivement. Mais ces représentants
vivent dans les bases AMIS et ont accès à toutes les informations.
Souvent ils téléphonent pour avertir leurs homologues de
l’arrivée de la mission. Ils peuvent aussi contrôler
quand et où une enquête a lieu, en refusant par exemple
de s’y rendre, comme c’est arrivé avec un MJE.
Les interprètes sont une autre source de problèmes. Les
interprètes soudanais sont rarement impartiaux [le gouvernement
en fait chanter probablement plus d’un]. Ils sont difficiles à trouver
car les ONG en demandent aussi beaucoup. Parfois des officiers libyens
ou égyptiens ont servi d’interprètes, et l’on
connaît leur préjugé pro arabe. En fait il faudrait
des interprètes non arabes, par exemple des Sud Soudanais.
É
tant donné la taille du Darfour [la France], AMIS n’a pas
assez de personnel même pour se protéger elle-même.
Elle n’a pas atteint son but de 7700 hommes, les factions armées
ne respectent plus du tout le cessez-le feu .et on lui demande en sus
d’escorter des convois.
AMIS a aussi des faiblesses en matière de commandement, de contrôle,
ses communications sont inefficaces et il n’y a pratiquement pas
de Renseignement. Des Observateurs ne connaissent pas les méthodes
d’enquête de base. Il semble qu’aucune liste de questions
n’ait été préparée. Même quand
l’enquête est bonne, il manque de personnel capable d’analyser
les informations, ce qui empêche les commandants de réagir.
L’OTAN forme les officiers aux fonctions de commandement et d’État-major.
Une simulation, incluant des ONG et utilisant des cartes avec des scénarios
de choléra et de décès en masse a apporté des
améliorations. Des officiers de l’OTAN ont aussi aidé des
officiers UA. Ils apportent des progrès, mais Khartoum, attentif,
retarde leurs demandes de visas.
L’Union Européenne forme les policiers non armés
d’AMIS qui doivent accompagner le police soudanaise. Leur déploiement
devrait être accéléré. Toutefois comme ils
ne sont pas armés, leur défense comme leur transport dépend
de l’UA ou de la police soudanaise ce qui réduit leur rayon
d’action d’autant qu’ils ne semblent pas avoir pris
beaucoup de contacts avec la population.
Une formation manque toujours, celle à la prise de conscience
du problème des viols. Le PNUD, l’UNICEF, l’unité des
Droits de l’Homme d’UN MIS et le Commissariat NU aux Droits
de l’homme doivent s’en occuper. Le financement viendra du
Japon. Il faudrait plus de policiers femmes.
Toutes ces formations rencontrent une difficulté supplémentaire,
avec les rotations et le changement fréquent de personnel.
Un autre point est le peu d’équipement et d’armement.
Les États donateurs doivent offrir à AMIS plus d’équipement
de communication et de véhicules assortis de conseils pour s’organiser.
Les radios ne sont pas cryptées et, pour écouter les radios
que les autres envoient en clair, il leur manque des arabisants. Un élément
crucial est que les armements d’AMIS sont beaucoup moins puissants
que ceux de chacune des forces armées en présence, gouvernement,
janjawid, et mêmes rebelles, qui en reçoivent officiellement
ou non, de Libye, du Tchad et d’Érythrée. AMIS est
sans aucun doute largement dépassé dans les domaines de
la puissance et de la portée de ses armes ; il peut être
frappé sans savoir d’où vient le coup et n’avoir
aucune possibilité de représailles. C’est à ce
déficit que sont dus les incidents au cours desquels les hommes
de l’UA ont dû fuir ou ont été tués.
Khartoum a interdit à l’UA l’importation de 105 véhicules
blindés de transport de personnel prêtés par le Canada
en juin 2005, sous le prétexte qu’ils pourraient leur être
pris par les rebelles. C’est seulement en octobre que fut autorisée
l’arrivée de 35 d’entre eux [et le 14 novembre des
105 sur l’insistance de Zoellick AFP]. Khartoum impose aussi de
sévères restrictions sur l’utilisation des hélicoptères
civils de l’UA dont les pilotes doivent retourner à Khartoum
tous les deux mois pour renouveler leurs permis de piloter. L’UA
n’a pas de cartes militaires et se sert de celles du Centre d’Information
humanitaire des NU qui ne lui sont pas adaptées.
L’UA manque aussi de planification financière, ce qui cause
des frictions avec les États donateurs. Les NU ont commencé à l’aider
: ses contrats n’étaient pas compétitifs car la planification
de la mission était à très court terme.
Malgré tous ces inconvénients, l’UA doit être
félicitée pour être allée là où les
Occidentaux avaient peu d’appétit à se rendre ; elle
a su faire collaborer les forces des différents États africains à une
mission qui a apporté un certain niveau de sécurité et
de prévention.
* www.refugeesinternational.org (23 pages).
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