Numéro 133 - novembre - décembre 2005

 
 

DARFOUR

QUELQUES ARABES

Darfur, a short history of a long war
Julie Flint & Alex de Waal –Zed Books
(Extraits traduits et résumés par VS)

[On parle de janjawid arabes contre paysans africains. La vérité est plus complexe VS]

Des arabes sont commandants dans l’ALS, parmi eux Ahmed Kubbur, un commerçant Rizigat du Sud Darfour qui avait été formé par l’ALPS, et Ismaïl Idriss Nawaï, un avocat, dans l’est du Darfour..

Musa Hillal le principal chef janjawid est célèbre par les horreurs qu’il commande En juillet 2004, quand le Conseil de Sécurité intima l’ordre au gouvernement soudanais de désarmer les janjawid, ce dernier savait bien qu’il ne l’aurait pas pu, même s’il l’avait voulu. Musa trouva plus prudent d’écrire aux dirigeants de l’État : « La décision lâche et sans valeur » de désarmer les janjawid serait impossible à appliquer. Ses hommes ne rendraient pas leurs armes. « Dieu est grand. Nous continuons sur le chemin du djihad ». Copie de cette lettre fut envoyée « aux combattants loyaux et honorables de notre nation ». Musa appartient de longue date au Rassemblement Arabe, selon lequel, les Four, ayant eu le sultanat près de trois siècles, ont assez commandé ; il est temps que le Darfour, la résidence des Four, prenne un autre nom. Ce Rassemblement n’est pas très bien connu. Naquit-il à la suite de la légion arabe de Kadhafi quand en 1984 il voulait créer un empire sahélien arabe ?

Sayed Mahmoud Ibrahim Moussa Madibou, chef traditionnel des Bagara Rizeigat, la plus importante tribu du Darfour, une tribu de vachers sise au Sud Darfour, est peut-être la meilleure chance de paix de la région. Son frère aîné Hassan, autorisa des milliers de Bagara à se battre pour Khartoum contre l’ALPS. Mais lorsque Sayed Mahmoud succéda à son frère en 1990, il avait réalisé que la guerre du Sud n’était pas gagnable et il organisa une trêve avec l’ALPS. Quand des membres de sa tribu tinrent des discours enflammés sur la supériorité des arabes, il les réprimanda. Surtout il refusa de s’engager dans la guerre janjawid, pensant que entretenir de bonnes relations avec ses voisins africains valait mieux que de se battre pour un gouvernement lointain et capricieux.
Le gouvernement essaya d’acheter le soutien de sa tribu et le gouverneur du Sud Darfour essaya de saper son autorité en engageant des miliciens Rizeigat pour les janjawid. Quand en 2004, la SLA attaqua le Sud Darfour, il dit aux milices de défendre seulement leurs terres sans la poursuivre. Sans le soutien d’Anciens comme Sayed Mahmoud, la guerre du Darfour n’a aucune légitimité pour les Darfouris arabes .Sayed Mahmoud a aussi mobilisé discrètement l’administration traditionnelle, des aristocrates qui croient en la paix et la stabilité. Il a protégé des déplacés non arabes venus dans son territoire et fait admettre aux tribus voisines que toute difficulté avec ces déplacés ne devait pas donner lieu à rétorsion mais être portée devant lui. Il a opéré une réconciliation avec la tribu Ma’aliya. Il se rendit à Abuja avec 28 Anciens des tribus, où il dit aux rebelles que l’on n’obtenait rien par la force. Ce qui fâcha le gouvernement est qu’il se rendit après en Libye pour participer à une initiative de paix de Kadhafi, où, inopinément ce dernier encouragea les initiatives tribales. Les délégations pro Khartoum et pro rebelles eurent beaucoup d’opinions communes, par exemple qu’elles devaient s’en tenir à l’ancien système de propriété terrienne et que Khartoum ne devait pas interférer dans l’administration tribale .Les Anciens décidèrent à Tripoli de reconstruire un ordre social basé sur la paix et la stabilité .Ils y convoquèrent même Musa Hilal qui, poussé par sa tribu, s’y rendit et tendit la main aux Anciens Four et Masalit. Il s’excusa presque pour ses exactions, disant qu’il n’agissait ainsi que sur les ordres du gouvernement.
Encouragés, les Anciens du Darfour cherchèrent leurs propres solutions. Il y eut des commencements de réconciliations Arabes/Masalit et Meidob/Zayadiya .Mais le gouvernement y mit le holà. Il soudoya, menaça, et discrédita les initiatives des chefs ; puis quand Kadhafi les invita à nouveau pour le suivi de leurs travaux, Khartoum leur refusa les visas et nomma de nouveaux représentants qui n’eurent le droit de parler, ni de crimes contre l’humanité, ni d’amnistie des rebelles, ni, ni, ni.
Sayed Mahmoud approche des quatre-vingt ans et commence à se fatiguer.

L’ETAT N’APPLIQUE PAS LES DECISIONS DES CONFERENCES TRIBALES DE RECONCILIATION
Jérôme Tubiana
Afrique Contemporaine n° 214 Extraits
En 1987-1989, les villages Four furent attaqués par les arabes dont le bras armé est déjà des milices janjawid. Une conférence de paix intertribale prévoyait que le prix du sang soit payé pour chaque homme tué, que les nomades ne pénètrent plus dans les champs cultivés de juillet à février et que le gouvernement réquisitionne toutes les armes. Rien ne fut payé, les nomades continuèrent à paître leurs troupeaux dans les champs et le gouvernement réquisitionna les armes des Four mais pas celles des arabes.
Autre conférence de paix après un conflit ouvert entre Masalit et arabes Mahamid à partir des années 94-95 ; les décisions ne sont pas appliquées.
A nouveau, conférence de réconciliation entre des Zaghawa et des Arabes Awlad Zeid. Le gouvernement devait payer le prix du sang devenu trop cher pour les protagonistes, il ne l’a pas fait ; il n’a rien fait non plus pour que les Arabes respectent le résultat des négociations.

Les conférences de réconciliation intertribales sont totalement inefficaces si le gouvernement refuse d’en appliquer les décisions (VS).

 

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