Numéro 133 - novembre - décembre 2005

 
 

DARFOUR


Les exactions se multiplient. Quinze mille personnes sont nouvellement arrivées dans les camps alors que l’UNHCR ne peut plus subvenir à leurs besoins, faute d’argent. Une cinquantaine de Darfouris sont parvenus en France où ils demandent l’asile politique.
Pour la première fois des janjawid ont pris en embuscade leurs alliés, la police nationale. La police contre attaqua, tuant quatre janjawid et en capturant deux autres qu’ils mirent dans la prison de Geneina. Quelques jours plus tard, le 21 septembre, les janjawid vinrent à Geneina, fermèrent le marché, libérèrent leurs deux combattants janjawid, et poursuivirent les deux policiers qu’ils jugeaient responsables de la mort des quatre janjawid. Les janjawid occupèrent Geneina quatre jours, jusqu’à ce que, lors d’une confrontation tendue avec les forces gouvernementales, ils acceptèrent de quitter la ville. (Refugees International)

POURPARLERS DE PAIX
Sixième session achevée le 20 octobre
Elle se termina sur l’engagement des parties que la session suivante serait décisive. La délégation gouvernementale était envoyée par le Congrès National et non par le gouvernement d’unité nationale, parce que le Congrès National et le MLPS n’étaient pas tombés d’accord sur une position commune.

CATASTROPHE
Scission au sein du rebelle MLS avec l’ambitieux Minni Mirkawi,
Julie Flint, extraits
[Le MLS fut fondé en 2001/2002 ; Abd el Wahib Mohamed Nour, un Four, l’ethnie la plus nombreuse, fut nommé président, un Masalit, vice-président et Abdallah Abakir, un Zaghawa, chef militaire. Ce Zaghawa avait un secrétaire, Minni Arcaui Minawi, qui avait été nommé à ce poste car contrairement à ses pairs en campagne, il savait lire et écrire. A la mort d’Abdallah en janvier 2004, Minni s’intitula secrétaire général du mouvement sans que le président du MLS ne soit là, ni qu’il le sache. Abd el Wahab s’occupe en effet surtout de diplomatie, il a un bureau à Nairobi et un quartier général à Asmara. Les problèmes commencèrent. Minni, qui n’avait jamais été élu jusqu’à cet automne, veut le pouvoir, il est opposé aux pourparlers de paix VS.].

Il y a 18 mois, Minni voulut « réunifier le MLS » qui n’en avait nul besoin, en attaquant la place forte montagnarde d’Abd el Wahib. Il ne réussit pas. En septembre 2005, Minni voulut empêcher trois commandants de se rendre à Abuja pour participer aux pourparlers d’octobre sur une liste MLS. C’était le Meidop Suleiman Marajan, un commandant populaire, qui jouit d’un soutien étendu des factions du MLS, le Docteur Saleh Adam, un Berti, et Jar el Nebi, un Zaghawa. Avertis que Minni voulait les kidnapper, les deux premiers appelèrent sur leur portable l’Union Africaine qui leur envoya un hélicoptère pour Abuja. Le troisième s’enfuit de nuit à dos d’âne et arriva aussi à Abuja. Les forces de Minawi kidnappèrent d’abord cinq membres de leur escorte qu’ils tuèrent, puis trois proches de Marajan qu’ils torturèrent avant de les relâcher. Marajan joua un rôle crucial à Abuja entre Abd el Wahib et la délégation que Minni y envoya sur extrême pression américaine. Ce fut sans résultat à cause de l’inflexibilité de Abd el Wahab.
Sur ce, Minni organisa un rassemblement de ses supporters dans le Jebel Marra à Hashkanita pour élire un président du MLS, ce que rien ne prévoyait. Il y invita Abdel Wahab qui refusa de s’y rendre, n’étant pour rien dans l’organisation du rassemblement. La conférence élit, sans surprise, Minni président du MLS avec seulement 411 voix pour et 222 abstentions, bien que ce fût un vote de ses fidèles, et un genre de coup d’État. Marajan, le Dr Saleh et Jar el Nebi étaient opposés à cette réunion, y voyant une conférence de division plus que d’unification. Ils voulaient aussi que Minni se retire des zones qu’il contrôle à cause de ses exactions contre les populations civiles.
Le 8 novembre, des partisans de Minni se saisirent de Marajan dans une embuscade. Minni veut le faire juger pour corruption. On craint pour sa vie. En effet ayant très bien connu Minni, Marajan est très au fait de ses violations de Droits de l’homme, y compris du meurtre du roi Four de Um Bero, et une série d’exécutions à chaque coucher de soleil de gens qui, étant instruits, pouvaient lui porter ombrage. Avec ce kidnapping, Minni voulut sans doute aussi lancer un avertissement à ceux qui souhaitent poursuivre les pourparlers d’Abuja. Des forces loyales à Marajan se mobilisent contre Minni.
Le 9 novembre les partisans de Minni attaquèrent un camp du Dr Saleh à Maw dans le Dar Berti, un jour de marché où le gros village était plein de civils. L’attaque dura quatre heures. Il y eut des tués même parmi les civils et deux kidnappings. Le sort des kidnappés est inconnu.

L’une des principales cartes de Minni était qu’il avait le soutien d’éléments clés de l’administration américaine et des Nations Unies. Mais Zoellick, le Secrétaire d’État américain adjoint pour l’Afrique, a voulu réconcilier Abd el Wahab et Minni à Nairobi. Il aurait été prêt à reconnaître la suprématie de Minni ; Minni n’y vint pas, il envoya une délégation intransigeante, pas du tout prête à la conciliation, et Zoellick pensa à nouveau à Abd el Wahab. Les Nations Unies suivirent.

Minni s’appuie sur sa propre section des Zaghawa, les Beni Digen. Il s’est aliéné la plupart des tribus du Darfour, y compris beaucoup de Zaghawa, les intellectuels, les anciens.
« Les Zaghawa ont un code d’honneur très strict, dit un conseiller de Minni. Notre orgueil et notre honneur ont souffert. Nous n’avons jamais vu ce genre de tuerie. Il n’y a ni règle, ni ordre, ni vision. Minni est une catastrophe ». Une catastrophe à laquelle la communauté internationale doit retirer son soutien.

Finalement Minni s’est rendu à la 7ème session d’Abuja comme Abdel Wahab, avec lequel il doit présenter un projet commun (VS).

 

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