Numéro 132 - septembre- octobre 2005

 
 

Mauvaise foi usuelle
PRENDRE LE TAUREAU PAR LES CORNES
 

Bien que le gouvernement d’unité nationale ne doive être aux affaires que jusqu’aux élections prévues dans trois ans, sa formation ne s’est pas faite sans peine. La difficulté principale fut le ministère demandé par le Mouvement de Libération du Peuple Soudanais (MLPS), l’énergie, c'est-à-dire le pétrole, le ministère roi, source d’argent et de pouvoir. Il arguait que l’essentiel du pétrole vient du Sud. C’était un point sur lequel il n’entendait pas négocier. Selon diverses sources dont La Lettre de l’Océan Indien, une suggestion vint des modérés du gouvernement : que Lam Akol soit vice-ministre et secrétaire général permanent du ministère. Ancien professeur à l’université de Khartoum, parlant un excellent arabe, ce Shillouk fut de 1991 à 2001 opposant à Garang, et de 1997 à 2001 ministre à Khartoum avant de rejoindre le MLPS. L’ancien et nouveau ministre du pétrole, Awad Ahmed el Jazz, redoutait à juste titre que Lam Akol s’entoure d’experts étrangers pour auditer les recettes pétrolières du pays, et de cela, il ne voulait absolument pas. A défaut du pétrole, les dirigeants MLPS ont demandé les Finances. On ne leur offrit ni l’un ni l’autre. Le second cercle MLPS, consulté, conseilla d’accepter ; il est trop préoccupé par la mise en œuvre de la paix au Sud pour passer plus d’un mois à discuter du gouvernement national. Le Congrès National (CN), le parti islamiste au pouvoir, entend n’avoir que l’apparence d’un gouvernement d’unité nationale et rester celui qui distribue les postes. Mais quid des efforts prévus par le traité de paix pour rendre plaisante l’unité lors du référendum d’autodétermination ?
Les Sudistes de la société civile sont fort mécontents. Le MLPS tente de les calmer en disant qu’ils interviendront à travers la Commission du Pétrole. Mais rien n’adoucit l’ire des Nouer qui n’ont aucun ministre. Les postes de souveraineté, l’Intérieur, le Défense, la Justice, les Finances, le Pétrole vont au Congrès National, le plus souvent des tenants de la ligne dure ; le MLPS a les Affaires du cabinet avec Deng Alor et les Affaires Étrangères avec Lam Akol. Cependant, l’ancien Ministre des Affaires Étrangères devenu Conseiller du Président Béchir, Mustafa Osman, vient de créer une cellule diplomatique au sein de la présidence pour doubler le ministère.
De plus, juste avant l’établissement du gouvernement d’unité nationale, le CN a édicté deux lois. La première donne au seul État fédéral le pouvoir d’attribuer des visas aux étrangers. La venue des innombrables experts dont le Sud a besoin, dépendra de la bonne volonté de Khartoum. La seconde loi concerne les ONG et un recours contre elle a déjà été déposé auprès de la cour constitutionnelle. Selon cette loi, le régime peut refuser une demande d’enregistrement d’ONG pour n’importe quelle raison. L’ONG enregistrée, elle ne peut percevoir de fonds de l’étranger avant enquête sur cette source et approbation du ministre. Or les NU et les ONG internationales utilisent de plus en plus souvent les ONG locales. Les ONG internationales, dont certaines se sont vues intimer l’ordre de se mettre en accord avec la loi, devront-elles quitter le Sud Soudan et le Darfour ? Les ONG soudanaises de Droit de l’Homme sont financées par des Soudanais de l’étranger : ne trouveront-ils pas dangereux pour les leurs restés au pays, de voir donner leurs noms ? Ajoutons que la télévision nationale soudanaise a repris une émission au cours de laquelle elle appelait les jeunes gens à aller combattre le djihad au Sud. Maintenant elle dit aux pères de moudjahidin tués au combat que les meurtriers de leurs fils tiennent les commandes au palais présidentiel, ce qui ne peut être dit sans l’accord d’un ministre. Tout cela s’apparente à la mauvaise foi usuelle de Khartoum.

La conjoncture s’aggrave au Darfour. Les janjawid attaquent les camps de déplacés, les combats ont repris, des soldats de l’Union Africaine ont été tués, les rebelles sont en pleine dissension, les pourparlers de paix ne progressent pas, des régions sont trop peu sures pour que l’aide y arrive. C’est le chaos et le désespoir.
La communauté internationale devra apporter de l’aide humanitaire peut-être pendant 20 ans jusqu’à ce qu’elle se décide à prendre le taureau par les cornes en imposant la paix, à moins que les humanitaires ne renoncent à cause des attaques continuelles qu’ils subissent
Et que les africains du Darfour ne meurent tous.

Bételgeuse

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