Numéro 130 - mai - juin 2005

 
 

PETROLE ET ECONOMIE

Des gens meurent littéralement de faim
Ils appellent au secours la communauté internationale
D’autres s’enrichissent considérablement


Le Fonds Monétaire International (FMI) a fait son rapport sur les performances économiques du Soudan de 2001 à 2004. L’accroissement moyen s’est élevé à 4,6%. La croissance du secteur non pétrolier s’est élevée à 5,3%, l’inflation a été très fortement réduite tandis que l’investissement s’est élevé à 22% du Produit National Brut. Les revenus des exportations ont servi à constituer une réserve de devises et à augmenter les dépenses gouvernementales. Bref, le Soudan est le bon élève de la classe à cause des réformes appliquées depuis 1997 (SUNA 03 05).

Selon le ministre des Finances soudanais le taux de croissance a été de 7,2% la monnaie nationale a augmenté de 12%, les taxes et revenus du pétrole de 100% et les salaires ont accru de 67%. Le ministre ou tout au moins la dépêche d’agence ne dit ni quand, ni sur quelle durée (Sudan Tribune 8 05) Il a déclaré d’autre part que le Soudan serait bientôt hors la liste des pays les moins développés car son revenu per capita allait atteindre deux dollars (SUNA 24 05) Il s’agit d’une moyenne entre apparatchiks extrêmement fortunés et ceux, bien plus nombreux, qui ont moins d’un dollar de revenu.

Selon le ministre des Affaires Étrangères, la Chine est le premier partenaire économique du Soudan, le commerce dans les deux sens a atteint 2521 milliards de dollars, une augmentation de 31,3% sur l’année précédente. La Chine est bienvenue pour investir non seulement dans l’exploitation pétrolière, mais aussi dans les textiles, et le transport public (Xinhua 21 05).

Le Soudan s’est vu accorder le statut d’observateur à l’Organisation Mondiale du Commerce. Avant d’être membre, il devra notamment réformer en profondeur les sociétés étatiques, les droits d’excise, les taxes à l’importation et l’exportation et organiser un corps indépendant pour recevoir les plaintes des usagers de la douane. Il devra aussi réviser une série d’accords concernant les services, non clairement explicités dans la dépêche  (PANA 22 05).

Un emprunt de 71 millions de dollars a été approuvé par le Conseil des Ministres auprès du Fonds Arabe de Développement Social et Économique, pour une production de 340 000 tonnes de sucre et 40 000 tonnes d’autres récoltes, près du Nil Blanc. Les fonds seront utilisés pour des pompes et des travaux d’irrigation. Le coût total du projet sera de 409 millions de dollars (Sudan Tribune, 8 05).
Le Soudan va construire un nouvel aéroport à quelques 45 kilomètres au sud-ouest d’Omdurman, la ville jumelle de Khartoum, pour un coût de 530 millions de dollars et destiné à 8 millions de voyageurs/an. Les travaux de la première phase, basés sur des dessins d’une société allemande, commenceront début 2006 et seront achevés en trois ans, après quoi l’ancien aéroport sera fermé.
On indique toutefois que le ministre des Affaires Étrangères dirigera un comité destiné à étudier les offres internationales pour le financement du nouvel aéroport. La société aérienne nationale Sudan Airways a commandé 6 avions Antonov d’Ukraine pour un coût de 82 millions de dollars. C’est aussi l’Ukraine qui sera chargée de l’entretien des avions à l’aéroport de Khartoum pour un coût de 8,2 millions de dollars  (SUNA 15 95).  
L’Ukraine a ouvert le 15 mai un consulat à Khartoum (SUNA 15 05).  

La banque de Émirats et du Soudan, la plus grande des nouvelles banques islamistes au Soudan, va lancer pendant un mois la souscription de 28, 5 millions de part à un dollar chaque (WAM 14 06).
Les Blocks 3, dans le Sud, et 7, en très grande partie dans le Sud, produisent un pétrole appelé le Dar Blend crude,  qui a un chiffre de haut acide de 2, 4, ce qui rendra sa vente plus difficile. En effet si ce chiffre dépasse un, le pétrole est corrosif et ne peut être traité que dans des raffineries spécialement équipées. Les Soudan a commencé des discussions avec le malais Pétronas pour la construction d’une raffinerie de 100 000 barils/jour. Dans l’attente il a pris des contacts avec trois société européennes pour qu’elles le vendent, Vitol, Trafigura et Arcadia .L’arrivée de ce nouveau brut doublera pratiquement la production soudanaise. (Reuter 9 mai). 
Selon l’accord de paix, tout contrat pétrolier impliquant le pétrole du Sud, doit être signé par une commission paritaire. Elle n’a pas été faite et ces propositions de contrats émanent comme autrefois du Ministère de l’Énergie.

METITO a annoncé avoir obtenu un contrat de 8 millions de dinars émiratis pour fournir des services de désalinisation et de traitement des eaux  à « l’un » des champs pétrolifères du Sud-Soudan. Ce projet fournira 620 mètres cubes d’eau fraîche à l’heure. La société planifie aussi de traité les eaux mêlées de pétrole.

La Chine doit construire un pipeline d’Atbara à Port-Soudan pour transporter de l’eau du Nil (Sudan tribune 03 06).
La société indienne de services financiers, qui fabrique aussi des téléviseurs, Videocon, a signé un mémorandum d’entente pour l’exploration pétrolière dans la province de Khartoum. Elle a décidé d’investir 100 millions de dollars pour une participation de 70%  (Reuter 15 04).    
   

TOTAL et le White Nile
Un roman policier

Total avait depuis 1980 une concession dans le Sud où son exploration fut arrêtée en 1985 à cause de la guerre ; il avait poursuivi la location de la concession pendant toutes ces années et signé un amendement au contrat en décembre 2004 avec Khartoum. L’accord de paix du 9 janvier 2005 prévoit que les anciens contrats sont honorés et que les nouveaux contrats au Sud seront signés par une commission paritaire. Une société anglaise, White Nile,  fut créée par un joueur de polo qui a déclaré avoir signé l’été 2004 un accord de concession sur la concession Total avec le gouvernement du Sud-Soudan. Mais la cotation de White Nile sur le London Stock Exchange fut suspendue par les autorités avant d’être rétablie puis suspendue à nouveau. Les administrateurs de White Nile cherchent des fonds désespérément. Ils vont demander à leurs actionnaires lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 15 juin de donner à la société pétrolière sudiste 50 ou 60% de leurs actions selon les sources. Les journaux soudanais Khartoum Monitor et al Ayam ont interviewé un vice-président  de Total, Jean-François Lassalle. Nous reproduisons des extraits de cette interview du 31 mai, qui fut publiée sur Sudan Tribune.

« …Dans une circulaire datée du 4 février 2005 White Nile a dit que ses administrateurs « ont identifié plusieurs occasions, mais on n’est entré dans aucun engagement ferme ». Donc, après la signature de l’accord de paix, White Nile n’avait pas de contrat. Pendant longtemps, White Nile n’a pu produire aucun document montrant la réalité de leurs droits et la correspondance qu’ils ont envoyée au London Stock Exchange pour rétablir la vente de leurs actions sur AIM [le second marché londonien], à notre avis, induit en erreur et pourrait constituer une prévarication…… Il est absolument évident qu’une exploration et exploitation pétrolière de cette taille demande de hautes capacités techniques et financières. …
Donner des droits exclusifs d’exploitation dans la même région à différents propriétaires est tout à fait exceptionnel dans le monde pétrolier …. Total participera à apporter investissement et infrastructure au Soudan, Notre projet est basé sur le développement durable…Nous voulons travailler en pleine transparence avec le plein respect des populations…..selon les principes des droits de l’homme…. »

Une des difficultés de Total serait que Garang n’aurait pas signé l’accord avec le White Nile, mais il ne voudrait ou ne pourrait pas se fâcher avec ceux qui l’ont signé. La mauvaise volonté du MLPS à l’égard de Total serait due au fait qu’après être parti du Soudan en 1985, Total continua de lui fournir des subsides, mais que ceux-ci furent arrêtés en 1992, quand le MLPS subit une scission et que l’Éthiopie cessa de le soutenir, c'est-à-dire au pire moment pour lui. Toutefois Total refusa d’exploiter dans les horribles conditions de massacres qui prévalaient à l’époque. La décision devrait être prise après la formation du gouvernement du Sud-Soudan.

Le barrage de Merowe/Hamadab

Peter Bosshard, Nicolas Hildyard, International Rivers Network, The Corner House


Ce projet sur la 4ème cataracte [au Nord de Khartoum] est le plus grand projet de barrage aujourd’hui construit en Afrique. Son réservoir aura 174 km de long, déplacera 50 000 personnes [et coûtera 1,5 milliards de dollars].
Il est financé par la Export Import Bank chinoise et plusieurs institutions financières arabes. Il est construit par des sociétés chinoises et soudanaises avec le français Alsthom et l’allemand Lahmeyer International qui jouent un rôle majeur. Le barrage est en construction. Environ 10 000 personnes sont déjà réinstallées.
Elles ont été emmenées de la vallée du Nil fertile [c’étaient pour la plupart des petits fermiers]  au désert de Nubie. Les sols dans le désert sont si pauvres que les fermiers ne peuvent pas vendre leurs produits. On leur avait promis l’eau, l’électricité, des fertilisants, etc. gratuits pendant une période de transition de deux ans, mais on les escroque le plus souvent. Les autorités du projet essaient de  refuser les compensations à beaucoup de personnes et refusent de négocier avec les communautés affectées. La police a répondu par la force  aux protestations, elle a arrêté et détenu cinq représentant des communautés.
L’impact environnemental du barrage n’a jamais été évalué et, contrairement à la loi, les autorités environnementales n’ont jamais contresigné ce projet.
Tant que les problèmes sociaux et environnementaux du projet n’auront pas été réglés, - les organisations présentent une série de recommandations pour ce faire-, elles recommandent qu’il soit suspendu. [C’est ce que demande l’association de défense des intéressés, le Leadership office of the Hamadab Dam Affected People ( LOAHP)].

(Le barrage soulève aussi le problème des énormes richesses archéologiques peu fouillées que ses eaux vont engloutir. Les plus connues sont les villes et cimetières de l’époque pharaonique et napato-meroïtique de 800 av. JC à350 de notre ère, dont la capitale de Napata, non encore identifiée les tumulus post-méroïtique et le monastère chrétien de Ghazali. Les équipes archéologiques affluent, encouragées par la promesse gouvernementale de partager avec elles les artefacts trouvés).




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