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Violations
Le 18 mai, la police a envahi le bidonville de Soba Arada, à 10 kilomètres
au sud-est de Khartoum pour emmener les résidents, habitant là
souvent depuis 14 ans, vers un emplacement dans le désert sans eau,
sans possibilité de travail et sans aucun service, le but étant
de faire du lieu une zone résidentielle élégante. Les
habitants ont résisté et selon de très nombreux témoignages
que Khartoum récuse, la police a ouvert le feu sur la foule, tuant
17 adultes et 6 enfants. Les résidents, qui n’étaient armés
que de bâtons ont arraché des armes aux policiers, incendié
le poste de police et brûlé 6 véhicules de la police.
Selon les autorités, il y a eu dans la police 14 morts et 17 blessés.[Selon
des informations de VS, les policiers présents ignoraient qu’ils avaient
été appelés en renfort, qu’il y avait une émeute,
et les causes de cette émeute]. Les efforts des journalistes pour
voir les blessés ont été vains, l’hôpital était
protégé par la police qui en interdisait l’accès (AFP
18 05, Reuter 18 05).
Après une première éviction dans Soba Arada,
une de nos amies s’était suicidée de désespoir. Les
Nations Unies ont critiqué cette éviction forcée sans
consultation vers des zones désertiques, position que Khartoum a violemment
critiquée. Le 19 mai, les sessions de révision de la constitution
furent suspendues à la demande du Mouvement de Libération
du Peuple Soudanais (MLPS) en protestation contre l’éviction forcée
des personnes déplacées. Une rencontre a eu lieu entre le gouverneur
de Khartoum et le chef de la délégation SPLM à la constitution,
les deux hommes tombèrent d’accord que les gens ne devaient pas être
expulsés de force, et le gouverneur promit de chercher une solution
(Sudan Tribune 19 05).
N’empêche que les Services de Sécurité ont intimé
l’ordre au quotidien de langue anglaise le Khartoum Monitor de supprimer
de leur journal la copie de la dépêche de Reuter et leur éditorial
consacré aux évènements. Soit le quotidien a refusé,
soit il n’avait rien à mettre à la place, le journal n’a pas
paru, à l’indignation de Reporters sans Frontières. Les autorités
soudanaises veulent poursuivre le quotidien pour avoir fait paraître
des nouvelles [qui n’ont pas paru !] fausses. Si le tribunal est de
bonne foi, il semble aisé à Khartoum Monitor de se disculper
car il a les noms des 6 enfants tués et aura aisément les noms
des adultes (RSF 22 /23 05, AP 21 05, AFP 22 05).
N’empêche que le 24 mai 6000 soldats et 400 officiers de police ont
entouré le camp avec des mitrailleuses montées sur des camionnettes,
tout fouillé et arrêté un nombre considérable
de résidents en les tabassant fortement. Nous avons un compte rendu
éloquent de journalistes de la BBC et de Reuter qui furent eux-mêmes
arrêtés et tabassés. Selon le gouverneur de Khartoum
l’opération n’était pas pour le déplacement, mais pour
la recherche de gens pour vol d’armes [aux policiers pendant l’émeute
!] et autres activités criminelles. Selon le chef de la police il
y a eu 88 arrestations. Cet incident n’empêchera pas le gouvernement
de mettre en œuvre son plan d’éviction a déclaré le
ministre de l’Intérieur de l’État de Khartoum (AP, Reuter,
AFP, BBC 24 05).
A en croire le quotidien Alwan, repris par la BBC, l’attaché militaire
français, M. Jacques François nous a déshonorés
en déclarant que les incidents de Soba lui rappelaient des conduites
criminelles en France où les policiers étaient victimes de
hors-la-loi (BBC Monitoring Service, 26 mai).
Nous annoncions dans le dernier VS, la libération du défenseur
des droits de l’homme soudanais, Mudawi Ibrahim Adam, le 10 mars, après
une intervention américaine. Il a été à nouveau
arrêté le 10 mai au matin alors qu’il s’apprêtait à
se rendre en Irlande recevoir le prix de l’association Front Line des mains
de la Présidente de la République. Finalement sa femme l’a
reçu à sa place. Il fut au secret sans possibilité de
communiquer avec sa famille ou un avocat. Depuis il a été libéré
et est venu en France. Le Dr Mudawi est le Président de l’association
Sudan Social Development Organisation (SUDO) qui s’occupe d’humanitaire et
de droits de l’homme. C’est un ingénieur, il a travaillé pour
des systèmes de distribution d’eau et enseigne à la faculté
des sciences de l’ingénieur et d’architecture à l’université
de Khartoum. De retour du Darfour il fut emprisonné une première
fois 7 mois en 2004, arrêté à nouveau en janvier 2005.
Là il a fait une grève de la faim et fut inculpé de
tentative de suicide avant d’être relâché.
Ses arrestations seraient dues au fait qu’il aurait participé à
un film sur la situation au Darfour, film qui fut plus tard montré
à la télévision norvégienne. (Irish Times
10 05, Front Line 12 05)
Sati Mohammed al Hajj, avocat de droits de l’homme, Youssouf Hussein, Tariq
Ahmed Gasim et Fawaz Salah al Sayed ont été gardés au
secret par les forces de Sécurité ; les deux derniers auraient
été torturés. Ils sont parents des officiers qui ont
été exécutés en 1990 pour avoir prétendument
préparé un coup d’État. Ces hommes étaient soupçonnés
de vouloir commémorer le 15ème anniversaire de leur exécution.
Détenus pour avoir exercé leur droit de publier leur opinion,
ce sont des prisonniers de conscience. Ils viennent d’être relâchés
(Amnesty International AFR 54/042/ 2005).
Mohamed Taha Mohamed Ahmed, directeur de la publication du journal islamiste
Al Wifaq, après avoir été arrêté sur plainte
d’ecclésiastiques islamistes, est paru devant la cour le 5 mai pour
avoir publié des articles repris sur internet, donnant à entendre
que le prophète Mohammed n’était pas le fils d’Abdallah et
n’était pas né dans le clan Hachémite.
Il a fait ses excuses mais le procureur a demandé la peine de mort
pour blasphème, c'est-à-dire toute attaque contre un prophète.
La foule irritée par des prêches enflammés a hurlé
à la mort pour apostasie – ce qui n’est pas le cas. [La sécurité
disperse toujours les manifestations avec violence quand elle ne les a pas
ordonnées]. Son journal a été suspendu jusqu’à
la fin du procès (Sudan Tribune 05 05, AP 08 05, AFP 10 05).
Un étudiant a été tué de coups sur la tête
lors d’une manifestation des étudiants de l’université des
deux Nil à Khartoum, manifestation destinée à protester
contre des manipulations d’élections étudiantes (Reuter 18
04). Un autre étudiant venait d’être tué dans des manifestations
pour la même raison à Delenj dans le Soudan central. Le MLPS
a protesté officiellement contre l’usage de la force par le gouvernement,
mais rejeté tout usage de la force pour renverser le gouvernement,
le temps étant venu d’appliquer l’accord de paix (Sudan tribune
21 04).
Amnesty International menace Khartoum de publier son rapport de
juillet 2004 s’il n’améliore pas la situation au Darfour.
Des quatre-vingt-un civils jugés pour une soi-disant tentative de
coup d’État en septembre, vingt-huit ont été condamnés
à entre cinq ans et quinze ans de prison. Les autres ont été
acquittés. Beaucoup appartenaient au parti de Tourabi, beaucoup venaient
du Darfour sans que l’on sache lesquels ont été condamnés.
Le principal avocat de la défense, Kamal Omar, a déclaré
que les confessions avaient été soutirées par la torture
et les menaces de mort.
Vingt et un autres hommes, des militaires, sont jugés par une
cour martiale. On ignore si les pilotes qui avaient refusé de bombarder
les villages du Darfour, et dont on est absolument sans nouvelles, sont parmi
eux (Reuter 14 05).
El Tourabi a, selon sa famille, vu sa santé fragile mise en danger
par des membres des forces de sécurité, jouant au médecin
en lui injectant entre autres, un soi-disant vaccin contre la méningite
(Reuter 15 04). Depuis il est sorti de prison et mis aux arrêts chez
lui (Reuter 15/28 04).
Miscellanous
Eric Reeves est mort de leucémie fin avril 2005. Professeur de littérature
à Smith College, sa vie bascula en 1998 lors d’une conversation avec
Médecins sans Frontières. Abandonnant Shakespeare, il consacra
alors sa vie au Soudan, envoyant régulièrement par courriel
de longs papiers sur le Soudan. Son dernier travail fut de quantifier les
victimes du Darfour, dont le nombre était alors complètement
sous-évalué, en combinant les différentes études.
Ses chiffres furent plus tard estimés en dessous de la réalité.
Concernant le Soudan, il était féroce, parfois injuste, traitant
les Nations Unies d’incompétentes, le Président de l’Union
Africaine de menteur indigne et la presse d’irresponsable (Épithètes
données selon The Boston Globe paru de son vivant, le 24 04). Il aura
travaillé jusqu’au bout, le dernier courriel que nous ayons reçu
de lui date du 7 avril.
L’interdiction de paraître du journal indépendant Al Watan
datant de 2 ans ½, qui avait publié des interviews d’opposants
et de chefs du MLPS, a été levée, suite à la
paix (AP 11 05)
Un homme d’affaires turc, Khayiddine Yojah, va aller à pied d’Istanbul
au Darfour pour témoigner de sa solidarité avec les Soudanais
(KUNA 03 06).
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