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Khartoum ! l’argent du pétrole ! Oslo ! l’argent
promis !
Le Mouvement de Libération du Peuple Soudanais (MLPS) s’arrange
petit à petit de l’énormité de ses tâches ; il
cherche à créer un gouvernement du Sud-Soudan et à
construire le Sud-Soudan, pays déjà fort peu développé
avant qu’il ne soit ravagé par la guerre et dont la majeure partie
de la population a été déplacée. Il doit lutter
contre la corruption et éviter les escrocs au développement.
Pour tout cela il a besoin de l’argent promis qui n’arrive pas. Du Sud,
Kofi Annan l’a demandé avec force. D’autres crient au secours. Sans
un réel succès.
Garang a annoncé les priorités du MLPS, le retour des déplacés
et réfugiés, puis la formation du gouvernement après
l’établissement de la constitution intérimaire, fin juin la
solution du problème posé par les milices progouvernementales,
puis l’infrastructure. Elle commencera par la création de treize
routes asphaltées, reliant les villes du Sud entre elles et avec
Nyala au Darfour, Kadugli, au Kordofan, Renk dans le Nil Blanc et al Damazin
dans le Nil Bleu Sud, Nimule vers l’Ouganda et Lokichokkio au Kenya. Les
travaux ont déjà commencé. Sans compter la voie ferrée
de Juba à Mombassa et peut-être vers le Nord et de Juba vers
la RDC. Sans compter non plus la réhabilitation de la circulation
fluviale et la création d’un barrage hydro-électrique aux cataractes
de Fulla, sur le Nil, au Sud de Juba. Puis les services, écoles,
hôpitaux. Enfin le développement agricole, peut-être
en créant de nouveaux bourgs où tous les services seraient
présents. Cela demande l’argent promis.
On peut s’inquiéter des fractures à l’intérieur du
MLPS à cause de visions politiques divergentes et d’ambitions en compétition
ainsi que des tensions ethniques, qui ont mené à des assassinats
et des vols de bestiaux, pour lesquels Garang a donné des ordres
stricts, suspendant les officiels qui les auraient encouragés jusqu’à
achèvement de l’enquête. Le MLPS aurait conclu un certain nombre
de contrats pétroliers d’une illégitimité certaine.
Entravé par l’absence de structures et une prise de décisions
centralisée, le MLPS a aussi été lent à organiser
d’autres commissions et comités demandés par le traité
de paix.
Le pouvoir de nuire de Khartoum
Garang doit être premier vice-président de la République
le 9 juillet. On ne peut pas être très optimiste sur la manière
dont cela fonctionnera. Khartoum souhaite que l’échec de l’expérience
anéantisse les rêves de référendum des Sudistes.
Il utilise ses pouvoirs de sabotage. Aucun gouvernement soudanais n’a jamais
honoré ses promesses au Sud.
Ainsi, le SPLM affirme que les importants champs pétrolifères
de Heglig ont été transférés administrativement
du district de Paryan dans le Haut Nil, qui a disparu, au district
de Kailek nouvellement créé au Kordofan en décembre
2004. Comme le Sud ne doit recevoir la moitié des revenus du pétrole
que des champs pétrolifères du Sud, cette question est
majeure. L’accord de paix prévoit une Commission de frontière
Nord-Sud à être nommée par la Présidence, mais
seulement après institution de la Constitution Nationale intérimaire.
Or, cette dernière prend des retards considérables. Pour les
autres revenus pétroliers dont le Sud n’a rien touché, le
retard serait dû au délai apporté à l’établissement
de la banque du Sud.
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Autre sabotage, le sort des milices sudistes progouvernementales qui sont
tous Soudanais, dans la South Sudan Defence Force (SSDF) et des membres
ougandais de l’Armée de Résistance du Seigneur (ARS) toujours
basée au Sud-Soudan qui recevrait encore des subsides de certains
faucons du régime et sèment la terreur. A cela s’ajoute l’Equatoria
Defence Force (EDF) qui a rejoint le MLPS en 2003, mais dont une petite
partie, l’EDF 2, risquerait de se joindre à l’ARS. Ces milices menacent
la paix et la stabilité. Lors du dialogue Sud Sud à Nairobi
du 18 au 21 avril, le gouvernement soudanais aurait refusé visas
et billets aux délégués de la SSDF ; Khartoum a nié,
mais comme l’a dit Garang, ce sont des officiers de l’armée soudanaise
et les officiers obéissent aux ordres. Cette décision de dernière
minute, prise de crainte d’une réconciliation, détruisit une
partie du processus.
Sabotage encore, le retard de Khartoum à donner des visas d’entrée
aux militaires occidentaux membres de la mission des Nations Unies de maintien
de la paix au Sud, réponse, selon le Spiegel, à l’insistance
des diplomaties occidentales dans l’affaire du Darfour. Ajouterons-nous
l’envoi par l’aéroport de Khartoum des mêmes militaires, mais
Népalais, à El Obeid au lieu de Kassala ? Etc.
Garang pourra-t-il lutter contre tout cela quand il sera premier vice-Président
du pays ? Pourra-t-il lutter pour la paix au Darfour ?
Les énergies de la communauté internationale doivent servir
à la mise en oeuvre de l’accord de paix, sinon la guerre recommencera
Une réalité dramatique sur le terrain
Selon les Nations Unies, 75 personnes ont été tuées
près de Rumbek et des milliers d’autres déplacées dans
une bagarre sur les ressources en eau et en pâturage. Un raid toposa
(Sud-Soudan) a fait aussi des morts au Kenya. Des hommes non identifiés
ont aussi volés 23 m3 de nourriture au PAM. C’est le résultat
d’un début de famine. Le retour des déplacés et une
mauvaise saison des pluies en 2004, rendent en effet la situation extrêmement
difficile, les gens qui en ont, rationnent leur sorgho et se nourrissent
de fruits sauvages et de feuilles. Les feuilles bouillies sont la seule nourriture
de beaucoup. On a besoin de beaucoup plus de puits. Parfois les femmes épuisées
par l’absence de nourriture, marchent des heures pour aller chercher de
l’eau. C’est la pire crise depuis la famine de 1998 qui a tué 60
000 personnes.
Tout le monde a promis de l’argent mais il n’arrive pas malgré les
appels du PAM, et de la FAO relayés du Sud-Soudan par Kofi Annan.
Cela va sans dire, mais va mieux en le disant
Dialogue Sud/Sud
Absence des milices progouvernementales due à Khartoum
Les milices progouvernementales, qui ravagent les zones pétrolières
et autres, ne sont pas venues participer à la conférence de
dialogue de Nairobi fin avril, Khartoum leur ayant adroitement refusé
leur visa de sortie du territoire. Ce fut donc, du fait vicieux de Khartoum,
une occasion manquée. La conférence engagea l’ALPS à
rencontrer ces milices séparément.
Tous deux avaient quasiment déclaré la guerre au MLPS…
Néanmoins un travail important fut fait. Étaient présents,
outre Garang, des représentants des petits partis du Sud, des Églises,
dont Mgr Lokudu, archevêque de Juba, d’ONG, des femmes, des jeunes,
des chefs et leaders traditionnels, des personnes déplacées
et surtout des anciens. Parmi eux Abel Alier, avocat, premier président
du Sud-Soudan à la paix de 1973, mais aussi le général
Lagu, chef de la première guerre du Sud et Bona Malwal, ancien ministre,
journaliste exilé à Londres. Tous deux avaient quasiment
déclaré la guerre au MLPS au moment de la paix, mais tout
le monde s’est serré la main en partant.
Les résolutions font l’objet d’un covenant qui oblige les parties
Il fut pris des décisions sur la réconciliation, basées
sur l’expression d’un profond regret et l’élimination des causes
de mécontentement. Les délégués se sont engagés
à faire connaître l’accord de paix dans tout le Sud et dans
les trois régions, notamment en le faisant traduire dans toutes les
langues. Il fut décidé que la constitution du Sud-Soudan serait
préparée par au moins 40 personnes représentant la communauté
sud-soudanaise, qu’elle inclurait les droits de l’homme, les libertés,
l’égalité hommes/femmes, la démocratie, la décentralisation,
l’intolérance à la corruption, un système multipartis,
la séparation des pouvoirs. Elle tiendrait aussi compte de l’accord
de paix, de la constitution intérimaire et des suggestions des partis
politiques, groupes religieux et de la société civile. Le président
du MLPS est chargé de l’organisation.
Beaucoup fut dit sur l’égalité hommes/femmes, sur le contrôle
des armes à feu, sur les problèmes liés au rapatriement
des personnes déplacées et le rôle du gouvernement du
Sud-Soudan, de l’ONU, des Églises, de la société civile
et des ONG, sur le développement rural, sur l’engagement à
suivre les recommandations de la conférence d’Oslo.
Seront instituées, des comités de réconciliation,
une commission chargée de diffuser et expliquer l’accord de paix,
une commission électorale destinée aussi à dire
aux gens leurs droits, et une commission des droits de l’homme. Personne
n’est chargé de leur création.
Deux points ont suscité des réserves :
La premier comprend la présidence qui ne doit pas excéder
deux mandats (de durée non précisée) : si le président
vient d’une des trois régions du Sud, le vice-président devra
venir de la seconde et le président du Parlement de la troisième.
Tout ceci en rotation entre régions. [Ceci vise à l’évidence
à éroder la prééminence de Garang et des
Dinka] !
Le second est l’emplacement de la capitale. Juba, capitale traditionnelle
du Sud, n’est pas centrale, mais n’est pas non plus Dinka, comme Rumbek.
La conférence se réunira tous les deux mois pour assurer
le suivi. Elle s’occupera des commissions si cela n’a pas été
fait par le gouvernement du Sud-Soudan
[Garang a mal pu convaincre les assistants que le MLPS serait juste
envers toutes les communautés du Sud. VS]
JUBA
Bonheur de la paix
De notre correspondant
Juba, toujours occupée par l’armée soudanaise, vit dans l’espoir.
Un premier bonheur, les forces de Sécurité ont arrêté
de harceler les citoyens. On peut sortir de Juba et des commerçants
en profitent pour alimenter la ville à partir de Yei, seulement à
vélo le plus souvent. Bien sûr les écoles ont toujours
le programme soudanais, les enfants doivent répéter à
l’envi : « Je suis arabe et musulman », bien que ni l’un ni
l’autre ne soient vrais. L’hôpital marche toujours bien, grâce
à la Croix-Rouge, L’arrangement entre les évêques catholique
et épiscopalien n’a presque plus de raison d’être : ils ne
s’absentaient pas ensemble de la ville de façon à ce que chacun
puisse s’occuper de la communauté de l’autre en cas de problème.
L’arrivée du MLPS est la grande attente.
L'emprise grandissante de Dubaï
(La Lettre de l’Océan Indien n°1134, 14 mai 2005)
Après la société Etisalat qui a remporté une
licence de téléphonie fixe, c'est au tour de la Dubaï Islamic
Bank de prendre pied à Khartoum.
L'Emirates and Sudan Bank (ESB), créée en début d'année,
va lancer une offre publique d'achat de 25% de son capital, soit un montant
de 28,5 millions $. Cette opération s'effectuera via la société
El Rawad Financial Services au Soudan et la Dubaï Islamic Bank (DIB)
aux Emirats arabes unis. La DIB est le principal actionnaire de l'ESB aux
côtés de la Sharjah Islamic Bank, de l'Abu Dhabi Islamic Bank
et de l'Islamic Development Bank. Le président du comité
fondateur de l'ESB n'est autre que le ministre des finances et de l'industrie
des Emirats arabes unis, Mohamed Khalfan bin Karbash.
L'ESB envisage d'étendre ses activités sur l'ensemble du pays
et d'implanter également des agences au Sud Soudan, région pourtant
à dominante chrétienne et animiste. Selon des informations
émanant d'une source sud soudanaise, les promoteurs de l'ESB ont déjà
pris des contacts avec les dirigeants du Sud Soudan en vue de proposer un
prêt important à des conditions avantageuses au futur gouvernement.
Ces contacts auraient eut lieu avec le commissaire au commerce et à
l'approvisionnement du Sud Soudan, Taban Deng Gai, un Nuer qui a été
membre du groupe sudiste de Riak Machar, lequel est un ancien ministre du
gouvernement de Khartoum. L'idée de l'ESB serait de conditionner
un éventuel prêt au gouvernement du Sud Soudan à l'implantation
dans cette région de firmes des Emirats arabes unis, à commencer
par la compagnie de télécommunications Etisalat. En effet,
cette dernière dans le cadre du consortium Kanartel, a déjà
obtenu du gouvernement de Khartoum une licence de second opérateur
de téléphone fixe au Soudan (LOI n° 109).
Une structure originale
La chambre des Nationalités
A la conférence des leaders traditionnels tenue à
Kapoeta en juin 2004, les participants, dont le MLPS, tombèrent d’accord
sur le principe d’un forum des leaders traditionnels, la Chambre des Nationalités
(ethnies), au Sud-Soudan. Une conférence vient d’avoir lieu à
Neuchâtel, en Suisse, pour discuter des fonctions de ce forum. Y participaient
des personnalités et des savants du Ghana, d’Afrique du Sud, du Kenya,
du Nord et du Sud-Soudan, des États-unis, d’Europe, etc. Elle est
basée sur le principe que la diversité culturelle du Sud-Soudan
est une de ses richesses, que les structures traditionnelles sont un élément
important d’ordre social puisque 80% de la population est rurale, que les
leaders traditionnels ont aidé à résoudre nombre de
conflits, que la tolérance des différences culturelles et les
valeurs démocratiques sont cruciales pour permettre aux structures
traditionnelles d’évoluer, que la Chambre des Nationalités
fait partie du système de gouvernance.
Les fonctions de cette Chambre sont multiples : prévenir et résoudre
les conflits, servir de lien entre le gouvernement central et les communautés
rurales, aménager les lois coutumières, en particulier celles
ayant pour base la discrimination sexiste ou des pratiques préjudiciables
telles l’arrachage des incisives supérieures, servir de cour d’Appel
pour les jugements traditionnels, s’efforcer d’harmoniser certaines langues,
servir de Cour consultative pour tout ce qui a une incidence sur les communautés
traditionnelles. Un dialogue entre leaders traditionnels, les femmes et les
jeunes sera institutionnalisé pour modifier les lois coutumières
là où le besoin se fait sentir.
Les membres des Chambres représenteraient les nationalités
(tribus). Une Chambre serait établie au niveau Sud-Soudan, qui comprendrait
de 90 à 100 membres, et d’autres au niveau des 10 États fédérés,
qui elles ne comprendraient que de 10 à 15 membres. Le mode
de nomination des membres est laissé à l’appréciation
des Nationalités. Les décisions, selon la coutume africaine,
seront prises par consensus Les réunions auront lieu successivement
dans des régions différentes. Les membres des chambres ne seront
pas des fonctionnaires. Le financement sera endossé par le Parlement
pour éviter une influence gouvernementale indue.
Les leaders traditionnels ont accueilli avec joie l’idée de lier leurs
efforts à ceux des leaders du Botswana, de l’Afrique du Sud, du Ghana
et de la côte française des Somalis, où de tels systèmes
existent déjà.
Les femmes et les jeunes ont très bien accueilli cette nouvelle institution
qui leur donnera la possibilité de dialoguer avec les leaders traditionnels
pour leur permettre d’évoluer. Le MLPS, de son côté a
accepté l’idée.
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