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La rébellion du Darfour, qui poussa le gouvernement à
engager des milices janjawid arabes pour attaquer les civils africains, tire
ses racines de l’accaparement par Khartoum du pouvoir et des richesses au
détriment des régions marginalisées. Cet accaparement
fut une des causes de la guerre du Sud. Il est à l’origine des troubles
dans l’Est. Une autre source de conflit est l’attachement traditionnel des
tribus africaines, qu’elles soient cultivatrices comme les Four et les Masalit,
ou pasteurs comme les Zaghawa, au parti Umma de Sadek el Mahdi. Avant la
rébellion, le gouvernement avait divisé le Darfour en trois
États, donné argent et armes aux arabes qui sont devenus progouvernementaux,
enlevé leur circonscription à des chefs traditionnels Umma,
confié, pour contrebalancer l’influence Umma, des circonscriptions
aux arabes, à qui il avait aussi donné des terres. Les africains
se sentaient étrangers dans leur propre pays où les tribus
Daju et Four avaient eu des sultans pendant plus de trois siècles.
Quand on interviewe les victimes elles en veulent d’ailleurs plus à
Béchir, le Président de la République, qu’aux arabes.
Un an après le cessez-le-feu de N’djamena, le Darfour reste violent,
dangereux, mortel. Les dernières semaines virent des attaques
continuelles de milices contre les civils, des combats entre milices et rebelles,
des conflits tribaux accrus sur les rares ressources, impliquant de 39 à
90 tribus, le harcèlement par les forces de sécurité,
qui se mêlent de tout, des travailleurs humanitaires, des attaques
accrues contre eux et leurs véhicules et une plus grande violence
dans et autour des camps. La famine, due à l’insécurité
physique des humanitaires, arrive. Le Programme Alimentaire Mondial évalue
à 3,5 millions, les personnes qui ont besoin de nourriture en période
de « soudure » de mai à septembre quand les surplus de
nourriture de la saison précédente sont épuisés
et que la nouvelle moisson n’est pas encore là. Mais un tiers des
terres arables n’ont pas été ensemencées et la situation
peut durer.
Depuis décembre, les négociations qui avaient coïncidé
avec une offensive gouvernementale majeure, n’ont pas repris. Les rebelles
y mettaient des conditions mais l’influence de San Egidio semble avoir réussi
à les y faire renoncer. Les pourparlers reprendront le 11 juin à
Abuja. C’est bien long.
Quelques-unes des exactions
« A bas le gouvernement » crient les déplacés
à Kalma.
Au milieu des flaques de boues les gens errent affamés et redoutent
la police, les janjawid, leurs arrestations, leurs tortures, leurs meurtres,
leurs viols. Certains d’entre eux se sont fait assassiner par les janjawid
quand ils ont tenté de retourner chez eux semer.
L’arrestation du Chef de MSF Hollande au Soudan, le britannique Paul Foreman
et de son adjoint Néerlandais Vincent Hoedt à partir du 30
mai, fut une réaction au rapport sur les viols au Darfour publié
en mars par MSF Hollande. Cette organisation a amassé en quatre mois
et demi les preuves médicales de 500 viols, plus de 80% des violées
accusent des soldats ou des miliciens progouvernementaux, les janjawid. Le
Soudan a demandé à MSF de lui donner les justifications sur
lesquelles le rapport était basé, ce que MSF a refusé
de faire, craignant probablement de nouvelles exactions contre les femmes
violées. Le Soudan a donc décidé que le rapport était
faux, a accusé ces hommes de fausse nouvelle et les aurait accusé
de haine de l’État, crime qui peut être puni de mort.
La Commissaire des Droits de l’Homme des NU, s’est étonnée
qu’au lieu de punir les coupables, le Soudan s’acharnât sur les porteurs
de mauvaises nouvelles. Devant la pression et l’indignation internationales,
le gouvernement aurait abandonné les poursuites et aurait même
envoyé une directive aux divers commandants militaires leur enjoignant
de prendre « des actions sérieuses contre ceux trouvé
impliqués dans de pareils actes ». Le Ministre des Affaires
Étrangères a appelé les organisations internationales
« à éviter de se mêler de ce qui ne les regarde
pas ». A quoi MSF avait déjà répondu que
l’on ne peut rester silencieux « quand rien n’est fait pour protéger
les victimes ».
Quelques 10 000 travailleurs humanitaires sont au Darfour et seront inquiets
de ces développements qui cadrent avec la politique de harcèlement
à leur égard par Khartoum qui avait été obligé
de les laisser venir empêcher une partie du nettoyage ethnique. Aucune
nouvelle du journaliste américain arrêté au Darfour pour
s’y être rendu sans permis.
Peu de pressions internationales ont lieu pour la mise en liberté
de 23 personnes déplacées du camp de Kalma, qui abrite 110
000 personnes déplacées, arrêtées en connexion
semble-t-il avec le désir du gouvernement de vider le camp de Kalma.
L’une a été torturée. On ignore totalement ce qu’est
devenue une autre d’entre elles, un jeune de 16 ans Le 20 mai des heurts
entre la police et des déplacés avaient fait un mort dans la
police et 33 chez les déplacés. Ibrahim Suleiman Adam avait
été arrêté par l’armée, mis dans un trou
et torturé du 19 au 27 janvier. Après avoir été
relâché, il fut traité au Centre Amal pour la Réhabilitation
des Victimes de la Torture, et plainte fut déposée contre les
forces armées auprès de l’Attorney Général. Le
23 mai 5 personnes de sa famille furent arrêtées, mises dans
un trou et torturées. On est sans nouvelles d’elles. Le désir
de vider le camp de Kalma pousse aussi les autorités à empêcher
les humanitaires d’apporter de l’aide.
Quand Kofi Annan s’est rendu à Kalma désireux d’interviewer
les déplacés, ils ont répondu qu’il voulaient qu’on
leur garantisse qu’ils ne seraient pas arrêtés pour autant.
Le ministre des Affaires humanitaires les a aussitôt rassurées
sur leur sécurité. Mais Annan est entré dans une
hutte avec son interprète pour entendre des affaires de viols. L’interprète
a été harcelé par la police. On ignore le sort des femmes
de la hutte.
A Kalma, Kofi Annan a appris que, en 2 mois, 56 personnes furent tuées
et 172 blessées dans le camp par des policiers ou des janjawid ;
580 femmes furent violées au cours des récents mois. Annan
fut accueilli aux cris de « A bas le gouvernement ». Il visita
aussi la ville de Labado, brûlée lors d’un bombardement gouvernemental.
Il déclara que sa visite au Darfour lui avait « tordu le cœur
».
Forces AMIS de l’Union Africaine : De l’argent! De
l’argent!
La situation entre armée et rebelles s’améliore lentement selon
Pronk, le très progouvernemental représentant de l’ONU au Soudan.
Selon l’Union Africaine, la situation des civils, toujours attaqués
par des bombardements de l’aviation soudanaise et par les janjawid malgré
les promesses de Khartoum, ne s’améliore pas du tout.
Après que le Soudan ait refusé la participation de forces canadiennes,
françaises et allemandes, l’UA a demandé à l’Otan de
l’aider dans sa logistique, mais sans envoi de troupes ; l’OTAN parla de
transport aérien de troupes mais voulait mieux connaître les
besoins et a fait remarquer que quelque personnel pourrait être
nécessaire. Ce serait les premiers pas de l’Organisation sur le sol
africain. Cette offre suscita une réticence de la France, pour
laquelle l’OTAN veut dire les États-unis. Mais l’OTAN ayant affirmé
que les choses se passeraient en « partenariat stratégique »
avec l’Union Européenne, tout s’est calmé. Une réunion
eut lieu à Addis-Abeba, groupant les Nations Unies, l’Union
Africaine, l’Union Européenne, l’OTAN et divers pays dont voici les
résultats.
Le 20 mai, forces de l’Union s’élevaient à 2635 hommes
dont des forces de police.
Une seconde phase prévoit fin septembre 7731 hommes dont des forces
de police.
Cela coûtera 465 millions de dollars en un an. Divers États
et organisations se sont engagés à un total de 292 millions
de dollars dont le Canada 300 000 millions, l’Union Européenne, 77,4
millions, la France, 2 millions 580 000, le Royaume Uni 13 millions, les
États-unis 50 millions, l’Organisation de la Conférence islamique
250 000 et la Ligue Arabe, les hyper radins qui se vantent de tout faire
pour le Darfour, 100 000. La troisième phase devrait amener
123 000 hommes. Mais où est l’argent ? (PANA 31 05). Nous manquons
d’indications sur la participation de l’OTAN qui devait être discutée.
La présence de police laisse à penser que le mandat de l’Union
a été élargi à la protection des citoyens sans
le dire, et surtout sans en faire de rapports à l’opinion publique.
Les lenteurs des pourparlers de paix
Le mini sommet à Tripoli, organisé sans les rebelles, gardés
toutefois à proximité pour consultation, a poussé
Khartoum à reprendre les négociations, en échange d’un
soutien contre la décision du Conseil de Sécurité
qui veut envoyer des Soudanais devant la Cour Pénale Internationale.
Selon le sommet, malgré l’opposition violente des rebelles, les criminels
devront être jugés en Afrique. Moubarak a même proposé
d’envoyer des experts judiciaires. Qaddafi, mauvais médiateur, a décrit
les mobiles des rebelles, « non objectifs et déshonorants
». Les médiateurs aux négociations seront trois Africains,
les présidents tchadien et Nigérian et le chef de la Commission
de l’Union Africaine. Le Tchad accuse toujours Khartoum de maintenir une
force de 3000 hommes sur la frontière pour le déstabiliser.
Khartoum continue à faire des soi-disant réconciliations intertribales,
parfois en des lieux où la guerre n’a pas sévi. Il a envoyé
le chef janjawid Musa Hillal faire le tour du Darfour en promouvant paix
et réconciliation. Ce dernier a conseillé les mariages intertribaux.
Le Soudan cherche-t-il à sauver Musa de la Cour Pénale Internationale
où chacun l’imagine l’un des 51 à y être jugé
? Garang propose toujours de faire partie des pourparlers. On lui a répondu,
plus ou moins officiellement qu’il le pourrait quand il serait premier vice-président,
c'est-à-dire après le 9 juillet.
Suggestions d’International Crisis group
Élargir le mandat de l’Union Africaine à la protection des
civils et éventuellement au désarmement des janjawid et autres
bandits. Neutraliser les milices : le Conseil de Sécurité pourrait
demander au Soudan de lui soumettre un plan à ce sujet et, en cas
d’échec, ordonner des sanctions contre les politiques et fonctionnaires
responsables. Faire observer l’interdiction par le Conseil de Sécurité
de vols militaires offensifs, par exemple en établissant une couverture
radar AWACS sur le Darfour. Faire observer l’embargo sur les armes à
destination du Darfour
Établir rapidement le panel d’experts prévu par la résolution
1591 pour les sanctions financières et interdictions de voyage. Envisager
d’autres sanctions. Soutenir les investigations de la CPI, y compris en établissant
des sanctions contre les officiels soudanais qui ne coopèreraient
pas.
Établir, comme dans les négociations du Sud, un cadre multilatéral,
qui pourrait mettre la pression sur les négociateurs et leur suggérer
des idées : parmi les États pouvant faire partie de ce cadre,
les États-unis, la Norvège, la France, mais aussi le Royaume-Uni,
la Chine, le Canada, les Pays-Bas, l’Égypte, la Libye et l’Inde. Nommer
comme médiateur une personnalité internationale. Réunir,
lors d’une séance d’inauguration, avec les acteurs principaux, les
Secrétaires Généraux des Nations Unies et de l’Union
Africaine. Aider les rebelles à résoudre leurs querelles internes
en tenant avec eux des conférences de direction.
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