Numéro 130 - mai - juin 2005

 
 

 Les États-unis s’allient au Soudan malgré le  génocide au Darfour

Democracy Now. Silverstein, sénateur Payne,Booker,
(Traduit et résumé par VS)

Dans sa proposition de résolution sur le Soudan du 9 mai 2005, le Parlement Européen « demande instamment aux États-unis, à la suite de ses réunions sur le terrorisme global avec le responsable du gouvernement du Soudan pour la sécurité et les services de renseignements qui est soupçonné de figurer sur la liste des 51 noms de suspects de crimes de guerre,  de ne pas réduire ses engagements en vue de résoudre le conflit et de mettre un terme à l’impunité au Darfour ».
Comme nous l’avons souvent rapporté, l’administration Clinton avait déjà crée des liens avec les services de renseignement soudanais, bien que le Soudan fût sous sanctions des Nations Unies pour la tentative d’assassinat de Moubarak et sur la liste américaine des États qui soutenaient le terrorisme. A partir du 11 septembre la CIA se souvint qu’Usama ben Laden avait habité au Soudan, que le Soudan devait savoir des choses sur les terroristes ; le Soudan, de son côté, craignait être le prochain sur la liste d’attaques américaines après l’Afghanistan et fut prêt à aider la CIA, lui donnant énormément d’informations y compris financières.

La lutte contre le terrorisme sur le territoire américain est la première priorité des Américains. Les droits de l’homme des Soudanais se trouvent en fin de liste. La CIA avait supprimé il y a 10 ou 12 ans presque tous ses postes d’Afrique. Maintenant elle dépend pour ses informations du gouvernement soudanais. Récemment les liens semblent s’être renforcés. Dans un geste très symbolique, un avion de la CIA s’est rendu à Khartoum pour amener à Washington le chef des renseignements soudanais Salah Abdallah Gosh pour une rencontre de trois jours. Salah Abdallah est soupçonné d’être sur la liste des 51 suspects de la Cour Pénale Internationale. Khartoum s’est beaucoup vanté de cette visite. Les États-unis s’étaient déjà abstenus de voter le maintien des sanctions pour la tentative d’assassinat de Moubarak, permettant ainsi leur levée.

L’administration américaine veut normaliser les liens avec Khartoum. Aussi s’est-elle concentrée sur la paix du Sud et a obtenu un accord de paix, ce qui devait lui permettre d’enlever le Soudan de la liste des États soutenant le terrorisme et accessoirement d’autoriser les pétroliers américains à œuvrer au Soudan. Sur ce, l’affaire du Darfour est arrivée. Poussée par l’opinion publique, l’administration a dû en faire un peu. Elle en fit le moins possible. Elle envoya  le Secrétaire d’État assistant Robert Zoellick rencontrer le vice président Taha le 14 avril, sans qu’on ait connu la teneur de leurs entretiens. Mais interrogé par la presse, Zoellick dit que le nombre de morts au Darfour se situait  entre 60 000 et 160000 personnes, un chiffre extraordinairement bas, destiné sans doute à minimiser la crise.  Cette déclaration suscita un tollé aux États-unis.

 Le Congrès a voté à l’unanimité : «  les évènements du Darfour relèvent du génocide ». Colin Powell l’a dit plusieurs mois plus tard. Le Congrès s’intéresse toujours à cette région. Par exemple il a préparé une liste d’officiels de haut rang soudanais dont il dit qu’ils sont impliqués dans les crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et a demandé sa propre liste à l’administration – qui ne l’a pas donnée. Le Congrès a aussi demandé, conformément à la résolution du Conseil de Sécurité, des sanctions d’interdiction de voyage et de gel de comptes contre les personnes responsables de ces crimes. L’administration n’a rien fait. Il a demandé à l’administration de prendre des mesures pour un embargo sur les armes contre le Soudan. Toujours rien.
Pour que les Nations Unies élargissent d’autorité, selon l’article 7, le mandat de l’Union Africaine, l’autorisant à protéger les civils et à s’interposer entre les combattants, il faudrait que les États-unis pressent la Russie et surtout la Chine. L’administration s’en est bien gardée. Elle s’est même lavée les mains du mandat réduit actuel, en disant les problèmes africains aux Africains, sachant que l’Union Africaine, qu’elle se garde d’aider malgré le vœu du Congrès,  n’a ni la logistique ni le financement pour une telle action. Maintenant le Congrès demande un Darfour Accountability Act sur lequel Bush n’a toujours pas pris position. Condolezza Rice  a même refusé l’invitation de la Commission des Affaires Étrangères du Congrès, pour parler du Soudan devant elle.
 
Un leader du Sénat a demandé un visa pour aller au Soudan qui lui a été refusé.  Comment peut-on avoir des liens avec un pays qui dit que votre leader du Sénat n’est pas le bienvenu ?

(Depuis les États-unis ont prévenu le Soudan que les fonds promis ne seraient pas donnés avant la paix au Darfour, ils ont aussi promis 50 millions de dollars d’aide à l’Union Africaine pour son action militaire au Soudan. Bien peu. De nombreuses associations américaines ont écrit à la Maison-Blanche en demandant une action plus énergique au Darfour, tandis qu’un sondage montrait que 86% des Américains pensaient que leur administration ne devait pas rester passive devant un génocide et que les pressions internationales s’intensifient. VS).

 

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