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Numéro 128 - janvier - décembre
2005
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OPPOSITION
| Le 16 janvier le gouvernement soudanais a signé un accord politique
avec l’Alliance Nationale Démocratique (AND). On se souvient que
l’AND est un groupe de partis comportant principalement le parti Unioniste
Démocratique (PUD) et le MLPS (qui a négocié la paix
du Sud en concertation avec l’AND), mais aussi les partis communiste et
Baath, le Congrès Béja (de l’Est Soudan, qui n’a pas signé
l’accord, Khartoum ne lui concédant pas ses demandes sur le partage
du pouvoir et des richesses), une alliance de partis sudistes
n’appartenant pas au MLPS, et le Mouvement de Libération du Soudan
(Darfour) ce qui ne règle pas les problèmes du Darfour. L’AND
fut fondée en 1989 par Osman al Mirghani, chef du DUP, à
la suite du coup d’État par lequel Béchir renversa le gouvernement
de al Mahdi démocratiquement élu. Au début la Umma,
parti de al Mahdi, adhéra à l’AND dont il se sépara
plus tard.
Par cet accord l’AND soutient bien entendu l’accord de paix du Sud, la rédaction d’une nouvelle constitution, et appelle à la formation d’une armée politiquement neutre. Les deux côtés ont l’intention de réintégrer les 3000 combattants, qui oeuvrent sur la frontière érythréenne, dans l’armée soudanaise. Pas ceux du Congrès Béja. L’accord a organisé la participation de l’AND aux affaires publiques pendant la période intérimaire, elle sera représentée à la rédaction de la nouvelle constitution intérimaire. L’accord de paix avec le Sud donne, on le rappelle, 52% des sièges au parti gouvernemental, 28 au MLPS, 14 aux autres partis du Nord et 6 aux autres partis du Sud. Il semble donc avoir donné certains des 14 sièges à l’AND, on ignore leur nombre. L’accord a aussi garanti à l’AND la liberté de conduire ses activités politiques à l’intérieur du pays. Le DUP a déjà ouvert un bureau à Khartoum. Osman al Mirghani y retournera-t-il ? L’accord parle aussi de la suppression de l’État d’urgence, renouvelé pour la 6ème fois par Béchir à la fin de l’année dernière, et qui est déjà illégal à cause de l’accord de paix avec le Sud. Aucune date n’a été donnée pour aucun de ces points. Le problème principal du partage du pouvoir et des richesses avec les régions n’est pas mentionné. Les deux parties ne font que « s’engager » à résoudre le problème du Darfour. Le négociateur gouvernemental Nafi’e Ali Nafi’e, un faucon ancien directeur de la sécurité, ne semble pas avoir donné grand-chose. Les autres négociateurs gouvernementaux, Ali Osman à Naivasha pour le Sud et Majzoub al Khalifa pour le Darfour, sont aussi issus du noyau dur du régime. Le 29 décembre, al Mirghani avait prononcé un important discours à Londres. Il raconta sa longue expérience du processus de paix après avoir signé un accord avec Garang en novembre 1988 et son emprisonnement après le coup d’État. C’est à son instigation que Garang a fait enlever du protocole sur le partage du pouvoir, les échappatoires qui permettaient de repousser indéfiniment les élections, et donc l’établissement de la démocratie. Last but not least, al Mirghani a fortement insisté : les accords de paix du Sud Soudan n’empêcheront pas les officiels de Khartoum d’être jugés pour crimes contre l’humanité. «On ne peut juger tout le régime, mais des individus spécifiques. Les accords ne transcendent pas les crimes». Al Mirghani a aussi parlé de la décision qu’avait
prise le parti Umma de se séparer de l’AND après que Moubarak
al Fadl ait signé un mémorandum d’entente avec Khartoum.
Al Mirghani a dit récemment à al Mahdi qu’il avait
eu tort de quitter l’AND : « Moubarak [ton neveu] t’a fait
sortir de l’Alliance, il a fondé un parti séparé du
tien et [pour toute récompense] fut expulsé du gouvernement
».
L’autre parti de l’opposition du Nord, le Congrès National Populaire
de al Tourabi est interdit depuis que le gouvernement l’a accusé
de tentative de coup d’État. Son chef Tourabi devrait être
libéré si l’État d’urgence était levé.
Mais de cela personne ne parle.
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