Résumé et conclusions, traduits par Vigilance Soudan
Les textes en italique sont tirés du rapport lui-même
Violations des Droits de l’Homme et du Droit Humanitaire internationaux
La commission prit pour point de départ deux faits irréfutables.
Selon les Nations Unies il y a 1,65 million de personnes déplacées
; une destruction de villages à grande échelle a pris place
dans les 3 États du Darfour. La Commission a mené des enquêtes
indépendantes pour établir les autres faits. C’est sur elles
que ses conclusions sont basées….La Commission a reçu
la coopération des autorités gouvernementales. Quand
les autorités locales refusaient leur aide (par exemple pour rencontrer
les détenus), il a suffi de s’adresser plus haut. A cela,
quelques exceptions : la Commission, bien qu’elle ait promis de garder
le secret, n’a jamais pu avoir les minutes des réunions des
Comité de Sécurité tant au niveau des États
fédérés qu’au niveau local. La demande de la commission
concernant le déploiement des avions militaires et des hélicoptères,
bien qu’assortie de la même promesse, n’a reçu qu’une réponse
partielle. Enfin les enquêtes dans les camps de déplacés
ont été parfois empêchées par les autorités
locales, soit qu’elles promettent de l’argent aux déplacés,
soit simplement qu’elles les menacent pour qu’ils ne parlent pas, soit
qu’elles installent de faux déplacés dans le camp. Pas de
problème de coopération au MLS ou au MJE, les seuls rebelles
que la Commission ait rencontrés.
La Commission a établi que le gouvernement du Soudan et les janjawid
sont responsables de sérieuses violations des droits de l’homme
et du droit humanitaire équivalents à des crimes en droit
international. La Commission a trouvé que les forces gouvernementales
et les milices ont mené des attaques incluant le meurtre de civils,
les tortures, les disparitions forcées, la destruction de villages,
le viol et autres formes de violences sexuelles, le pillage, dans tout
le Darfour. Ces actes répandus et systématiques peuvent donc
équivaloir à des crimes contre l’humanité…. De plus,
beaucoup de gens ont été arrêtés et détenus
par des organismes gouvernementaux pendant des périodes prolongées,
pour nombre d’entre eux au secret, et torturés. La vaste majorité
des victimes appartiennent aux tribus Fur, Zaghawa, Massalit…et autres
tribus appelées « africaines ».
Lors de leurs discussions avec la Commission, les officiels gouvernementaux
dirent que ces attaques avaient un but anti-insurrectionnel. Or il est
clair d’après les résultats des recherches de la Commission
que la plupart des attaques étaient dirigées délibérément
contre les civils. De plus même si des rebelles ou des personnes
les soutenant étaient présents dans quelques-uns des villages
– ce que la commission considère comme possible dans très
peu de cas – les attaquants n’ont pas pris les mesures permettant aux civils
de s’éloigner et l’utilisation de la force militaire fut manifestement
disproportionnée.
La Commission est particulièrement alarmée que les attaques
de villages, le pillage, le viol et le déplacement forcé
aient continué pendant son mandat. Une action urgente doit être
prise pour mettre un terme à ces violations.
La Commission n’a pas trouvé d’usage répandu et systématique
de violations chez les rebelles. Mais ils sont responsables de violations
qui peuvent équivaloir à des crimes de guerre. [Nous insistons
sur les violations des rebelles, nous étant longuement étendus
sur les violations gouvernementales dans les précédents numéros].
Parmi elles deux attaques du MJE qui ont résulté respectivement
dans la mort de 44 soldats et 17 civils, 28 soldats et 4 civils, et des
pillages de convois commerciaux ou humanitaires (non vérifiés
par la commission*). Durant une attaque, les rebelles mirent le feu au
bureau local des services de sécurité, tirèrent sur
le bureau des télécommunications, attaquèrent la police
[ce qui est jugé dans le cas d’espèce légitime par
la Commission], puis à l’administration locale et aux Zakat ils
volèrent trois coffres-forts, un véhicule et détruisirent
des documents, avant de voler le véhicule du directeur de
la Sécurité qui s’était enfui et de mettre le feu
à sa maison. Ayant dit aux villageois qu’ils n’attaquaient que leurs
cibles, tous assistèrent tranquillement aux opérations.
Ailleurs ils attaquèrent une prison, tuant un garde, battant l’autre
et libérant les prisonniers. [Bien que ces derniers faits fassent
plutôt penser à Robin des Bois, la Commission dit qu’il s’agit
de crimes de guerre,- les rebelles ont tué des gens ne participant
pas aux opérations militaires-, et de crimes de pillage, «
quoiqu’à faible échelle »]. Des membres de la tribu
Rizeigat furent attaqués par des MLS et des MJE qui tuèrent
48 personnes.
Pour ce qui est des transferts forcés des populations civiles,
des innombrables viols, y compris durant la fuite et dans les camps de
réfugiés, des bombardements de civils, rien n’est à
reprocher aux rebelles. [Leurs exactions sont sans commune mesure avec
les exactions gouvernementales].
* [Les chefs MLS auraient reconnu le meurtre des agents de Save the
Children Fund, le coupable aurait été lourdement puni (VS)].
Y a-t-il eu actes de génocide ?
Pas en tous cas de la part du gouvernement qui avait plutôt l’intention
de chasser les gens de leurs villages dans un but anti-insurrectionnel
[ce qui a permis, est-il écrit ailleurs, aux tribus arabes de
commencer à s’établir dans des zones précédemment
occupées par des déplacés, empêchant leur retour].
Il y a des camps de personnes déplacées, donc on ne veut
pas les tuer. Mais des individus, y compris des officiels gouvernementaux,
ont pu commettre des actes dans une intention génocidaire.
La conclusion selon laquelle un génocide n’a pas été
commis, n’enlève rien à la gravité des crimes perpétrés
dans la région. Les crimes contre l’humanité et les crimes
de guerre commis au Darfour peuvent ne pas être moins graves et haineux
qu’un génocide.
Identification des auteurs des crimes
La Commission a fait une évaluation des suspects probables
plus qu’elle n’a jugé une faute criminelle. Ces suspects probables
sont des officiels du gouvernement, des membres des milices, des membres
des groupes rebelles et certains officiers étrangers agissant à
titre personnel [Rien ne sera dit sur leur nationalité]. Certains
officiels gouvernementaux et membres des milices ont aussi été
désignés comme responsables possibles d’entreprises criminelles
jointes afin de commettre des crimes internationaux. D’autres ont été
identifiés pour avoir peut-être pris part au planning et/ou
avoir donné des ordres, ou avoir été complices de
ces crimes. La Commission a aussi identifié un certain nombre
d’officiels gouvernementaux de haut rang pour ne pas avoir, en toute connaissance
de cause, empêché de commettre des crimes.
La Commission a décidé de ne pas publier ces noms, pour
respecter les droits des suspects, parce qu’elle n’a pas été
investie de la poursuite et pour assurer la protection des témoins.
La Commission donnera les noms dans un dossier scellé à la
garde du Secrétaire Général [51 personnes]. Elle préconise
que ce dossier soit remis à un procureur compétent, le procureur
du tribunal Pénal International (TPI), selon ses recommandations,
qui utilisera les matériaux comme il ou elle le jugera bon. Un dossier
scellé, distinct et très volumineux, contenant toutes les
preuves collectées par la Commission, sera remis à un procureur
compétent. [Il s’agit de 40 personnes pour lesquelles moins de preuves
existent].
Responsabilités
La Commission recommande fortement que le Conseil de Sécurité
réfère immédiatement la situation au Darfour au TPI…
Comme le Conseil l’a répété, la situation est une
menace à la paix et à la sécurité internationales.
De plus, les exactions continuent. La poursuite, par le TPI, de suspects
des crimes les plus sérieux contribuerait à restaurer
la paix.
Les crimes allégués sont inscrits dans le Statut de Rome….
Les crimes de guerre ont pu être commis comme part d’un plan ou d’une
politique. Tout montre aussi que les actes criminels furent commis dans
le cas d’attaques larges et systématiques, contre la population
civile, en toute connaissance de cause. De l’avis de la Commission, cela
peut équivaloir à des crimes contre l’humanité.
La justice soudanaise est incapable de s’occuper de la situation
au Darfour. Elle n’en a pas la volonté. Le système a été
affaibli au cours de la dernière décade. Des lois restrictives
ont restreint l’efficacité de la justice et beaucoup de lois au
Soudan contredisent les standards de base des droits de l’homme. Les lois
criminelles soudanaises ne proscrivent ni les crimes de guerre, ni les
crimes contre l’humanité. Et certaines dispositions du code de procédure
pénale empêchent la poursuite de ces crimes. De plus beaucoup
de victimes ont dit à la Commission avoir une confiance limitée
dans l’impartialité de la justice soudanaise. Beaucoup craindraient
même des représailles s’ils s’adressaient à elle.
Les mesures prises par le gouvernement n’ont été ni adéquates
ni efficaces, ce qui a contribué à établir un climat
d’impunité. Très peu de victimes ont porté plainte
à cause du manque de confiance dans le système judiciaire.
Dans les cas peu nombreux où une plainte a été déposée,
la plupart du temps il n’y eut aucune poursuite. Le gouvernement a informé
la Commission des cas très peu nombreux d’individus qui ont été
poursuivis, ou ont fait l’objet d’une mesure disciplinaire.
La Commission considère que le Conseil de Sécurité
doit non seulement agir contre les auteurs des méfaits mais aussi
pour le compte des victimes. Il recommande la création d’une Commission
de Compensation destinée à donner réparation aux victimes,
que les auteurs des crimes aient été ou non identifiés.
Dans ce dernier cas l’État soudanais devra payer.
La Commission recommande au gouvernement soudanais (i) la fin de l’impunité
pour les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ; (ii)
le renforcement de l’indépendance et de l’impartialité de
la justice ainsi que le pouvoir donné aux Cours de s’occuper des
violations des droits de l’homme ; (iii) le plein accès du CICR
et de la Commission Droit de l’homme des NU aux détenus en connexion
avec la situation au Darfour; (iv) la protection de toutes les victimes
et des témoins de violations des droits de l’homme ; (v) la formation
de juges, procureurs et avocats ; (vi) le respect des droits des personnes
déplacées et pleine mise en œuvre des principes guidant le
déplacement en particulier en ce qui concerne le retour des personnes
; (vii) une pleine coopération avec les organismes des droits de
l’homme des NU et de l’UA ; (viii) la création par un processus
consultatif large d’une commission Justice et Réconciliation
quand la paix sera établie au Darfour.
La Commission recommande aussi des mesures à être prises
par d’autres afin de briser le cycle de l’impunité : l’exercice
de la juridiction universelle par d’autres États, le rétablissement
par la Commission des Droits de l’homme des NU d’un rapporteur spécial
au Soudan, et des rapports publics et réguliers sur la situation
des Droits de l’homme au Darfour par le Commissaire au Droits de l’homme.
*
* *
*
Cinq travailleurs humanitaires- trois Soudanais, un Kenyan, un Anglais,
ont été arrêtés, dit l’accusation, pour avoir
en leur possession un ordinateur, une caméra digitale et 5 cd-rom
et avoir enregistré des témoignages de viols et photographié
des tombes collectives, destinés à la Commission des NU sur
le génocide au Darfour. Une enquête est ouverte pour crimes
contre l’État et complot.
Le comité soudanais d’enquête sur le Darfour, non dépourvu
d’un courage aussi certain que limité, a déclaré qu’il
y avait eu « des violations sérieuses des droits de l’homme
où toutes les parties au combat avaient eu part à des degrés
variés [faute d’indiquer les plus coupables]. Des viols ont eu lieu
sans qu’il ait été prouvé à la commission qu’il
en était fait un usage systématique….Il n’y a ni génocide,
ni crimes contre l’humanité ».
Le Soudan a annoncé qu’il ne remettrait jamais ses concitoyens
à une justice internationale. Basé sur le rapport de son
comité « qui recoupe, affirme-t-il le rapport de la Commission
», Il propose de juger les coupables. On a lu ce que la Commission
en pense. Le porte-parole des NU a déclaré qu’il n’appartenait
pas au Soudan d’en décider.
A Farchana, Tchad, 6 nouveaux cas de lèpre ont été
diagnostiqués ces derniers mois.
Depuis des siècles les habitants du Darfour ont pu posséder
et distribuer leur terre selon des lois tribales. Mais une loi fédérale
autorise le gouvernement à prendre les terres abandonnées
depuis un an. Les observateurs des NU et les représentants des Droits
de l’homme soupçonnent de façon croissante le gouvernement
de profiter de la possibilité que va leur donner le déplacement
de près de 2 millions d’africains pour installer les tribus arabes.
Les organisations internationales tentent de faire suspendre cette loi
au Darfour.
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