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Numéro 128 - janvier - décembre
2005
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SUD SOUDAN
| Garang, le chef du Mouvement/Armée du Peuple Soudanais (M/ALPS),
organisera le gouvernement du Sud Soudan avant de se rendre à
Khartoum prendre son poste de premier vice-président le 20 février.
Taha, l’ancien premier vice-président sera simple vice-président,
sans que ce changement de titre n’enlève rien, selon toutes vraisemblance,
à ses pouvoirs.
Garang a indiqué ses priorités, la réconciliation Sud-Sud par le dialogue, [déjà bien commencée par les Églises, ce qui semble exclure l’intervention de la justice pour les crimes contre l’humanité], la réconciliation Nord-Sud. Il insiste beaucoup sur le développement rural. Comme l’armée soudanaise occupe encore Juba, la capitale traditionnelle du Sud, ainsi que ses autres capitales régionales, Malakal et Wau, Garang a établi une capitale provisoire à Rumbek, une ville plate en zone Dinka-, les Dinka dominent le MLPS. Rumbek fut fondée en 1857 par Alphonse de Malzac, un Français, cartographe, chasseur et trafiquant d’esclaves au 19ème siècle. Rumbek est une ville de garnison de près de 30 000 habitants, le centre de la première école secondaire du Sud dont viennent nombre de dirigeants de l’ALPS qui la prit en 1997, alors qu’il n’en restait qu’un tas de ruines. Les soldats gouvernementaux avaient arraché les toits de tôle ondulée des bâtiments, y compris ceux de l’école secondaire et de l’hôpital. Puis des bombardiers avaient achevé le travail. Depuis peu, Rumbek abrite beaucoup d’organisations des Nations Unies qui projettent d’y transférer leurs opérations humanitaires soudanaises et de fermer leurs bureaux au Kenya. La ville n’a encore ni eau courante, ni électricité, ni rues asphaltées, ni bureaux pour l’administration, ni autre chose à offrir que des huttes aux administrateurs. Le curieux est que, malgré le traité de paix et l’autonomie du Sud sous la présidence de Garang, Juba abrite encore des ministères qui dépendent de l’administration de Khartoum alors que commence à s’installer l’administration locale MLPS. Parmi les 4 millions de personnes déplacées, ils seraient 400 000 à être retournés au Sud. Absentes parfois depuis plus de 20 ans, les familles détachent dans leurs villages des éclaireurs pour voir ce qui reste des terres et des habitations, avant d’y envoyer les anciens, chargés de réserver les emplacements. Le PAM prépare un demi million de kits, vivres et outils, pour les candidats au retour. La plupart des routes du Sud Soudan ne sont pas pavées, utilisables
en seule saison sèche et ont un besoin urgent de réparations.
Le PAM doit utiliser des vols coûteux pour fournir de la nourriture
; par camion, le transport d’Ouganda à Rumbek prend un mois, les
camions étant souvent noyés dans la boue. Aussi a-t-il décidé
de se lancer dans la réparation de routes. Elle a commencé
par les endroits les pires. Le travail comprend l’enlèvement des
mines, l’élargissement de 6 à 12 yards, le dessin de certaines
parties et la construction de ponts. Le PAM a pu travailler au début
grâce à des fonds d’urgence, mais va demander 90 millions
de dollars à cet effet. Le travail principal doit être fait
pas le gouvernement qui se propose de construire des routes avec le Kenya
et entre les trois capitales régionales, donc pas Rumbek. Et rappelons
que le plus grand projet est une voie ferrée à être
construite par les Allemands.
L’éducation est un autre besoin dramatique du Sud Soudan. L’enrôlement
à l’école primaire atteint seulement 20%, le second plus
bas au monde. Il est pire pour les femmes dont une sur cent achève
l’enseignement primaire. L’enseignement se faisant en principe en anglais
et en arabe, Khartoum a commencé à traduire ses livres scolaires
en anglais. [Les petits Sudistes apprendront-ils à écrire
« je suis arabe et musulman » et à ne pas compter qu’un
et un font deux puisque deux femmes ne font qu’un témoin ?]
Des problèmes à terme semblent s’élever avec Khartoum
qui devait, selon l’accord de paix, proposer à ses milices sudistes,
dont il dit qu’elles comptent 40 000 hommes et 369 commandants, le
choix entre l’armée gouvernementale et l’ALPS. Mais dès avant
la signature, le régime a le même jour, offert le choix et
engagé prestement dans l’armée des officiers et soldats de
la South Sudan Defence Force. Or le chef de cette milice s’est allié
à Lagu, 73 ans, un Madi, chef militaire durant la première
paix du Sud, pour s’engager à combattre Garang s’il ne prenait pas
dans son gouvernement des membres d’autres forces politiques sudistes–
le nombre étant de façon appropriée fort vague. On
s’interroge sur les arrière-pensées du gouvernement. Un autre
problème se posera bientôt, celui du partage des eaux du Nil
qui a été laissé volontairement de côté
pendant les négociations car trop sensible, pour lequel maintenant
il n’y a pas de régime légal.
Les ministères des Affaires étrangères britannique
et néerlandais ont ouvert un bureau de liaison commun à Rumbek.
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