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Numéro 127 - novembre - décembre
2004
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Janjawid, arrestations arbitraires, viols,
déplacements forcés de déplacés...
| Nous pensions être arrivés au bout de l’horreur.
Selon le témoin Jemera Rone de Human Rights Watch, s’il y a moins d’attaques janjawid, c’est qu’il n’y a plus rien à brûler. Ces attaques semblaient se cantonner aux déplacés qui reviennent. Mais les agressions ont repris. Ainsi le 1er décembre les janjawid ont frappé à nouveau la ville d’Adwah, déjà gonflée de dizaines de milliers de déplacés et les villages environnants, forçant 7000 personnes à fuir en zone rebelle. Les témoignages viennent des NU. Selon Amnesty International, l’attaque a été accompagnée de bombardements d’un Antonov et de deux hélicoptères. Quant aux forces de l’Union africaine elles ont été attaquées et un de leurs membres, blessé, alors qu’elles se rendaient sur place ; elles sont reparties après avoir vu une centaine de tués. Curieusement, le gouvernement qui habituellement nie tout lien avec les janjawid, a déclaré que ses forces de police étaient entrées à Adwah, ville en zone rebelle, parce que la ville était utilisée comme base pour piller des véhicules commerciaux et humanitaires. Quid de l’accord de cessez-le-feu ? Dès le 28 novembre, selon Amnesty International, 19 hommes, âgés de 21 à 70 ans, avaient été enlevés dans cette ville, chez eux, dans la rue ou au marché ; ils appartenaient à des ethnies censées aider les rebelles. On craint qu’ils ne soient torturés et tués. Toujours selon Amnesty, autre attaque janjawid le 5 décembre contre un village abritant des déplacés, pillage, maisons brûlées, 17 tués ; 4000 personnes en fuite. Et encore ailleurs, le 5 décembre toujours, une autre attaque janjawid avec le même scénario. Les villageois seraient restés dans le village brûlé. Faut-il s’étonner qu’Amnesty ait de plus en plus de peine à obtenir des visas ? Les arrestations et détentions arbitraires ont augmenté,
elles violent la constitution de 1999 et le code de procédure criminelle,
mais pas la loi sur les forces de Sécurité qui les autorise
à détenir quelqu’un au secret jusqu’à 9 mois, en particulier
quand il s’agit de « circonstances ... de discorde raciale ou religieuse
». Le détenu doit être informé des raisons de
sa détention « si cela ne porte pas préjudice
aux progrès de l’interrogatoire ». Termes vagues qui autorisent
toutes les dérives. Selon Amnesty International, le Conseil (gouvernemental)
pour les Droits de l’homme a écrit aux forces de Sécurité
pour avoir des informations sur des détenus et n’a pas eu de réponse
; un officiel du pouvoir judiciaire a reconnu n’avoir aucune autorité
sur les forces de sécurité.
Selon les récits des victimes, des travailleurs humanitaires,
des moniteurs des Droits de l’homme, des observateurs de l’Union africaine,
les viols à grande échelle continuent près des camps
de réfugiés où les femmes ramassent du bois. Janjawid
ou soldats, ce n’est pas clair. Le cas où la justice fut le plus
efficace, fut quand elle donna à la victime quelques vieux vêtements
et 54 dollars pour qu’elle retire sa plainte. Les observateurs de l’Union
Africaine ne sont pas censés s’en occuper. S’ils rapportent un viol
à l’armée soudanaise, on leur répond toujours que
les musulmans ne violent pas. Ils transmettent les plaintes à la
Commission des Droits de l’homme des NU. Qui n’en peut mais. C’est presque
quotidien, par centaines, disent-ils. A part les viols, les femmes sont
insultées, menacées, volées, battues avec des fouets.
Certaines ont une marque de tir de kalachnikov à la cheville, un
signe certain qu’on a voulu les empêcher de s’enfuir. On pense à
cette petite fille de 13 ans violée par deux hommes, tour à
tour, à cette femme qui allant semer, fut arrêtée par
4 hommes montés à chameau et à cheval qui lui dirent
qu’elle avait l’air Zaghawa ; malgré ses dénégations,
ils la battirent avec les crosses de leurs armes, la firent tomber par
terre et la violèrent tour à tour...et à tant d’autres.
Début octobre, la police arrêta un homme qui était
allé porter plainte à la Commission de l’Union Africaine
contre les attaques de plusieurs femmes près d’un camp de personnes
déplacées. Il ne fut relâché que sur l’intercession
de l’enquêteur des Droits de l’homme des Nations-Unies. Perpétuellement
menacées, les femmes hésitent de plus en plus à rapporter
leurs supplices.
L’armée et la police soudanaise ont pris l’habitude d’encercler des camps de déplacés aux petites heures, les organisations d’aide ayant l’interdiction d’entrer. La police jette des gaz lacrymogènes dans le tentes et cabanes, utilise des matraques, l’armée tire en l’air pour forcer les déplacés à monter dans les camions, où parfois on les jette tout attachés. On leur dit que les NU et les ONG sont d’accord, qu’ils seront mieux traités arrivés dans un endroit, où rien n’est prévu pour les recevoir. Les Etats-Unis, la France s’élevèrent contre ces décisions opposées aux Résolutions du Conseil de Sécurité. Les Etats-Unis demandèrent la réadmission des organismes d’aide et le retour des déplacés. Trop tard, les déplacés qui revinrent le lendemain récupérer leur pauvres biens laissés dans la précipitation et la terreur, trouvèrent à un endroit le terrain nivelé, les générateurs et une pompe à eau offerts par l’UNICEF disparus, volés, dit-on, par la police. Ailleurs, certains de ces déplacés ne voulaient plus quitter l’endroit bien qu’ils n’y reçoivent aucune aide ou s’enfuirent à Nyala. Le gouvernement, dans un premier temps, nia tout en bloc. Malheureusement pour lui, une de ces exactions eut comme témoins des responsables des NU, de l’Union africaine ainsi que la BBC qui montra le film à Londres. Alors le gouvernement affirma que les mesures avaient été prises de crainte que les maladies se répandent dans la ville de Nyala, que l’emplacement des camps est la responsabilité de l’Etat Fédéré, qui de façon fort commode, semble ne rien avoir signé avec les NU. Selon Amnesty, en un endroit trente-quatre déplacés furent emmenés à la police où ils furent sévèrement battus. Vingt et un d’entre eux furent relâchées sous caution à la demande des NU, mais les 13 autres risquent d’être torturées. Une des personnes relâchées a été admise à l’hôpital à cause des blessures reçues sous la torture. A Nyala, s’en occupe le centre Amal pour la réhabilitation des victimes de la torture, dont nous ne saurions trop saluer le courage extraordinaire. Que le gouvernement soudanais agisse ainsi ne nous surprend absolument
pas, mais qu’il le fasse au moment où une commission des Nations-Unies
enquête sur l’existence ou non d’un génocide au Darfour, nous
suffoque. Deux remarques : Khartoum se serait préparé à
cette visite par la destruction de tombes collectives ; certains analystes
pensent que ces exactions sont du sabotage de membres de l’administration,
fidèles dans leur coeur au Parti National du Congrès et à
Tourabi, qui veulent susciter des difficultés au régime.
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