Numéro 127 - novembre - décembre 2004

 
 

Darfour
Les Pourparlers
« Khartoum parle seulement à qui a des armes »
 

Après que seuls les seconds couteaux soient venus, les acteurs principaux craignant pour leur sécurité jusqu’à ce que la France les transporte, après que le MLS ait menacé de s’en aller à cause de bombardements de civils, après des atermoiements sans fin et des pressions sans nombre, deux protocoles ont été signés entre le gouvernement soudanais, le MLS et le Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE).  
Le premier protocole, agréé plus tôt, mais que les rebelles eurent le tort de ne pas vouloir signer avant les accords sur la sécurité, concerne la situation humanitaire. Les parties s’engagent à donner mouvement et accès libres aux personnes nécessiteuses, et à prendre toutes mesures pour protéger les citoyens de toute violence par tout groupe, y compris les janjawid.
Le second protocole concerne la sécurité. Chacun devra rester dans les territoires qu’il contrôle et informer les forces de l’Union Africaine de tout mouvement. Les milices n’ont pas part à l’accord. Le gouvernement s’engage à nouveau (une sixième fois ? plus ?) à désarmer les janjawid et à s’assurer que les milices sur lesquelles il a de l’influence n’attaquent pas. Milices et janjawid, que le gouvernement distingue, ne sont donc pas tenus à faire de même. Un nouveau rebelle, le Mouvement pour la Réforme Nationale et le Développement (MRND) ne se dit pas tenu par des accords auxquels il n’a pas pris part. Pour le MLS, qu’il a attaqué, le MRND est suscité à partir du Tchad par le gouvernement. 
Le MLS et le MJE, peuvent-ils attaquer les janjawid si nécessaire ? Le point n’est pas mentionné. Ils avaient beaucoup insisté pour que le Darfour devienne une zone d’exclusion pour l’aviation militaire. Le gouvernement s’est seulement engagé à ne pas y avoir de « vols hostiles ». Peut-il donc survoler les positions rebelles ?

On a un peu parlé politique. Le SLM, des musulmans, demandent la laïcité de l’Etat ; « ils ont utilisé la religion pour nous massacrer ». Le MJE n’est pas d’accord et Khartoum a dit que la sharia n’était pas négociable. Le SLM demande aussi que l’on remette en honneur la loi traditionnelle sur la terre. D’après cette loi les tribus ont des propriétés, des dar, dont les chefs donnent une parcelle à telle ou telle personne de la tribu ou non. Au contraire, d’après la législation du Soudan, seul l’Etat peut donner des terres. On comprend donc que le SLM craigne que les terres soient accordées surtout aux Arabes, qui souhaitant se sédentariser, regrettent amèrement d’avoir refusé l’offre de terres que leur avait faite le colonisateur britannique. Le SLM souhaite aussi l’aide de négociateurs internationaux.
Le petit MJE veut préparer une déclaration de Principes qui serait valable pour tout le Soudan, avec une discrimination positive pour les marginalisés,le partage du pouvoir et des richesses.
Un point essentiel nous paraît l’organisation de la réconciliation, faute de quoi, arabes et africains ne pourront vivre côte à côte comme par le passé. 
 

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