
|
Numéro 127 - novembre - décembre
2004
|
La paix au Sud
Plongée dans le désespoir
| Quelles sont les perspectives réalistes de paix au Sud ? On
peut penser que tant le gouvernement que le M/ALPS veulent rester au pouvoir.
Les protocoles déjà signés leur en donnent apparemment
une bonne chance. Le gouvernement soudanais n’est en rien comptable à
son peuple. C’est la même dictature qui, en 1989, après avoir
été battu aux élections, a pris le pouvoir par un
coup d’Etat contre un gouvernement démocratiquement élu.
Les votes depuis n’ont été qu’imposture de même que
la décentralisation en 26 Etats. Le M/ALPS quant à lui, n’a
pas une bonne réputation pour sa transparence. Si rester au pouvoir
est donc leur priorité, les deux parties bénéficieront
d’un partenariat pendant la période intérimaire. Ce partenariat
apportera-t-il la paix ? Le M/ALPS se fait peut-être des illusions
sur la mesure de partage de pouvoir que veut lui accorder le gouvernement.
Le régime, après tout, a fait son coup d’Etat pour arrêter
un processus de paix fort avancé. Excepté pour les Monts
Nouba et la région Funj, les protocoles déjà signés
représentent un bon compromis, mais seront-ils appliqués
? Si le référendum a jamais lieu , si le gouvernement ne
s’arrange pas pour truquer le vote et que ce vote choisisse l’indépendance,
les Sudistes l’obtiendront-ils ? Probablement pas.
La révolte gronde au sein du MLPS. Selon la Lettre de l’Océan Indien, cela date de novembre 2003, lorsque des centaines d’officiers se sont réunis à Rumbeck pour parler des négociations. Certains d’entre eux s’étaient plaints de la sous-représentation de l’Equatoria dans les négociations de paix. Plus nombreux étaient ceux qui s’étaient élevés contre la longue période séparant le traité de paix du référendum d’autodétermination. Ils sont favorables à l’indépendance du Sud-Soudan et ont demandé à Salva Kir Mayardit, le numéro deux du Mouvement de prendre le leadership. Celui-ci leur aurait répondu que les dissensions au sein du MLPS lui ont toujours été néfastes. Ils ont donc patienté quelques temps mais leur colère renaît. Garang, comme ses plus proches collaborateurs, semble avoir perdu le contact avec sa base ; il contrôle les finances du parti et se concentre sur les relations internationales. Une réunion de réconciliation a eu lieu à Rumbeck le 1er décembre. Khartoum conspire-t-il pour renverser John Garang, afin de déclencher des troubles qui saboteraient la paix, comme le prétend Africa Confidential ? Le régime tient à l’intégrité territoriale,
il aura l’appui des pays arabes et peut-être des pays africains qui
craignent pour leurs propres frontières. Ce pourrait être
un problème dont l’Europe et les Etats-Unis ne voudraient pas faire
une affaire. Ils suggéreraient un retour à la table des négociations
ou une extension de la période intérimaire. Les Sudistes
ont peu de chance de jamais voir un Sud indépendant.
Un changement de régime bénéficierait-il au Sud
? La marginalisation du Sud et les promesses non tenues ont commencé
avec l’indépendance. Ce régime est celui qui a fait au Sud
le plus de concessions sur le papier. Un nouveau gouvernement pourrait
demander à renégocier les transactions pour les rendre moins
exclusives, en y comprenant tous les partis dont beaucoup ne sont pas d’accord
sur la possibilité de sécession du Sud. Le problème
principal des gens du Nord n’est pas le Sud mais l’obligation de vivre
dans une dictature qui leur impose sa propre interprétation de l’islam.
Ce qui n’est pas une raison pour que la communauté internationale
soutienne une dictature militaire brutale qui oppresse son peuple de manière
totalement inacceptable.
|