Numéro 127 - novembre - décembre 2004

 

Droits de l’Homme
 

- Mohammed Mahgoub Salah qui a obtenu avec Abel Alier le prix de la fondation Friedrich Ebert, vient de recevoir la Plume d’Or, prix annuel de la Liberté de la Presse. Agé de 76 ans, il est le cofondateur en 1958 et le rédacteur en chef du plus ancien journal indépendant soudanais, Al Ayyam. Le journal a été fermé deux fois par le gouvernement militaire des années 60, nationalisé en 70 comme toutes les entreprises privées, et restitué à ses propriétaires en 1986. Le régime actuel l’a fermé dès son arrivée au pouvoir en 1989. Rouvert en 2000 plus de 10 ans après, le journal a été confisqué et fermé et son personnel soumis à des emprisonnements et des amendes. En novembre 2003, il est resté fermé 3 mois. Mohammed Mahgoub a été emprisonné maintes fois pour ses activités journalistiques (AFP 23 11, International Freedom of Expression 27 11).

- Le ministre de la justice a demandé à Interpol de lui retourner 4 hommes politiques de l’opposition accusés d’avoir fait une tentative de coup d’Etat en septembre, parmi eux Khalil Ibrahim du MJE, réfugié politique à Paris. Khartoum est encouragé par l’action d’Interpol qui aurait permis de faire retourner à Khartoum, le général Abd el Aziz Khalid. Ce dernier aurait fait sauter des oléoducs dans le cadre de sa lutte armée (Al Sahafa 28 11).

- Les Nations-Unies ont demandé 1,5 milliard pour le Soudan, dont 620 millions pour le Darfour, le reste pour le Sud et l’Est. (Reuter 30 11). Le Sénat américain a approuvé 300 millions de dollars, dont 200 millions pour l’aide humanitaire au Darfour et le soutien aux forces de l’Union africaine et 100 millions comme prime pour arriver à un accord pour le gouvernement soudanais et le MLPS ! A cause de leur attitude au Darfour, le Sénat a aussi imposé un gel de leurs biens aux principaux dirigeants soudanais. La signature de Bush manque encore. Le Sénat a demandé à Bush de leur interdire l’accès au territoire américain (AP 7 12).

- Un comité établi aux Nations-Unies par Kofi Annan a rejeté la notion qu’il devrait y avoir des preuves de respect des Droits de l’Homme pour avoir accès à la Commission ad hoc. Le Soudan ne craint donc pas de perdre son siège bien qu’il ait été accusé de génocide. Il y a même un mouvement au sein des NU pour interdire qu’on parle dans la Commission de violations par des pays spécifiques. En tête de ce mouvement la Chine  pour qui l’essentiel sont les droits économiques et le développement. Elle est appuyée par maints Etats africains, surtout l’Afrique du Sud ( AP 8 12).

Le Soudan a ratifié deux protocoles sur la protection des enfants, l’un sur l’exploitation sexuelle, l’autre sur le recrutement dans les forces armées. Des enfants Nuer furent encore enrôlés dans des milices [pro-gouvernementales] en février (UNICEF 31 10).

Nord
- Dans le cadre du procès contre une tentative de coup d’Etat précédente, en mars, les prévenus avaient le droit de faire appel contre leur accusation jusqu’au 22.11. Leurs avocats n’avaient pu les voir. Finalement le procureur a donné l’ordre aux Forces de Sécurité de les leur faire rencontrer- ce qu’elles n’ont pas fait. Le délai pour l’appel est passé. Les avocats se battent toujours (Al Sahafa 28 11). L’un des avocats s’est vu interdire l’accès de la Cour par le juge ( AFP 29 11). 

- Parmi les 189 arrestations (VS n°126) effectuées en septembre par le régime pour une soi-disant tentative de coup d’Etat du parti de Tourabi, le Congrès National Populaire (CNP), selon le Procureur Général, 92 personnes ont été inculpées ; elles risquent la peine de mort ou la prison à vie ; parmi elles, 18 appartiennent au Forces Armées, elles seront jugées par une Cour martiale. ; la plupart des inculpés appartiendraient au CNP. Les charges contre les 74 civils, dont des militaires à la retraite, vont de « saper le régime constitutionnel, inciter à la guerre contre l’Etat, à donner des renseignements à des pays étrangers ». Selon le procureur, l’Etat avait des preuves. La seule qu’il ait cité est la découverte de caches d’armes.
Quand on veut trouver quelque chose dans un endroit, le meilleur moyen c’est de l’y mettre, dit-on à Khartoum. L’avocat de la défense, Abd el Salam el Juzouli, a déclaré qu’aucun des 94 inculpés n’était un officiel du CNP. Ce sont, dit-il, des gens ordinaires venus du Darfour (AFP 24 11).
Etaient-ce des déplacés ? Le CNP, comme nous le disons ailleurs, semble avoir une autre technique pour déstabiliser le gouvernement. 
Pour la « tentative de coup d’Etat de septembre, Tourabi et de nombreux leaders du parti du Congrès National Populaire, ont été blanchis (Al Itihadi 3 12).

- COHRE, une organisation de droit au logement a cité les trois pays les pires en la matière, les Etats-Unis, la Russie et le Soudan.
Selon elle, aux Etats-Unis, environ 2,3 millions de personnes sont sans domicile et vivent dans la rue, car les programmes de logement ont été coupés. « C’est une honte pour la nation la plus riche du monde.... Les Etats-Unis sont le seul Etat à avoir une politique systématique écrite qui s’oppose à l’existence du droit au logement conformément au droit international ». L’organisation a aussi cité l’action américaine en Irak : «  Avec les évictions forcées et les démolitions pour punir collectivement les Irakiens..., les forces US ont violé les Conventions de Genève ».
La Russie a un rôle dans la destruction des maisons en Tchétchénie. Il y a aussi à peu près 6,8 millions de gens qui vivent dans la rue en Russie.
Enfin la politique de terre brûlée du Soudan au Darfour, condamne 1,6 million de personnes à perdre leur logement  (AFP 24 11).

- Aux Etats-Unis 35 universités ont des organisations STAND qui informent sur le conflit au Darfour et collectent de l’argent pour l’aide humanitaire ( Washington Post 23 11).

- L’OMS a déclaré que le conflit au Darfour avait permis à la polio de reprendre pied au Soudan, qui a enregistré 19 cas cette année, contre aucun en 2001 (AFP 16 11).
Toutefois les cas sont à l’autre bout du pays, à 70 km de la frontière éthiopienne (Reuter 19 11).

- Des Dinka, sudistes, déplacés au Darfour par la guerre du Sud, trouvent leur camp proche d’un camp de déplacés du Darfour. Ils redoutent les janjawid ( Washington Post 19 10).

Sud
- Après bien d’autres, le PAM a averti que le Sud-Soudan manque de plus en plus de nourriture dont la production a baissé cette année de 20 à 50 % à cause de pluies tardives et insuffisantes, d’attaques de milices et de conflit entre clans. Au moins 1,4 million de personnes ont besoin d’aide, ce qui ne fera que s’accroître si la paix ramène beaucoup de déplacés. Pendant ce temps l’aide va surtout au Darfour (AP 18 11).

- De même, avec le retour des déplacés, on craint l’expansion du sida, qui affecte déjà 2,6% de la population adulte, beaucoup plus dans les villes de garnison. Beaucoup reviendront d’endroits où la maladie est très répandue. La population est inconsciente du danger, l’usage du condom est inconnu ou mal accepté, les travailleurs de santé ont peu d’équipement d’analyse de sang. (IRIN 28 10).

- Un accord a été signé entre le gouvernement et le MLPS pour utiliser une stratégie commune afin de nettoyer les mines antipersonnelles dès la signature de la paix, pour le retour des déplacés et réfugiés. « Trente pour cent du pays [du Sud ? ] est contaminé » ( PANA 91 12).
 
 

Article suivant
Retour au sommaire
Retour à la page d'accueil française
Retour à la page d'accueil