Numéro 126 - septembre - octobre 2004

Pétrole et économie
 

- Les Emirats Arabes Unis sont devenus le premier investisseur arabe au Soudan avec 8 milliards de dollars au cours des deux précédentes années, essentiellement dans les domaines du pétrole et du gaz pour 3 milliards de dollars, de l’agriculture, de l’immobilier, des télécommunications et de l’industrie.
 

Les espoirs de vie meilleure s’éloignent quand l’investissement au Soudan disparaît
Andrew England, Financial Times, 07 09 04 

Avec des réserves de pétrole estimées à plus d’un milliard de barils, du gaz naturel, des minéraux, et d’immenses terres arables lui permettant, [la pluie aidant], de produire du coton, de l’arachide, du sucre, avec de 70 à 90% de la production mondiale de gomme arabique que les Etats-Unis exemptèrent de leur embargo comme indispensable à Coca-Cola, le Soudan peut se targuer de pouvoir être dans le peloton de tête des Etats africains. Toutefois avec la guerre et le système de gouvernement, le Soudan se trouve réduit au rang des pays les moins développés, avec un revenu annuel per capita de 248 euros.
Début 2004, avec les progrès des pourparlers de paix au Sud, les Etats-Unis s’apprêtaient à revoir leurs sanctions à la baisse, l’Union Européenne, à débloquer 400 millions d’euros, tandis que la Grande-Bretagne prenait la tête d’un groupe de soutien pour diminuer la dette étrangère du Soudan qui atteint 21 milliards de dollars, et que les Nations-unies et la Banque Mondiale mettaient sur pied une mission jointe d’évaluation pour préparer un plan de reconstruction pour lequel les donateurs auraient contribué entre 500 millions et un milliard de dollars.. Las! la crise du Darfour est arrivée et les pourparlers avec le Sud, suspendus. La bonne volonté à l’égard de Khartoum s’est estompée. Si le gouvernement soudanais continue à massacrer la population du Darfour par janjawid interposés, les promesses faites pour la paix du Sud ne seront pas tenues. La crise humanitaire au Darfour utilisera une partie des fonds. 
Les bénéfices de l’exploitation pétrolière ne se font pas sentir en dehors de Khartoum ce qui est une des causes de la rébellion au Darfour. La jeunesse dorée de Khartoum pense que, au diable les guerres, « il vaut mieux faire comme le reste du monde et progresser ».
 

- Les réserves de brut prouvées du Soudan, s’élèvent depuis janvier 2004 à 563 millions de barils ; en 2001 il s’agissait de 262 millions de barils. Les estimations se montent à plus d’un milliard de barils. En juin 2004, la production s’est élevée à 345 000 barils/jour, elle était de 270000 barils/jour en 2003 (LiquidAfrica 16 07).

- Jusqu’ici, ONGC a acquis 11 propriétés dans 10 pays, le Vietnam, la Russie, le Soudan, l’Irak, l’Iran, la Libye, la Syrie et le Myanmar ( Hemangi Balse 13 07). La raffinerie de Mangalore, en Inde verra en 2006 sa capacité de raffinage augmentée de 118,45 millions de tonnes. C’est la seule raffinerie utilisant le brut apporté en Inde par le Greater Nile project dans lequel ONGC a une participation de 25%, et obtient environ 3 millions de tonnes pour sa part. De ces 3 millions 0,25 à 0,5 million de tonnes seraient amenées à Mangalore, le reste vendu à l’étranger (IANS 15.07) L’Inde envisagerait de troquer son pétrole soudanais avec le Nigeria (PTI 12 07).
L’indien ONGC a obtenu un contrat pour l’expansion de la raffinerie. Il commencera aussi un oléoduc dans les prochaines semaines. Il projette de se lancer dans le commerce de détail du pétrole et dans le fuel pour avions (PTI 21 09).

Le malais PECD a obtenu un contrat pour construire un terminal maritime pour le bassin de Melut qui s’occupera de la livraison de brut par un oléoduc de 1400 km. Il aura des réservoirs etc. et sera achevé en décembre 2005 (Kuala Lumpur AFX 27 09).

Des sociétés saoudiennes vont exporter des tuyaux d’acier au Soudan en particulier pour l’oléoduc (Saoudi Economic Survey 23 09)   ST 4496

Le Fonds arabe pour le développement économique et social accordera un prêt de 65 millions de dollars, semble-t-il pour la sucrerie de Kenana (Suna 26 09)   ST 4550

- Le Soudan doit privatiser Sudan Airways. Il prévoit que 30% des parts seront attribuées au gouvernement, 21% à des hommes d’affaires soudanais et 49% à l’investissement étranger- à être trouvé. Sudan Airways a des pertes et des dettes de « millions de dollars ». Il a 2000 employés dont 52 ingénieurs pour seulement 2 avions (AFP 21 07). ST 315 La société, Bin Omer Travel Group (OTG), a proposé d’acheter 49% des actions de Sudan Airways mises en vente (lire dernier VS). OTG fournirait le les services de cargo et la rénovation de l’aéroport International de Khartoum (Khaleej Times 18 09).

Thuraya et Sudatel vont établir une société jointe au Soudan (LiquidAfrica 03 09).

- Un projet gigantesque de voie ferrée en particulier pour transporter le pétrole. Le maître d’oeuvre sera l’allemand Thormhlen Schweibchnik, qui a réinventé l’art de souder les rails et se trouvera à la tête d’un consortium de 15 sociétés allemandes. Une firme chinoise intéressée a été laissée de côté. L’option choisie va de Juba au lac Baringo et à Mombassa.. Une ligne additionnelle se rendra à Gulu en Ouganda via Nimule. La voie ferrée aura plus de 2440 km et passera du one-meter gauge au standard gauge (1,44m). Les trains atteindront de 160 à 180 km/heure. Deux dépôts de réparations seront installés, l’un à Nakuru, Kenya et l’autre à Juba. La ligne sera électrifiée La ligne reliera désenclavera 13 millions de Sudistes.
Ce projet, préfinancé par la Banque Mondiale et autres, serait payé par les recettes pétrolières. Les Kenyans sont à la recherche de financiers, éventuellement l’Arab Development Bank, la Banque Européenne d’Investissement et le KFW allemand (The Nation, Nairobi 27 06, 04 07, LiquidAfrica 27 07/ 12 10, East African Standard 07 0T). Le MLPS a négocié auprès de l’Allemagne un emprunt de 3 milliards d’euros, dont l’un serait remis pour la première phase du projet (Liquidäfrica 29 09).
Khartoum luttera-t-il contre de tels projets qui tourneraient le Sud et son pétrole vers le Kenya ?

- Le Soudan n’a qu’une production de 728 mégawatts d’électricité venant à peu près en parts égales de source thermique (pétrole surtout) et hydroélectrique. Le plus important est le barrage de Roseires sur le Nil Bleu qui fournit 280 mégawatts. L’insuffisance de la production vient de ce que cette production dépend des pluies. Les régions non couvertes dépendent de générateurs au diesel ; seulement 30 % de la population a accès à l’électricité. Le but est de faire passer ce chiffre à 90% au prix de 3 milliards de dollars dans les années à venir. Le plus grand des projets est le barrage de la 4ème cataracte ( voir VS 119 122) qui produira 1250 mégawatts. Un autre barrage est construit par les Chinois à la seconde cataracte et produira 300 mégawatts.

- Un mémorandum d’entente a été signé par le ministre des Finances et le président de la société saoudienne Rayat Aliya, pour que cette société construise un nouvel aéroport international dans l’Etat de Khartoum dont l’emplacement n’est pas encore décidé (SUNA 28 O6). 

- Une Cour d’Appel américaine  a rejeté une plainte contre le bombardement de leur usine par les Américains en 1998, plainte déposée par l’industrie pharmaceutique Al-Shifa et par Mohammed Idris qui en avait acheté des parts pour 18 millions de dollars. Ils demandaient 50 millions de dollars. La Cour a déclaré que l’affaire présentait une question politique impliquant Bill Clinton, le Président de l’époque, qui avait autorisé la frappe. Selon la constitution des Etats-Unis le judiciaire ne peut examiner les questions politiques (Reuters 11 08).
 
 
 
 

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