Numéro 126 - septembre - octobre 2004

 

Eternels pourparlers de paix au Sud
 

Un grand pas a été fait quand le gouvernement a semblé renoncer à lier les pourparlers du Sud avec ceux du Darfour qui sont au point mort. Garang doit s’arrêter de soutenir les rebelles du Darfour, affirmait-il. Les arguments contraires mis en avant furent que les accords sur les Monts Nouba et le Haut Nil Bleu pourraient servir de modèle au Darfour, qu’un gouvernement d’unité nationale à Khartoum pourrait mieux résoudre la crise, que les délais amèneraient la désintégration du pays et que les élections libres prévues pourrait permettre aux darfouriens de donner leur opinion pacifiquement. Certes Khartoum ne dut pas apprécier les déclarations de Garang qu’il soutiendrait des sanctions contre Khartoum si cela devait apporter la paix au Darfour, ni celle de ses assistants, qu’ils préférerait de beaucoup la paix totale, mais qu’à défaut, Khartoum aurait la guerre totale. Propos repris à son compte par l’International Crisis Group puis par les Nations-Unies qui ont titré leur bulletin « Négociations de la dernière chance ». L’ancien ambassadeur du Soudan à Paris, Fidail el Tijani, y est venu dire à radio France Internationale que l’on ne signerait pas accord final car l’Armée de Libération du Peuple Soudanais (ALPS) « soutient toujours une rébellion ailleurs ». On ignore si le Quai a relevé. Khartoum attend plutôt les élections américaines et une éventuelle défaite des Etats-Unis en Irak pour obtenir un meilleur traité. Cependant les Nations-Unies pressent, et Tony Blair demande au Soudan de signer avant la fin de l’année. Les Etats-Unis veulent que la prochaine séance du Conseil de Sécurité, qu’ils présideront, se tienne à Naivasha, site kenyan des négociations. Le Président soudanais dit toujours qu’il veut faire la paix. Mais l’accord-cadre fut signé le 5 juin et c’est seulement le 7 octobre que Khartoum a bien voulu reprendre les pourparlers.

Les négociations ont recommencé entre le vice-président Ali Osman Taha et Garang dans un environnement difficile. Le gouvernement soudanais et l’ALPS ont souvent violé l’accord de cessez-le feu d’octobre 2002. Dans le Haut-Nil Ouest des combats à l’intérieur d’une milice pro-gouvernementale ont conduit à de très importants vols de bétail. Akobo dans le Haut Nil Est est passé plusieurs fois du contrôle de l’ALPS à celui de milices pro-gouvernementales et vice et versa. Le problème du changement d’affiliation des milices du gouvernement à l’ALPS, comme cela est arrivé dans le royaume Shilluk et dans le Haut-Nil Ouest, n’a pas été prévu dans les accords déjà signés et a mené à de très nombreux combats assortis de pillages et de politique de terre brûlée. Théoriquement à la signature de la paix, les miliciens doivent être engagés dans l’armée, la police, les prisons et les services de vie sauvage, mais les récents combats suggèrent que les commandants de milices - qui partagent leur butin avec les officiels locaux et les membres des services militaires de renseignement- ne sont pas prêts à abandonner leur territoire. Tandis que l’ALPS transférait ses forces dans le royaume Shilluk, le gouvernement y envoyait des milices Nuer : il avait besoin de son armée au Darfour. Là, contrairement à l’accord de cessez-le feu, l’armée a empêché l’arrivée d’aide, de crainte vraisemblablement que la communauté internationale ne soit témoin des dévastations causées par ses milices alliées. Le Verification Monitoring Team établi par l’accord de cessez-le feu a manqué à ses obligations à Akobo, mais quand il a rapporté au secrétariat de l’IGAD ce qui se passait dans le royaume Shilluk, rien n’a été fait.
Ni Khartoum, ni l’ALPS n’est en position de contrôler les commandants de milices qui occupent la plus grande partie du Haut-Nil, des portions des Bahr el Ghazal Nord et Ouest, le Bahr el Gebel et une grande partie de l’Equatoria Est..

Les accords qui restent à mettre au point concernent, un cessez-le feu permanent, des garanties régionales et internationales et des modalités d’implémentation. Taha s’intéresse à conclure les arrangements et à signer le protocole. Garang veut, comme prévu, faire la paix, entrer au gouvernement et récupérer les 50 % des revenus pétroliers.
Un accord aurait été trouvé sur les unités militaires intégrées dans l’Est Soudan. Les comités techniques discuteraient des milices. Les pourparlers sont suspendus pendant le Ramadan. Reprendront-ils auparavant si le Conseil de Sécurité est réuni au Kenya ?
 

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