Louise Arbour,
Haut Commissaire aux Droits de l’Homme
(traduit et abrégé par VS)
...Cinq obstacles principaux empêchent la protection efficace
des civils au Darfour.
1. Il y a une disjonction entre la réalité vue par
le Soudan et vue par quiconque autre
Le gouvernement n’a ni sens de l’urgence , ni reconnaissance de l’amplitude
de la crise des droits de l’Homme ou de la sévérité
des mesures qu’il a prises contre la rébellion.
La cohérence des histoires individuelles des déplacés,
leur simple nombre, les circonstances traumatisantes qui menèrent
au déplacement et des témoignages corroborés en détail;
suggèrent clairement que leurs peurs ont une base très crédible.
2. L’impunité
Voici un exemple pour l’illustrer. Dans un camp, j’ai été
conduite par une institutrice pour voir un groupe de femmes dans une tente.
Je leur ai parlé pendant une heure. La propriétaire de la
tente et 6 autres femmes était allée collecter du bois le
14 septembre. Elles furent attaquées par deux hommes armés
à cheval vêtus de kaki, qui les fouettèrent et les
battirent toutes et violèrent deux d’entre elles. J’ai parlé
à toutes les deux.
Pendant quelles étaient emmenées et violées plusieurs
fois, les autres se rendirent à la police, déployée
dans le camp pour leur protection. La police refusa de les secourir.
Quand les victimes furent retrouvées, elles étaient nues
et ne pouvaient pas marcher. On les porta au camp, et à nouveau
l’affaire fut rapportée à la police. La police les accusa
d’inventer des histoires. Alors les victimes furent emmenées à
l’hôpital local qui confirma le viol et prescrivit un traitement.
J’ai vu leurs ordonnances.
Par la suite la police dit avoir enregistré la plainte, mais
n’avoir rien fait quoique les victimes aient dit qu’elles étaient
capables de reconnaître leurs assaillants qui n’étaient pas
masqués. Pendant que je menais cet interview, mes collègues
parlèrent au chef local de la police. Il les informa qu’aucun cas
de viol ne lui avait été rapporté.
Ce cas est crédible et corroboré. Tant que les autorités
soudanaises ne se saisiront pas de ce genre de cas et n’appliqueront pas
une peine appropriée, il n’y aura pas de vrai progrès au
Darfour.
3- Retours sûrs et volontaires
Les retours volontaires doivent seulement être faits quand la
décision bien informée est prise par les déplacés
eux-mêmes. Malgré l’opinion contraire du gouvernement, je
ne considère pas que ces conditions soient là. Je suis inquiète
de rapports de retours forcés. Le retour des déplacés
ne doit pas avoir lieu si c’est pour retrouver la terreur qui les ont forcés
à fuir
4- Un manque d’information systématique
Il est indispensable d’améliorer la capacité de collecter,
coordonner et analyser l’information, à la fois, pour la communauté
internationale qui doit adapter sa réponse à la crise, et
pour le gouvernement du Soudan, qui se sent blessé par ce qu’il
perçoit être une exagération de la communauté
internationale.
5- Présence internationale inadéquate
Elle apporterait une protection notable. J’en profite pour demander
au gouvernement soudanais de réprimander les officiels qui intimident
les civils et défenseurs des droits de l’Homme qui parlent à
la communauté internationale. [Les résidents d’un camp ont
battu un travailleur gouvernemental qui voulait les empêcher de se
plaindre aux NU
Recommandations
Le gouvernement soudanais doit s’engager publiquement à renoncer
à sa stratégie anti insurrectionnelle consistant à
utiliser les janjawid. Qui soient-ils, le gouvernement a la responsabilité
de les maîtriser et de rechercher de l’aide s’il ne peut le faire
seul. Il doit faire un effort concerté contre l’impunité.
La communauté internationale devrait déployer une force
de police visible sur le terrain qui encouragerait, formerait, surveillerait,
la police nationale.
Le mandat de l’Union Africaine, qui fait un travail excellent, devrait
être élargi à la police internationale et aux violations
des droits de l’Homme. [Ce qui fut promis].
|