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Numéro 126 - septembre - octobre
2004
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Guerre au Darfour
Nos enfants naîtront avec des cheveux gris (Hésiode)
Khadafi rival du Conseil de Sécurité
| Début septembre, selon les Nations-unies (NU), des dizaines
de milliers de nouveaux déplacés arrivaient au camp de Gereida,
près de Nyala, des milliers, dans un camp près de El Fasher
dont la population a quadruplé. Fin septembre des combats poussaient
les gens à fuir, et à s’abriter sous des arbres, sans aucune
aide. Le 1er octobre des milliers de Soudanais terrifiés arrivaient
dans des camps, venant de 10 villages au Sud-Darfour. Mêmes rapports
au Nord Darfour. Les attaques des miliciens continuent. Ils crient «
tuez les esclaves, tuez les Noirs ». Certains ont surgi près
d’un village où des déplacés tentaient de retourner.
Des janjawid ont aussi volé dans un camp la nourriture distribuée
chaque semaine par le PAM.
Selon ce même PAM, dix mille déplacés meurent chaque mois, dont beaucoup d’enfants, de diarrhées dues à la pollution de l’eau, de pneumonie, et de blessures. Une autre étude à laquelle a participé MSF montre qu’au Darfour ouest, 43% des 500 000 déplacés étaient morts, beaucoup dans les débuts du déplacement. Dans certains camps l’eau manque dangereusement. Les viols continuent. Dans un camp proche du Tchad,, les déplacés cherchent à s’y rendre, des patrouilles janjawid les en empêchent. La situation au Tchad est aussi difficile ; alors qu’au début les Tchadiens partageaient leurs maigres biens avec les nouveaux venus, ils s’irritent maintenant de voir les réfugiés recevoir de la nourriture et non pas eux.. Y a-t-il des améliorations? Non selon Pronk le représentant des NU au Darfour, le gouvernement n’a ni désarmé les janjawid, ni assuré plus de sécurité aux habitants. A cela Lubbers, le commissaire aux réfugiés, met un bémol, les tueries ne sont plus à grande échelle et la destruction des villages n’est plus systématique. Alleluia ? L’aide humanitaire manque lourdement surtout à cause des pluies, qui ont cessé, des routes épouvantables et de l’absence de sécurité. Deux travailleurs humanitaires ont été tués par une mine terrestre. Un troisième est gravement blessé. Le régime soudanais a totalement refusé la demande des NU et de maints autres, que la force d’observation du cessez-le-feu de l’Union Africaine, soit transformée en force de maintien de la paix pour laquelle l’OTAN avait proposé son assistance. Mais de très fortes pressions intervinrent. Une nouvelle résolution du Conseil de Sécurité menaça le Soudan de sanctions pétrolières, ce qui est ridicule ; la Chine, grand importateur de pétrole soudanais, devrait avec un embargo abandonner son taux de croissance. ; elle y mettra sûrement son veto. La Résolution demanda aussi au Secrétaire Général d’organiser une commission d’enquête pour savoir s’il y a génocide. Le Parlement européen, après avoir envoyé une délégation au Darfour début septembre, a voté une résolution, adoptée à 566 voix contre 6 et 16 abstentions, véritable volée de bois vert pour Khartoum. Il suggère au Conseil de Sécurité un embargo sur les armes à destination du Soudan. Il attire l’attention sur les attaques aériennes soudanaises et sur le fait que la création de « Zones Sûres » permet au troupes gouvernementales de se déployer en violation de l’accord du cessez-le-feu. L’Union Européenne menace Khartoum de sanctions, mais lesquelles ? L’Europe n’importe pas de pétrole soudanais et ne peut donc imposer d’embargo pétrolier, elle a prescrit un embargo sur les armes depuis 1990. Les pressions vinrent aussi de la Malaisie « des sanctions économiques pousseraient le peuple à renverser Béchir » a dit le Président, et de l’Iran où Khatami a réclamé à Khartoum « d’être sévère avec ceux qui appliquent des méthodes inhumaines et non-islamiques ». Même des religieux musulmans appelés par Khartoum, qui recherchait leur soutien, ont déclaré que le conflit se répandrait dans tout le Soudan s’il n’était éteint. Seul contre tous, le gouvernement soudanais a donc accepté l’accroissement des troupes africaines chargées de la protection des observateurs, puis du nombre des observateurs eux-mêmes, ensuite que ces observateurs, dont le nombre serait augmenté, enregistrent les violations des droits de l’Homme, enfin que les troupes surveillent la police dans les camps (officiellement pour aider à rétablir la confiance entre la police et les citoyens). Ces derniers accords, ajoutés au fait que le Soudan retient ses troupes au Darfour, contrairement aux rebelles qui cherchent de plus en plus à venger leurs familles, éviteront probablement à Khartoum les sanctions des NU. Ces mêmes NU ont proposé une aide immédiate à l’Union Africaine qui n’a pas suffisamment d’équipement de communications, de véhicules ni d’hommes. Sans admettre que ses observateurs ont affaire à l’hostilité du régime, l’Union Africaine a recommandé à Khartoum de laisser sa mission agir plus efficacement au Darfour: ils sont toujours accompagnés par des forces de sécurité, et des rebelles. Ils rapportent de nombreuses violations du cessez-le feu par les deux côtés. Au cours des derniers pourparlers de paix, avait été accepté,
mais non signé, un accord sur la liberté de l’aide humanitaire.
Les NU travaillent à le faire signer. Les nouvelles négociations
commencèrent à Abuja, Nigeria, le 23 Août. On buta
encore sur la simultanéité ou non du désarmement des
milices janjawid et du cantonnement des rebelles. Khartoum reprocha aux
Etats-Unis leur mention de génocide, et à l’Occident en général,
leurs « exagérations » sur les exactions janjawid, qui
poussent les rebelles à l’entêtement. Ces derniers dirent
que tant que les janjawid ne cesseront pas leurs attaques, ils ne cantonneront
pas leurs forces. Sur quoi les pourparlers s’arrêtèrent pour
un mois. Peu après le gouvernement refusa de reprendre les négociations
avec le Mouvement pour la Justice et l’Egalité, dont il dit qu’il
est lié au parti de Tourabi, dont il dit qu’il a fait une tentative
de coup d’Etat !
Coup de théâtre. Khadafi organisa un mini-sommet à
Tripoli réunissant les Présidents égyptien, tchadien,
nigérian et soudanais, mais excluant les rebelles. Ce sommet le
désigna comme arbitre du conflit. Il dénia aux Occidentaux
le droit de s’occuper de cette affaire purement africaine, se prononça
tant contre des sanctions que contre toute intervention étrangère
et ordonna aux rebelles de signer un protocole d’accord le 21 octobre.
Les rebelles, qui ont dû se contenter d’entretiens avec Khadafi,
sont inquiets. Selon l’Egypte, le gouvernement soudanais fait de son mieux
pour remplir ses obligations, mais a besoin de plus d’aide matérielle.
Khadafi se pose en rival du Conseil de Sécurité.
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