Numéro 125 - juillet - août 2004

 
 

Belwe
TRADUIRE EN JUSTICE MUSA HILAL
De qui se moque-t-on ?
 

Chef de la plus célèbre milice janjawid, Musa Hilal vient de passer du 7 au 16 juillet, sinon plus, à Khartoum dans sa maison. Selon les documents de Human Rights Watch, le régime a ordonné de l’autoriser et de l’assister ; les Etats-Unis ont compilé une liste des chefs janjawid les plus recherchés, il est numéro un sur la liste ; le Conseil de Sécurité a demandé d’arrêter les chefs janjawid-ce que Khartoum dit très difficile à faire-. Mais à Khartoum, Musa Hilal s’est rendu à l’ambassade des Etats-Unis où il a rencontré le chargé d’affaires, M. Galucci, l’après-midi du 8 juillet. Il est allé aussi à l’ambassade britannique. Il a promené des reporters occidentaux au Darfour dans des hélicoptères gouvernementaux, a dit aux journalistes qu’il rendrait les armes quand les rebelles en feraient autant ; il leur a aussi affirmé être un homme politique et non un combattant et s’est étendu sur ses 3 épouses et ses 13 enfants. De qui se moque-t-on ?
Selon une enquête de 2004 du service de recherche du Congrès américain, le père de Musa, découvrant une terre mieux arrosée, se rendit en 1976 avec sa tribu à Amo dans le Darfour Nord où vivaient des tribus africaines. Il obtint leurs terres par l’entremise d’un officiel corrompu. Musa lui-même a été emprisonné pour avoir tué un garde de sécurité et cambriolé une banque à Nyala. Puis, en 1997, il fut mis en prison pour avoir tué 17 africains au Darfour (nombres de gens sont exécutés pour avoir tué une seule personne). En 2003, Musa était à nouveau en prison, il aurait commis des crimes en 2002. A cette époque le gouvernement confronté à la rébellion du Darfour hésitait à y envoyer une bonne partie de son armée parce qu’elle est constituée de gens du Darfour, aussi décida-t-il d’utiliser des milices et le vice-Président Ali Osman Mohammed Taha intervint pour que Musa Hilal soit libéré et aide à l’organisation de celles-ci.
De nombreux témoins accusent Musa Hilal. Ils l’ont vu descendre d’hélicoptère en uniforme militaire, diriger des camps d’entraînement, faire un discours aux recrues disant que tous les Africains étaient leurs ennemis. Avant une attaque le 22 avril, Hilal et les troupes chantaient : « Nous allons à la guerre. Nous déferons les rebelles. Nous sommes les gens originaires de la région [!!] ». Ils l’ont vu alors qu’il revenait en land-cruiser de raids dans les villages africains suivi par des hommes à cheval : «  Ils avaient des lits, des valises, des couvertures, des radios, des chameaux, des moutons et des chèvres ». Selon d’autres témoins, Hilal arriva à Tawilah, Darfour Nord, en hélicoptère, vêtu d’un uniforme. Des hommes l’accompagnaient dans 5 land-cruisers et aussi à cheval et à chameau. Hilal donnait les ordres. Des officiels des Nations-Unies venus là quelques jours plus tard, comptèrent qu’au moins 67 civils furent exécutés, 16 jeunes filles enlevées et un certain nombre de femmes publiquement violées. D’autres témoins encore l’ont vu impliqué dans un enlèvement en vue d’une rançon de 4000 dollars, que les intéressés sont incapables de rassembler. 
Un officier des renseignements disait à un journaliste de Reuter la difficulté de désarmer les janjawid :  «  Prenez quelqu’un comme Musa Hilal, il a 12000 combattants qui lui sont loyaux. Comment pouvez-vous le forcer à faire quelque chose qu’il n’a pas envie de faire » ?  (Reuter, HRW, Sudan Tribune 09 07, The Guardian 16 07, Washington Post 18 07, Dying in Darfour by Samantha Power in the New-Yorker 30 08 04).  
Apparemment ni le Soudan, ni les Etats-Unis, ni la Grande-Bretagne ne peuvent quoi que ce soit contre lui, même quand il est seul à Khartoum.
 
 
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