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Human Rights Watch, 20 juillet 2004,
traduit et résumé par Vigilance Soudan
D’innombrables témoins attestent la coordination entre les milices
se livrant à un quasi génocide au Darfour et les forces gouvernementales
qui leur fournissent des armes, de l’équipement de communication,
des salaires, des uniformes, participent à des attaques au sol et
leur apportent souvent un soutien par des reconnaissances et des bombardements
aériens. Les officiels de haut-niveau, après avoir longuement
nié l’existence des janjawid, ont reconnu leur existence mais
ont toujours démenti une telle politique et se sont engagés
à désarmer les « janjawid et autres hors-la-loi armés
».
Human Rights Watch (HRW) a obtenu des copies de documents qui montrent
une politique gouvernementale mise en oeuvre par les niveaux élevés
de l’administration civile.: recruter les milices, les soutenir, leur assurer
l’impunité. Ces documents sont conservés à HRW ; ils
ne peuvent être reproduits complètement pour des raisons de
sécurité, mais portent tous des timbres officiels, des sceaux
ou des en-têtes correspondant à ceux vus sur d’autres documents
issus de la même source.
Autorisation d’impunité pour les janjawid
Une directive du 13.02.04 émane du bureau d’une localité
du Darfour Nord, destinée à « toutes les unités
de sécurité de la localité ». Elle demande à
tous « d’autoriser les activités des mujahidin [combattants
de la guerre sainte, alors que tous les habitants du Darfour sont musulmans]
et des volontaires aux ordres du Sheikh Musa Hilal [lire article] à
poursuivre leurs activités dans les zones [du Nord Darfour] et de
leur fournir les besoins de base ». « Nous mettons au premier
plan l’importance de ne pas interférer.. et de fermer les yeux sur
les infractions mineures commises par les mujahidin contre les civils soupçonnés
d’appartenir à la rébellion ». Puis le document explique
cette impunité en demandant aux unités de sécurité
: « de s’assurer que ce qui est arrivé dans la région
de Kutum qui a reflété une version déformée
des évènements ... n’est pas répété
». [A Kutum les infractions étaient des crimes de guerre,
42 civils exécutés, etc.].
Ordres pour le recrutement et les fournitures militaires
- Une directive de février 2004 du bureau du Commissaire de
la province de Kutum, contiguë au Tchad, adressée à
tous ceux en charge de la « mobilisation » ou du « recrutement
» dans les localités provinciales est marquée «
hautement confidentiel ». Ce document se réfère à
une déclaration publique de Béchir [en février] sur
la fin des opérations militaires au Darfour, et note six points
à être mis en oeuvre [pour la guerre] dont : «
accroître le processus de mobilisation des tribus loyales et leur
fournir un armement suffisant pour la sécurité de la région
»....
- Une document daté du 22.11.03 décrit la visite d’officiels
de haut-rang au Darfour Sud, le gouverneur du Darfour Sud, et le ministre
adjoint de l’Intérieur du gouvernement fédéral, à
un camp de janjawid à Qardud où ils demandèrent que
« 300 cavaliers soient recrutés pour Khartoum ».
- Un autre document du bureau du gouverneur du Darfour Sud, daté
du 2.03.04, est envoyé à Said Adam Jamaa, commissaire
à Nyala, lui demandant de former un comité de sécurité
et d’accroître le niveau de recrutement. Parmi les personnes du comité
de sécurité sont des leaders tribaux connus pour être
responsables de la mobilisation de miliciens parmi leurs communautés
[Suivent trois noms avec les explications ad hoc].
Ce même document demande au commissaire de Nyala de « livrer
rapidement des provisions et des munitions aux nouveaux camps... ».
Installation des groupes nomades dans des terres naguère africaines
- Un mémorandum du bureau du Commissaire de la province de Kutum
au Darfour Nord, daté du 12 février 2004 et adressé
à ceux chargés de « la branche orientation et mobilisation
dans les localités de la province » recommande des mesures
garantissant contre le retour « des forces hors-la-loi dans les régions
qu’elles occupaient au Nord Darfour », à savoir notamment
: « Un plan pour les opérations d’installation de nomades
dans les endroits dont les hors-la-loi se sont retirés, basés
sur un déplacement sur le terrain et des opérations d’évaluation
». Le même mémorandum se réfère à
d’autres mesures montrant l’établissement de nouvelles personnes
dans les lieux vidés de leurs habitants précédents
et détruits
: « Réhabiliter les ressources en eau et ouvrir des écoles
dans ces régions ».
HRW a récolté récemment de nouvelles informations
au Tchad indiquant que les nouvelles installations n’étaient
pas seulement destinées aux nomades du Darfour, mais encore à
ceux du Tchad qui sont encouragés en certains endroits à
traverser la frontière et à s’installer dans les terres autrefois
occupées par les fermiers du Darfour.
D’autre part, le ministre de l’Intérieur, le général
Abd el Rahim Mohammed a déclaré le 02.07.04 l’intention de
créer 18 « colonies » pour abriter plus d’un million
de personnes déplacées, un plan qui « faciliterait
l’offre de services et la protection des villageois qui vivaient autrefois
dans de nombreux villages éparpillés ». On déduit
de cela qu’au lieu de rentrer chez eux, les déplacés seront
obligés de rester dans des camps ce qui consolidera le nettoyage
ethnique. La communauté internationale devrait exiger que les janjawid
soient retirés des régions qu’ils ont occupées, permettant
aux civils déplacés de retourner volontairement dans leurs
villages en toute sécurité et dignité.
Les janjawid protégeront les personnes déplacées
Le mémorandum « hautement confidentiel » de février
2004, émanant du bureau du commissaire de Kutum confirme l’utilisation
de camps janjawid près des villes principales pour «
protéger les civils ». Il recommande : « l’ouverture
de nouveaux camps pour les volontaires afin qu’ils protégent les
citoyens des grandes cités et conduisent des missions de sécurité
». Selon des témoins et des victimes, les janjawid se
sont rendus dans maintes zones rurales du Darfour où ils ont établis
des camps militaires d’où ils mènent des raids contre les
villages. Selon les témoignages des réfugiés au Tchad,
les janjawid patrouillent depuis ces camps les régions autour des
principaux villages et villes, y compris les camps de personnes déplacées
; ils sont responsables des checkpoints le long des routes principales.
Les personnes déplacées s’aventurant hors des camps [y compris
pour la collecte de bois mort pour les feux] sont l’objet de viols, de
torture et de vols.
Outre plus de douze camps de janjawid existant, de nouveaux camps se
sont installés ces trois derniers mois. [Un nouveau rapport HRW
parle de 16 camps dont 3 postérieurs au 3 juillet].
Les janjawid incorporés dans la police !!!
Malgré l’accord de cessez-le feu signé le 08.04.04 par
le gouvernement et deux mouvements rebelles l’ALS et le MJE, la violence
contre les civils ne s’est pas arrêtée ; bien au contraire
la situation sécuritaire s’est détériorée :
HRW a étudié des attaques constantes de civils par les forces
gouvernementales et les janjawid dans les Darfour Nord et Ouest, une prolifération
de groupes armés le long de la frontière tchadienne, des
attaques de villes tenues par le gouvernement et deux kidnappings de travailleurs
humanitaires par les groupes rebelles.
La communauté internationale a exigé que le gouvernement
protége les civils aussi Béchir a -t-il demandé que
6000 policiers soient recrutés. Selon de nombreuses allégations,
les janjawid, au lieu d’être désarmés et licenciés,
sont engagés dans les nouvelles forces de police et d’armée.
Les janjawid qui ont attaqué, assassiné et violé
les civils ne devraient pas, à l’évidence, être
chargés de leur protection.
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