- Un symposium sur l’histoire orale du Soudan s’est tenu récemment.
L’UNICEF a classé le Soudan l’un des 5 pays ayant une diversité
culturelle unique.
NORD
Darfour
- VS avait rapporté qu’une douzaine de membres des forces aériennes
avaient été accusés il y a 6 mois de tentative de
coup d’Etat pour avoir refusé de bombarder des civils au Darfour.
Ils sont maintenant aussi accusés de trahison et jugés.
La première session à la Cour a eu lieu en leur absence.
Le reporter du Daily Telegraph, seul journaliste étranger admis,
a interrogé des membres de leurs familles qui se trouvaient à
l’extérieur de la Cour. Ils sont 26 tous du Darfour, dont 10 officiers
supérieurs qui ont refusé de bombarder des civils. Ils ont
donc été renvoyés des Forces Aériennes, puis
accusés comme civils d’espionnage, puis de tentative de coup d’Etat.
Ils risquent la peine de mort. L’un d’eux avait dit « j’aimerais
mieux être tué que d’aider à bombarder mon propre peuple
». Maintenant ils vont le tuer, dit sa femme. Comment un si petit
nombre d’hommes peut-il faire un coup d’Etat ? Leurs avocats disent qu’ils
ont été torturés et qu’on leur a refusé l’assistance
d’un avocat. Un compagnon de prison a déclaré au Telegraph
: « J’étais en prison, ils ont été amenés
en kaki avec des sacs noirs sur la tête. Une longue chaîne
les attachait ensemble. Ils les ont emmenés. C’est la dernière
fois que je les ai vus ». Devant la Cour le procureur parle comme
il veut, interrompt le juge. Les avocats disent que leurs clients sont
prisonniers illégalement des forces de Sécurité et
non de la police. Le procureur interrompt pour dire que les forces de Sécurité
sont responsables de la sécurité et le juge Moatasim Taj
Assir décide qu’il a raison mais autorise les avocats à
voir leurs clients ( Daily Telegraph, 29 08).
Selon le courageux journal d’opposition Al-Ayam, le chef de la Commission
humanitaire (CAH) Salafeddin Salah a été renvoyé de
son poste pour avoir critiqué la politique au Darfour. « La
situation au Darfour est tragique et devrait être résolue
pacifiquement, mais la direction politique a insisté pour une solution
militaire » a-t-il déclaré (UPI 23 08).
Un rapport du Département d’Etat américain basé
sur 257 interviews de réfugiés au Tchad (les déplacés
qui parlent étant « punis » par Khartoum) donnent les
pourcentages suivants :
- Près d’un tiers ont entendu des propos racistes quand ils
ont été attaqués, soit par les milices, soit par l’armée.
Parmi ces propos, les plus fréquents sont « Tuez les
esclaves », « Nous avons ordre de tuer tous les noirs ».
Un milicien aurait dit « Nous tuons tous les noirs et même
quand nos vaches font un veau noir nous les tuons » ;
- 60% ont été témoins du meurtre d’au moins une
personne de leur famille [le nombre de personnes enlevées n’est
pas demandé et nul ne sait ce qui leur arrive] ;
- 20 % ont été témoins d’au moins un viol ;
- 25 % ont été témoins de coups ;
- 25 % ont dit avoir été attaqués par les seuls
soldats ;
- 17% ont dit avoir été attaqués par les seules
milices.
Un autre rapport interrogera 1100 réfugiés (New York
Time 25 08).
- Sans aide le Darfour peut vivre l’agonie du Sud. Les experts de l’aide
qui recherchent désespérément de l’assistance pour
le Darfour, sont conscients que les malheurs de cette région émeuvent
beaucoup plus la communauté internationale que ceux du Sud. Selon
les Nations-Unies, depuis sa révolte en février 2003, le
Darfour a eu 30 000 morts et 1,2 millions de personnes déplacées.
Dans le Sud plus de 2 millions ont été tués et 4 millions
déplacés. Quelques 95 000 enfants de moins de cinq ans sont
morts en 2003, malgré le cessez-le-feu, pour une population de 7,5
millions d’habitants.
Comme naguère dans le Sud, pour Khartoum, la nourriture est
une arme. Les retards des douanes soudanaises concernant les véhicules,
les radios, les médicaments et autres, importés par les agences
d’aide, ont sérieusement différé les opérations
humanitaires. Une ONG a dit le 7 juin que les 31 tonnes de médicaments
et autres matériels médicaux attendaient l’autorisation d’entrée
depuis le 2 mars, 9 tonnes de kits d’urgence sanitaire depuis le 1er mai
et 13 véhicules pour des durées allant de semaines à
des mois. Une autre s’est vu refuser l’entrée de 200 tonnes de matériel
médical et de nourriture parce qu’elles étaient arrivées
par bateau et que si c’était urgent elles auraient dû arriver
par avion. D’autres problèmes se sont élevés concernant
les visas des travailleurs humanitaires. Des officiels ont informé
l’UNICEF que le gouvernement pourrait conduire ses propres tests sur les
médicaments importés, une procédure excessivement
longue. Les autorités exigent des agences d’assistance qu’elles
utilisent des camions soudanais, bien que leur nombre soit insuffisant
et que leurs tarifs se soient multipliés par 3 ou 4 depuis l’an
dernier. Les autorités exigent aussi des ONG qu’elles aient un partenaire
local ; le dit partenaire a le plus souvent des capacités limitées
et une neutralité douteuse. USAID s’est mobilisée le 11 avril
mais n’a pu s’établir régulièrement que fin mai parce
que la politique gouvernementale retardait chaque mesure. Les officiels
ont restreint les photos, les questions posées aux déplacés
concernant les raisons de leur fuite et qui les avaient attaqué,
ils ont confisqué un téléphone satellite et arrêté
brusquement une visite à un camp de déplacés.
Il semble que la situation se soit quelque peu améliorée.
Il reste toujours le banditisme, les mauvaises routes et les pluies (Statement
of Roger Winter Assistant Administrator USAID, before the Committee on
Foreign Relations Subcommittee on Africa). Les camps sont pleins d’hépatite
E (Michael Smith Defence correspondant et David Blair), de paludisme, et
les menaces de choléra sont imminentes. Les Nations-Unies ont besoin
de 531 millions de dollars pour la crise au Darfour dont elles n’ont reçu
que 276 millions (Rapport du SG au CS 30 08).
Malgré la signature de protocoles, le gouvernement s’efforce
de faire rentrer les déplacés de force dans leurs villages
où ils n’ont plus rien et peuvent encore être attaqués
par les janjawid ( AFP 25 06 IRIN 20 07).
Jan Pronk devant se rendre au camp de déplacés de Ryad
près de Géneina, la Commission à l’Aide Humanitaire
(CAH) a voulu faire danser les femmes. « Les femmes sont entrées
en furie, ont fichu en l’air la cahute de la CAH, et commencé à
lancer des pierres sur les voitures officielles » raconte un témoin.
« Nous n’avons rien à manger et ils veulent que l’on
danse?...Nous avons perdu nos maris, nos frères, nous sommes en
deuil, et ils veulent que l’on danse ? » dit l’une des femmes que
les autres approuvèrent (Le Monde 28 08).
SUD
Malheurs en terre Shillouk encore et toujours. L’Equipe de Surveillance
de Protection des Civils (CPMT) a rendu son rapport sur les incidents survenus
à Datong, une ville de garnison, le 28 mars 2004. Des anciens
ont rapporté à l’équipe que 700 à 800 miliciens,
soutenus par deux land-cruisers armés de mitrailleuses, ont commencé
à brûler les maisons de personnes soupçonnées
de sympathiser avec l’ALPS; ils ont aussi brûlé des stocks
de grains et de médicaments. L’équipe a compté 52
maisons brûlées. Les soldats auraient battu avec des bâtons
ceux qui cherchaient à prendre leurs affaires avant de s’enfuir.
Les miliciens sont revenus le 1er avril pour piller. Ces faits ont été
corroborés par maints témoignages qui ont énergiquement
identifié comme leurs attaquants, les miliciens sous la conduite
d’officiers de l’armée et des milices. Le commandant de la garnison,
jamais en manque d’explications, a dit que des miliciens avaient bien traversé
la ville le 28 mars, mais ne faisaient que passer et que les dégâts
devaient être dus à « des bandits ivres ». Un
leader tribal a dit au CPMT que les meurtres indiscriminés de civils
le long du Nil Blanc empêchaient les dizaines de milliers de déplacés
de rentrer chez eux (IRIN 21 07) [Il y a lieu de penser que des gens du
Nord ont remplacé les Shilluk dans leurs terres. Comparons les milices
dans le Sud avec les janjawid].
A Malakal le 21 juillet un radeau arriva amenant 25 civils Nuer transportant
500 Kg de charbon de bois et du bois à vendre au marché.
Ils furent attaqués par des résidents, des Shilluk qui se
souvenaient de la politique de terre brûlée menée par
les Nuer aux alentours de Malakal en mars qui y amenèrent environ
14000 personnes déplacées, et de l’incendie et du pillage
de la demeure du reth (roi) des Shillouk, personnage sacré. De lourds
combats opposèrent les Nuer aux Shilluk ( DPA 25 07).
Cent mille déplacés sont déjà rentrés
cette année et cent mille autres rentreront vraisemblablement d’ici
la fin 2004 ; si la paix était signée, ce chiffre s’élèverait
à 500 000 ; les déplacés penseraient que les premiers
arrivés peuvent s’assurer des meilleures terres. Toutefois les Nations-Unies
ne sont pas du tout prêtes pour cela d’autant que les donateurs se
sont orientés vers le secours au Darfour (AFP 30 08). Il manque
246 millions de dollars (Rapport du SG au CS 30 08).
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