Numéro 125 - juillet - août 2004

 

Délais de Khartoum dans la paix au Sud
Garang vice-Président s’occupera du Darfour
 

Peu de Sudistes croient que le gouvernement, qui a passé d’un combat militaire à un combat politique et économique, tiendra ses promesses ; ils recherchent les points faibles de l’accord-cadre que pourraient exploiter ce dernier.
Tout d’abord les accords donnent des compétences en même temps à plusieurs niveaux de l’Etat. Ensuite les élections générales doivent être tenues à la fin de la 3ème année de la période intérimaire, mais il existe une échappatoire : « Les parties reverront la faisabilité des dates », tenant compte de « certaines considérations ». Dans des élections véritablement libres, le Nord voterait non pour le parti gouvernemental, mais pour les partis traditionnels, Umma,  DUP et partis régionaux. Or ces mouvements n’ont pas pris part aux pourparlers qu’ils voudraient éventuellement renégocier. Et puis il y aura « un processus général de révision de la constitution ». Jusqu’à quel point sera-t-il général ? Autre question : les plans concernant la sécurité ne coïncident pas ; les forces gouvernementales auront « 2 ans 1/2 après le début de la période pré-intérimaire » pour se redéployer dans le Nord ; les forces ALPS doivent se retirer des Monts Nouba  et du Nil Bleu Sud « dès que les forces jointes intégrées seront constituées » ; les forces ALPS dans l’Est doivent en partir « dans l’année qui suit le début de la période pré-intérimaire ». Enfin, un point n’est pas précisé, les forces gouvernementales autorisées au Sud se rendraient-elles dans des lieux où elles ne se trouvent pas actuellement ? Les Sudistes demandent une force de paix internationale, mais se méfient extrêmement de tous les Etats arabes qui ont proposé d’envoyer leurs troupes à cet effet.

La stratégie des médiateurs fut de ne pas lier les pourparlers du Sud à la crise du Darfour. Cette position devient intenable. Les rebelles du Darfour ont des demandes concernant le partage du pouvoir qui exigeraient des changements dans l’accord-cadre auquel on est parvenu. Ensuite l’application des accords exigera stabilité politique et assistance internationale, difficiles si la crise du Darfour continue. Enfin le succès des pourparlers dépend de la coopération et du pouvoir du vice-président Taha ; les implications de la crise du Darfour rendent sa position précaire. On entend beaucoup moins parler de lui ces temps-ci. Toutefois un accord de paix montrerait au Darfour que des négociations peuvent produire des résultats.

Après que Khartoum ait pris la décision unilatérale d’inclure la milice SSDF dans les pourparlers sur les arrangements sécuritaires, ceux-ci ont abouti à une impasse. Le protocole signé dit que les leaders des milices ont le choix entre rester aux côtés du gouvernement, qui leur a donné des rangs dans l’armée, ou rejoindre l’ALPS, auquel cas des rangs appropriés leur seront donnés. «  Il est inacceptable que nous ayons à remettre nos positions et nos armes à l’ALPS », dit le chef d’une milice pro-gouvernementale. Les parties aux négociations n’auraient pas parlé des milices pro-gouvernementales qui oeuvrent à Malakal et dont les sombres exactions (lire droits de l’homme) sont liées au pétrole. Autre sujet de désaccord, qui paiera l’armée ALPS, basée dans le Sud pendant la période intérimaire ? Le Gouvernement veut que ce soit le Sud. Mais alors qui paiera l’armée gouvernementale qui sera au Nord ? Le Nord seul ? Autres points en suspens, le mandat des moniteurs internationaux, l’échelonnage du retrait du Sud des forces gouvernementales, le statut des forces de sécurité pendant la période intérimaire et le déploiement des Forces Intégrées (armée gouvernementale et ALPS) dans le Soudan Est.

Last but not least, Garang a déclaré publiquement à propos du Darfour, que quand son mouvement rejoindrait le gouvernement à la suite des accords de paix, il n’autoriserait pas de combattre un peuple «qui se limite à faire des demandes». Il s’est attiré une volée de bois vert de Béchir : «le gouvernement ne combat pas son peuple mais ne demande la permission à personne quand il est confronté à des hors-la-loi». Si la paix venait, Béchir devrait demander la permission à Garang pour sa politique au Darfour. Ajouté au fait qu’il ne peut plus échanger auprès de la communauté internationale d’avoir les mains libres au Darfour contre la signature de paix au Sud et qu’il n’a aucune envie de partager les richesses du Sud, Béchir retarde  les choses.

Le 28 juillet, les pourparlers étaient suspendus « pour consultations ». L’ALPS montre quelques signes d’impatience.
 
 
 

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