Numéro 124 - mai - juin 2004

 

Le Pourquoi du Comment
 

Depuis les périodes turque (égyptienne) puis anglaise, les colonisateurs, venus par le Nil, ont choisi comme administrateurs des Soudanais de la région de Khartoum. A l’indépendance, ceux-ci trouvèrent complètement normal de continuer à bénéficier de tous les postes et de la plus grande partie de l’argent. Un exemple classique en est l’agriculture mécanisée pluviale : la terre appartient à l’Etat, celui-ci en loue d’énormes parcelles, le plus souvent à des gens de la région de Khartoum. Les cultivateurs traditionnels se retrouvent ouvriers agricoles là où ils avaient dans la pratique et de tout temps, la propriété de la terre. 

Les régions, dont le Darfour, prennent conscience de leur marginalisation.
Depuis une dizaine d’années, des cavaliers « arabes » nomades, plus ou moins armés par le gouvernement, attaquent des villages tenus par des cultivateurs africains dont ils les chassent. 
Tout donne à penser que le gouvernement ne savait trop que faire des jeunes Arabes. La désertification de leurs régions d’origine, l’augmentation de leur nombre qui va de pair avec l’augmentation générale de la population, un racisme  profond, ont probablement poussé les autorités à « laisser faire » et même à encourager ces nomades « arabes ». C’est reconnaître le caractère raciste et non islamiste du régime qui ne pouvait là mener une guerre sainte.
La goutte d’eau finit par faire déborder le vase, d’autant que les Darfouriens voyaient qu’en se battant les Sudistes arrivaient à un partage du pouvoir et des richesses. Début 2003, deux rébellions africaines, le Mouvement de Libération du Soudan (MLS) et le Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE) se révoltent au Darfour. Leurs soldats viennent souvent de villages détruits. Béchir a alors reconnu avoir jugé que les nomades désormais appelés janjaweed poursuivaient le même but que lui et qu’il les a [de plus en plus] armés et encouragés, causant le drame que l’on sait.

Que fait le Conseil de Sécurité ? Une grande activité diplomatique soudanaise  l’a empêché     de s’occuper du Darfour. Le Pakistan et l’Algérie qui en sont membres actuellement sont des Etats musulmans ; la Chine a des intérêts économiques au Soudan et la Russie craint que le Conseil de Sécurité ne veuille s’occuper aussi de la Tchétchénie ; elles mettraient probablement leur véto. Et les Etats-Unis ? Ils s’interrogent. Pour que Bush soit réélu, il ne doit pas se jeter dans le bourbier du Darfour ; il lui faut clore le dossier soudanais sur le succès des pourparlers Nord/Sud ; le lobby pétrolier attend avec impatience la fin de ces négociations pour voir supprimer l’embargo américain, Bush ne peut les faire attendre plus. Dans cette optique, les Américains ne s’occupent que  du seul humanitaire. Toutefois une autre lecture est possible. Bush commence à redouter un autre Rwanda et semble penser que pour l’éviter la solution serait des sanctions. Les Européens ? Ils craignent que les partisans inconsidérés de la liberté ouvrent la voie à l’éclatement du Soudan, les nombreux marginalisés s’unissant au Darfour ; ils redoutent le mouvement rebelle MJE, islamiste et intégriste, ils ne veulent donc agir qu’en faveur du cessez-le-feu.
 

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