Numéro 124 - mai - juin 2004

 

Crimes contre l’humanité ou génocide ?
 

Tous les témoignages concordent, mission de la Commission des Nations-Unies, Amnesty International, Human Rights Watch,  Comité International de la Croix-Rouge, des journalistes, des ONG : sans l’ombre d’un état d’âme, les cavaliers arabes appelés janjaweed, à cheval ou à chameau, attaquent les villages africains de concert avec l’armée gouvernementale, pillent, brûlent, violent en groupe  avec des violences inouies, enlèvent les femmes, massacrent les hommes, chassent les survivants qui s’enfuient sans prendre le temps d’enterrer leurs morts. Pour les empêcher d’aller chercher de l’eau, les janjaweed tirent même sur les récipients. Musulmans comme les groupes africains qu’ils attaquent, ils ont détruit des mosquées, tué des leaders religieux musulmans, profané des Corans appartenant à leurs ennemis. Le nettoyage ethnique terminé, deux janjaweed sont laissés sur place pour éviter les retours. Les janjaweed et l’armée ont chassé plus d’un million de civils dans des camps et des petits villages où ils subsistent à peine, otages des abus de leurs ennemis. Ainsi,  après le cessez-le feu, un camp de déplacés à Sissi, près de Géneina, où l’Unicef a creusé trois puits et une ONG suisse installé un centre de santé, est encerclé par des milices. Quand les femmes sortent chercher du bois, les miliciens les violent, leur cassent parfois une jambe, et leur demandent « Où sont vos hommes ? Nous voulons les voir pour les tuer. Vous les femmes vous n’avez plus le droit de venir ici ». Ce camp a été placé près d’un petit check-point militaire, qui est incapable de les protéger des janjaweed, comme d’ailleurs la police qui a l’air d’en avoir très peur.
Selon  Daniel Augstburger, un officiel des Nations-Unies chargé de l’aide d’urgence, les attaques systématiques au Darfour Ouest continuent, mais ont cessé au Darfour Nord et au Darfour Sud parce qu’il n’y a plus de villages à brûler. Kapila, le responsable des Nations-Unies au Soudan,  dit qu’il s’agit « d’une tentative organisée pour se débarrasser d’un groupe de gens », description fort proche de celle de génocide  d’après la Convention de Genève de 1948.
Le rapport de Human Rights Watch du 10 mai, intitulé le Darfour détruit relate de nombreux témoignages de Massalit à Geneina, affirmant avoir vu des femmes et des enfants qui, disaient-ils, étaient les familles des janjaweed, se diriger vers le Sud en traversant Geneina, à partir de fin mars 2004. Ce mouvement coincida avec des émissions de la radio d’Etat de Geneina appelant l’un des leaders les plus redoutés des janjaweed, Hamis Dawai, « l’émir de l’émirat de Dar Masalit ». Emir et émirat sont des termes arabes qui n’ont jamais existé là. Selon un témoin, ces familles étaient escortées par l’armée. Le rapport cite de nombreux autres témoignages de remplacements de population..
 Les janjaweed ont les mêmes uniformes que l’armée, on les en distingue par un petit insigne sur la poche et surtout parce qu’ils vont à chameau ou à cheval tandis que l’armée se déplace en véhicules militaires. L’attaque janjaweed/armée est souvent précédée d’un bombardement par l’aviation soudanaise. Une dizaine d’aviateurs ont trouvé des échappatoires pour ne pas bombarder des villages de civils musulmans. Ils sont gardés par la Sécurité dans un endroit inconnu pour tentative de coup d’Etat. Dieu ait pitié d’eux.
  
Tout d’abord  Béchir avaient admis son alliance avec les janjaweed. Il disait que sa priorité  était d’en finir avec la rébellion et que les janjaweed était une des armes qu’il utilisait. Devant la colère internationale qu’ils ne voulurent pas attiser, les gouvernants soudanais qui ne plaignent jamais leurs efforts pour mettre leur politique à couvert,  répondirent prudemment tantôt (à qui ne se rend pas au Darfour), que les personnes déplacées rentraient chez elles,  tantôt que les violations des droits de l’homme  sont dues aux rebelles (il n’y a que fort peu de témoignages de réfugiés/ déplacés qui parlent des rebelles). Quoiqu’ils affirment que les troubles sont dûs à la désertification des zones pastorales, (donc arabes), ils nient totalement que les janjaweed soient arabes, (ce qui va à l’encontre du témoignage unanime des victimes). La tentative négationniste la plus aboutie  fut la prétention que la responsabilité des violations des Droits de l’Homme revenait aux Etats-Unis et à l’Europe qui, en suspendant leur aide au développement, avaient empêché le développement du Darfour, cause de tous les maux (sic). Que l’on soit rassuré, pour avoir cette aide, il suffit au Soudan de faire la paix avec le Sud, et du temps de l’aide au développement, rien n’en parvenait au Darfour. Le Ministre de la Justice a nié le nettoyage ethnique « à preuve qu’il n’avait reçu aucune plainte à ce sujet ». Mais la Ligue Arabe à qui le Soudan avait demandé d’examiner s’il y avait eu des violations des droits de l’homme au Darfour a répondu par l’affirmative.

Selon Human Rights Watch, des rapports récents montrant que le gouvernement cherche à cacher les fosses communes, prouvent qu’il est pleinement au courant de la réalité des faits.
 Ainsi Nureddin Mohammed et Bahreddin Abdullah, maires de communes du Darfour Nord ont été arrêtés et mis au secret après avoir  assisté à une réunion avec le Comité International de la Croix-Rouge, où ils auraient parlé en particulier de fosses communes.
 
 

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