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Numéro 123 - mars - avril 2004
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Femmes du Sud (fin)
| Femmes et enfants en prison
Mary Deng, ce n’est pas son vrai nom, est en prison à Rumbeck
en zone ALPS. Elle n’a pas été jugée, elle n’attend
pas de jugement, elle n’a même pas été arrêtée.
Elle a seulement demandé le divorce de son mari qui, en fait, est
mort. La cour coutumière l’a condamnée à 8 jours de
prison pour la faire changer d’avis, et si elle ne change pas d’avis elle
aura encore 8 jours de prison. Mary refuse la coutume du lévirat
qui oblige son beau-frère ou à la limite un autre membre
de la famille de son mari, à l’épouser comme elle est veuve
sans enfants, pour donner une postérité au défunt.
Le problème vient des vaches que la famille de son mari a dû
donner à sa famille lors du mariage et que cette dernière
devra retourner si Mary n’épouse pas son beau-frère. Selon
Monyluak Kuol, project officer à Rumbeck et Dinka lui-même,
la cour coutumière a outrepassé ses droits en emprisonnant
Mary. La loi internationale prohibe un tel emprisonnement et un avocat
du Centre Légal des Femmes du Bahr el Ghazal va rencontrer les juges
de Rumbeck pour les mettre en garde contre de tels faits.
Les 19 autres femmes à la prison de Rumbeck ont un problème différent, celui de nourrir leurs enfants*. Beaucoup ont dû les prendre avec elles, soit qu’elles les nourrissent au sein, soit qu’aucun autre membre de leur famille n’ait voulu s’en charger. Or la prison manque de nourriture pour les femmes aussi bien que pour leurs enfants, rien n’est prévu pour les soins médicaux et les femmes dormaient à même le sol jusqu’à ce que l’UNICEF fournisse des feuilles en plastique. La seule manière qu’elles ont de se nourrir est de porter de l’eau pour les commerçants du marché local [ce qui implique qu’elles sortent de prison ! ]. Mais les enfants ne peuvent aller à l’école, et le plus souvent ils ne pourront plus y aller [car trop âgés] quand leur mère sortira. La plupart des femmes sont détenues pour adultère**. Selon
la loi coutumière, la femme adultère doit payer une
amende équivalente à $50, payable en bétail. Mais
dans les familles dinka typiques, -les Dinka sont la principale tribu de
Rumbeck-, c’est l’homme à la tête de la maisonnée qui
a seul le contrôle sur les vaches, aussi la plupart des femmes sont-elles
incapables de payer l’amende et se retrouvent en prison. En dépit
de l’inégalité évidente d’un tel arrangement, les
juges coutumiers devraient donner à la femme plus de temps pour
payer l’amende grâce à l’aide de leur parenté ... et
de leur mari. Selon Kuol Monyluak, une circulaire des juges de cours plus
élevées devrait suggérer aux juges coutumiers
de prêter plus attention au nombre et à l’âge des enfants
et d’obliger le mari, s’il ne paie pas l’amende, à prendre soin
des enfants ayant dépassé l’âge de nourrisson. Etant
donné que le mari doit recevoir une forte compensation du complice
de l’adultère, il pourrait payer l’amende, moins élevée,
de sa femme. Cependant, il s’agit de changer la situation en général.
Selon la loi coutumière, les hommes peuvent être convaincus
d’adultère, mais seuls les plus pauvres d’entre eux se retrouvent
en prison, car la plupart du temps les hommes ont de quoi payer l’amende.
Donc en cas d’adultère, l’homme sera libéré après
avoir payé tandis que la femme restera un an en prison.
En juillet le MLPS a mis en oeuvre 26 lois pour gouverner la partie du Sud qu’il contrôle. L’une d’entre elles prévoit que tout doit être fait pour empêcher les mères qui nourrissent leurs enfants d’aller en prison. Ces lois ont malheureusement oublié le cas des mères qui ont avec elles un enfant d’äge scolaire. * Au Nord les femmes sont plus ou moins nourries en prison mais pas
leurs enfants ce qui est un vrai problème.
(IRIN, Traduit et abrégé par Vigilance
Soudan)
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