| Le conflit datant d’un an a créé une crise humanitaire
qui a débordé dans le Tchad voisin ; quelques observateurs
s’inquiètent sur la stabilité de la région. Les attaques
dévastatrices au Darfour sont de nature ethnique. Principalement
les Four, les Massalit et les Zaghawa, -dont les mouvements rebelles émergent-
sont systématiquement attaqués, tués, forcés
hors de leur terre, violés et enlevés par des milices d’Arabes
nomades et l’armée soudanaise. Les ethnies chevauchent la frontière,
et la solidarité ethnique est une force plus puissante que la nationalité.
Ceci peut donc conduire à une guerre régionale sur des bases
ethniques.
Le rôle de médiation du Tchad
La médiation tchadienne entre le gouvernement soudanais et les
rebelles a conduit à un cessez-le-feu tout nominal de septembre
à décembre 2003. Le choix du président tchadien Déby,
lui-même un Zaghawa comme médiateur fut jugé une bonne
idée à cause de son ethnicité partagée avec
certains rebelles et ses connexions avec le Darfour d’où il partit
à la conquête du pouvoir en 1990, avec le consentement de
Khartoum, comme son prédécesseur Hissein Habré l’avait
fait avant lui en 1982. Mais son impartialité fut bientôt
remise en question. Après que l’Armée de Libération
du Soudan (ALS) et le Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE)
aient émergé en demandant des droits politiques et économiques,
Déby s’est engagé à coopérer militairement
avec le Président Béchir pour les écraser. Il a envoyé
officiellement 500 soldats pour prendre part à des opérations
jointes, mais le chiffre est probablement plus proche de 2000. [Selon des
renseignements Vigilance Soudan, ces troupes n’auraient pas combattu car
leurs officiers, Zaghawa, ont refusé]. s. Au moment du renouvellement
du cessez-le feu avec l’ALS, N’Djamena envoya à ces rebelles, politiquement
inexpérimentés, 35 intellectuels du Darfour qui s’étaient
réfugiés au Tchad. Puis Déby signa un accord avec
Khartoum pour établir une force jointe pour arrêter la contrebande
et les attaques à travers la frontière, ce qui permit l’extradition
de groupes armés du Tchad. La longue frontière peu gardée
permet aux milices d’attaquer les réfugiés en territoire
tchadien et aux rebelles de s’y rendre. Les rebelles JEM dont les épouses
sont parmi les réfugiés traversent souvent la frontière
pour aller les voir. Un humanitaire dit avoir vu un convoi d’entre eux
traverser la frontière fin janvier dans vingt camions. Aussi le
parti pris de Déby et son absence d’autorité à l’égard
du Soudan ont conduit les deux groupes rebelles à demander la présence
d’observateurs internationaux venus de Grande-Bretagne, des Etats- Unis,
de France et des Etats africains voisins.
Liens ethniques des deux côtés de la frontière
Selon le dernier recensement tchadien de 1993, parmi les 16 groupes
ethniques qui traversent la frontière on compte au Tchad 78 000
Zaghawa, 50 000 Massalit et plus de 760 000 Arabes nomades. Ce sont les
contre-parties soudanaises de ces groupes [les recensements soudanais n’indiquent
pas l’ethnie depuis l’indépendance VS] qui prennent part au conflit.
Les groupes ethniques partagent les mêmes ressources, la même
histoire, le même culture et des liens familiaux. Tinné est
partagé en deux par un lit asséché de rivière
qui sépare le Soudan du Tchad. [Cet oued sert de frontière
la plupart du temps entre le Soudan et le Tchad. Il est plus large à
Tinné où il mesure 500 mètres VS].
Les membres des tribus africaines tchadiennes ont été
horrifiés par le traitement subi par leurs frères, et il
semble que beaucoup les aident en collectant de l’argent pour acheter des
armes et éventuellement en allant se battre à leurs côtés.
On pense que certains membres de la garde présidentielle de Déby
formée de Zaghawa dont beaucoup sont soudanais, participent au conflit.
Position précaire de Déby
Déby [qui est très malade VS] est pris entre son affinité
ethnique avec les Zaghawa qui l’ont porté au pouvoir et ses relations
avec Khartoum, militairement puissant. Sa position est devenue de plus
en plus précaire. Quatre hommes ont été exécutés
pour avoir assassiné le patron de la société Pétrolière
du Tchad, un Soudanais proche de Béchir. Parmi eux, l’homme qui
avait tramé le complot était un Zaghawa éminent qui
s’attendait à l’impunité car les Zaghawa s’attendent à
l’impunité. Cette exécution a aliéné à
Déby beaucoup de ses supporters. Les bonnes relations avec le Soudan
ont été plus importantes pour Déby. Quand un bombardement
soudanais de Tinné, Tchad, tua 3 Tchadiens et en blessa 15, Déby
fit peser le blâme sur les rebelles. « Si Déby soutient
son clan ouvertement, le Soudan lui tombera dessus comme une tonne de briques,
dit un observateur, s’il le fait secrètement, il risque d’apporter
la guerre chez lui ». D’autre part, s’il ennuie Khartoum les rebelles
tchadiens basés au Soudan pourraient obtenir un soutien accru de
Khartoum.
« Les deux pays agissent de manière hypocrite , dit Assingar
un défenseur tchadien des droits de l’homme ; chacun utilise les
rebelles de l’autre pour l’attaquer. Je crains que le conflit ne déstabilise
la paix relative que nous avons au Tchad.
Notes Vigilance Soudan
Le Tchad a aussi des problèmes sur la frontière du Niger
avec les combattants salafistes « pour l’Appel et le Combat »,
ce pourquoi il a été aidé par les Américains
(US European Command 15 03).
Un accord autorise l’armée tchadienne à pénétrer
au Soudan quand ils chassent les rebelles. Cet accord a été
utilisé pour récupérer du bétail que les Janjaweed
avaient pillé aux réfugiés soudanais au Tchad !
(IRIN 16 03 - traduit et abrégé
par Vigilance Soudan)!
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