Numéro 123 - mars - avril 2004

 

Le Tchad et le conflit au Darfour
 

Le conflit datant d’un an a créé une crise humanitaire qui a débordé dans le Tchad voisin ; quelques observateurs s’inquiètent sur la stabilité de la région. Les attaques dévastatrices au Darfour sont de nature ethnique. Principalement les Four, les Massalit et les Zaghawa, -dont les mouvements rebelles émergent- sont systématiquement attaqués, tués, forcés hors de leur terre, violés et enlevés par des milices d’Arabes nomades et l’armée soudanaise. Les ethnies chevauchent la frontière, et la solidarité ethnique est une force plus puissante que la nationalité. Ceci peut donc conduire à une guerre régionale sur des bases ethniques.

Le rôle de médiation du Tchad
La médiation tchadienne entre le gouvernement soudanais et les rebelles a conduit à un cessez-le-feu tout nominal de septembre à décembre 2003. Le choix du président tchadien Déby, lui-même un Zaghawa comme médiateur fut jugé une bonne idée à cause de son ethnicité partagée avec certains rebelles et ses connexions avec le Darfour d’où il partit à la conquête du pouvoir en 1990, avec le consentement de Khartoum, comme son prédécesseur Hissein Habré l’avait fait avant lui en 1982. Mais son impartialité fut bientôt remise en question. Après que l’Armée de Libération du Soudan (ALS) et le Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE) aient émergé en demandant des droits politiques et économiques, Déby s’est engagé à coopérer militairement avec le Président Béchir pour les écraser. Il a envoyé officiellement 500 soldats pour prendre part à des opérations jointes, mais le chiffre est probablement plus proche de 2000. [Selon des renseignements Vigilance Soudan, ces troupes n’auraient pas combattu car leurs officiers, Zaghawa, ont refusé]. s. Au moment du renouvellement du cessez-le feu avec l’ALS, N’Djamena envoya à ces rebelles, politiquement inexpérimentés, 35 intellectuels du Darfour qui s’étaient réfugiés au Tchad. Puis Déby signa un accord avec Khartoum pour établir une force jointe pour arrêter la contrebande et les attaques à travers la frontière, ce qui permit l’extradition de groupes armés du Tchad. La longue frontière peu gardée permet aux milices d’attaquer les réfugiés en territoire tchadien et aux rebelles de s’y rendre. Les rebelles JEM dont les épouses sont parmi les réfugiés traversent souvent la frontière pour aller les voir. Un humanitaire dit avoir vu un convoi d’entre eux traverser la frontière fin janvier dans vingt camions. Aussi le parti pris de Déby et son absence d’autorité à l’égard du Soudan ont conduit les deux groupes rebelles à demander la présence d’observateurs internationaux venus de Grande-Bretagne, des Etats- Unis, de France et des Etats africains voisins.

Liens ethniques des deux côtés de la frontière
Selon le dernier recensement tchadien de 1993, parmi les 16 groupes ethniques qui traversent la frontière on compte au Tchad 78 000 Zaghawa, 50 000 Massalit et plus de 760 000 Arabes nomades. Ce sont les contre-parties soudanaises de ces groupes [les recensements soudanais n’indiquent pas l’ethnie depuis l’indépendance VS] qui prennent part au conflit. Les groupes ethniques partagent les mêmes ressources, la même histoire, le même culture et des liens familiaux. Tinné est partagé en deux par un lit asséché de rivière qui sépare le Soudan du Tchad. [Cet oued sert de frontière la plupart du temps entre le Soudan et le Tchad. Il est plus large à Tinné où il mesure 500 mètres VS].
Les membres des tribus africaines tchadiennes ont été horrifiés par le traitement subi par leurs frères, et il semble que beaucoup les aident en collectant de l’argent pour acheter des armes et éventuellement en allant se battre à leurs côtés. On pense que certains membres de la garde présidentielle de Déby formée de Zaghawa dont beaucoup sont soudanais, participent au conflit.

Position précaire de Déby
Déby [qui est très malade VS] est pris entre son affinité ethnique avec les Zaghawa qui l’ont porté au pouvoir et ses relations avec Khartoum, militairement puissant. Sa position est devenue de plus en plus précaire. Quatre hommes ont été exécutés pour avoir assassiné le patron de la société Pétrolière du Tchad, un Soudanais proche de Béchir. Parmi eux, l’homme qui avait tramé le complot était un Zaghawa éminent qui s’attendait à l’impunité car les Zaghawa s’attendent à l’impunité. Cette exécution a aliéné à Déby beaucoup de ses supporters. Les bonnes relations avec le Soudan ont été plus importantes pour Déby. Quand un bombardement soudanais de Tinné, Tchad, tua 3 Tchadiens et en blessa 15, Déby fit peser le blâme sur les rebelles. « Si Déby soutient son clan ouvertement, le Soudan lui tombera dessus comme une tonne de briques, dit un observateur, s’il le fait secrètement, il risque d’apporter la guerre chez lui ». D’autre part, s’il ennuie Khartoum les rebelles tchadiens basés au Soudan pourraient obtenir un soutien accru de Khartoum. 

« Les deux pays agissent de manière hypocrite , dit Assingar un défenseur tchadien des droits de l’homme ; chacun utilise les rebelles de l’autre pour l’attaquer. Je crains que le conflit ne déstabilise la paix relative que nous avons au Tchad.

Notes Vigilance Soudan
Le Tchad a aussi des problèmes sur la frontière du Niger avec les combattants salafistes « pour l’Appel et le Combat », ce pourquoi il a été aidé par les Américains (US European Command 15 03).      
Un accord autorise l’armée tchadienne à pénétrer au Soudan quand ils chassent les rebelles. Cet accord a été utilisé pour récupérer du bétail que les Janjaweed avaient pillé aux réfugiés soudanais au Tchad !

(IRIN 16 03 -  traduit et abrégé par Vigilance Soudan)!
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