Numéro 123 - mars - avril 2004

 

La guerre au Darfour
Des mensonges de Béchir aux pourparlers de Paix
 

Rappelons les chiffres : sur une population de 6 millions d’habitants, tous musulmans, depuis la guerre, 730 000 déplacés à l’intérieur du Darfour, 110 000 réfugiés au Tchad. La guerre date de février 2003, le nettoyage ethnique par les tribus arabes armées par Khartoum au détriment de la population africaine, de 20 ans. Faudra-t-il que le gouvernement, comme il l’a fait au Sud, passe pendant 20 autres années du dénigrement de l’adversaire à la négation des faits les plus avérés, à l’interdiction d’aide étrangère, puis aux faux pourparlers de paix, avant de parler paix sérieusement? Jusqu’à récemment « il a agi avec impunité au Darfour, confiant, selon John Prendergast, que la communauté internationale ne réagirait pas avec force de peur de porter préjudice aux pourparlers de l’IGAD ».

 Le 9 février, Béchir déclarait que « les Forces Armées, d’autres forces régulières et les Forces Populaires de Défense [avaient] mis fin à la violence et à l’anarchie » au Darfour. Cette annonce venait après une offensive de trois semaines - le temps où Taha avait abandonné les pourparlers du Sud pour se rendre en pèlerinage à la Mecque. Les deux forces rebelles n’avaient perdu que quelques plumes aussi se sont-elles étonnées ; bien au contraire, les combats sont « quotidiens ». Un membre britannique du Parlement européen, Richard Howit, s’est rendu au Darfour, puis un administrateur adjoint de l’USAID, l’Américain Roger Winter; leur témoignage est clair, le nettoyage ethnique continue ; pour MSF le nombre de réfugiés est en augmentation, et pour un officiel des Nations-Unies, fin février, 38 000 réfugiés soudanais venaient d’arriver au Tchad. A dos d’âne, ils fuyaient les bombardements de l’aviation soudanaise et les attaques de villages avec incendies, viols, pendaisons de gens soupçonnés d’aider les rebelles, arbres abattus, pillages du grain et des pompes d’irrigation, marchés fermés. C’est l’oeuvre des milices janjaweed conjuguées aux Forces Armées. Cela continue de plus en plus. S’éternisent aussi au Darfour, les arrestations et mises au secret de civils. Des dizaines n’ont pas été identifiés ; l’ont été un avocat spécialisé dans la défense des droits de l’homme, un membre du Parlement et un vétérinaire . Les deux derniers auraient été torturés. Curieusement le Ministre des affaires humanitaires déclara que l’armée était positionnée pour empêcher d’autres réfugiés de se rendre au Tchad. Pourquoi iraient-ils s’il y avait la paix ? Avec cela Béchir a ajouté : « nos Forces Armées sont prêtes à dissuader quiconque menacerait la sécurité de nos concitoyens ». Elles devraient dissuader les trop fameuses milices janjaweed.

Mêmes mensonges sur la situation humanitaire. Selon Béchir, l’on doit « s’occuper immédiatement des déplacés » [puisque les combats sont achevés !]. Pour son ministre des affaires humanitaires l’étranger « exagère » les problèmes. Il y a eu une amélioration disent les Nations-Unies, fin février 25% de la population a pu être assistée contre seulement 15% début février. Cela ne s’est pas amendé depuis. Récemment les autorités n’autorisent les travailleurs humanitaires à se rendre que dans trois villes et quelques corridors humanitaires. D’ailleurs certaines personnes déplacées ont demandé aux ONG de ne pas les assister. Cette aide ne fait qu’attirer les janjaweed. Khartoum a refusé l’offre d’une ONG, le Centre Henri Dunant, pour le Dialogue Humanitaire, de se rendre à des pourparlers à Genève pour discuter d’accès humanitaire : «  les rebelles recherchent la publicité... nous n’avons aucune garantie qu’ils tiendraient leurs promesses » etc..

Dédaignant toute médiation après sa « victoire », le gouvernement a voulu organiser à Khartoum une conférence de réconciliation nationale du Darfour. Or depuis longtemps, les rebelles ne veulent pas de pourparlers sans présence internationale occidentale, et réclament une discussion, comme avec l’ALPS au Sud, sur le partage du pouvoir et des richesses. Les rebelles ont refusé l’invitation.

Alors le tchadien Déby, sentit le vent tourner. Ses officiers supérieurs ne cachaient plus leur sympathie pour les rebelles du Darfour, il aurait l’appui américain et français. Il invita le Soudan - qui n’en était guère heureux, à une conférence de réconciliation nationale à N’Djaména. Selon le périodique parisien Très Très Urgent, Villepin aurait en effet obtenu l’accord de Colin Powell sur cette initiative qui prévoit un contrôle international. Déjà environ 20 pays, dont l’Egypte, auraient indiqué au Secrétaire Général des Nations-Unies qu’ils étaient prêts à prendre part à une telle force. Ce qui, ajouté à la crainte d’avoir contre lui l’axe Paris-Berlin aurait persuadé Béchir d’accepter l’invitation.

De véritables pourparlers à N’Djaména devraient commencer incessamment en présence de l’Union Africaine, médiateurs européens - principalement français et anglais - ainsi qu’ américains.

Bételgeuse 
Article suivant
Retour au sommaire
Retour à la page d'accueil française
Retour à la page d'accueil